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Protocole d'accord Iran – États-Unis : la paix en chemin au Moyen-Orient ?

À quelle issue s’attendre au terme des deux mois de négociations qui s’ouvrent sur les bases encore floues d’un texte accepté par les deux belligérants ? Les alliances régionales souffert tout comme l’économie de la planète toute entière. Les lignes d’avant la guerre ont-elles sensiblement bougé ? Va-t-on grâce à cette feuille de route vers la fin du conflit au Moyen-Orient ?

Le cadre d’accord a été signé électroniquement par Donald Trump, J. D. Vance et le négociateur iranien Mohammad Ghalibaf et doit être signé vendredi prochain à Genève.Moyennant quoi, les dernières déclarations de la diplomatie iranienne traduisent une « profonde méfiance » de Téhéran envers les États-Unis. Quelle consistance prêter à cet accord ? Deux enjeux lourds de conséquences posent question : d’abord la fin de l’offensive israélienne au Liban. Christian Chesnot

C’est une exigence qu’a réussi à imposer Téhéran à Washington. Le Liban doit faire partie de l’accord. L’objectif du régime iranien étant de sauver son ami du Hezbollah qui est passé à l’offensive contre Israël. Sa branche militaire a d’ailleurs été renforcée par le Gardiens de la Révolution ces derniers mois. Alors forcément, ce cessez-le-feu général et complet ne fait pas les affaires de l’État hébreu. Comme le Hamas à Gaza, Benjamin Netanyahu a promis l’éradication de la milice chiite. Israël a fait savoir qu’il n’était pas concerné par le protocole d’accord irano-américain. Selon le ministre de la Défense, l’armée israélienne ne compte pas non plus se retirer de la bande frontalière qu’elle occupe au sud du Liban. Côté libanais, les autorités de Beyrouth disent ne pas avoir été informés de l’accord et demandent aux millions de réfugiés de patienter avant de retourner dans leur village, dont certains ont été complètement détruits. Mais la plupart n’ont qu’une envie, celle de retourner sur leur terre.

Ensuite, le détroit d’Ormuz de nouveau ouvert au trafic maritime, dixit le président américain, mais il y a apparemment des conditions qui n’existaient pas avant la guerre

Et alors l’accord prévoirait la levée complète du blocus naval et la réouverture du détroit d’Ormuz dans les trente jours. Les États-Unis s’attendent à ce que le détroit d’Ormuz rouvre sans péage. Mais côté iranien, on n’a pas la même lecture de la gestion de cette voie d’eau internationale. A Téhéran, on considère qu’on ne reviendra pas au statu quo ante, c’est à dire à une navigation gratuite. Téhéran a créé une autorité du détroit d’Ormuz qui a imposé des droits de passage aux navires civils. Aujourd’hui, l’Iran voudrait mettre en place un péage qui ne dit pas son nom, c’est à dire des frais maritimes, soit disant pour assurer la sécurité du transit et la préservation de l’environnement. En réalité, la République islamique entend bien capitaliser sur Ormuz, levier d’influence planétaire pour elle.

Et pourtant, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi a martelé à la télévision d’Etat, hier soir que l’accord avec les États-Unis mettait « fin immédiatement à la guerre » :

 » Le processus de négociation a été long.IL nous a fallu 15 heures pour effectuer les dernières corrections. Aujourd’hui signifie vraiment le ‘ jour J ‘ . Le premier point est la fin immédiate et définitive de la guerre et des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban. Le deuxième point est la levée du blocus naval que les États-Unis avaient imposé à la République islamique d’Iran. »

Le ministère iranien des Affaires étrangères affirme qu’il à obtenir la ratification par le Conseil de sécurité de l’ONU d’un accord final avec les États-Unis, incluant le volet de son programme nucléaire.

« Vous savez en un mois, tout peut basculer. Si ce n’est moins »

Sébastien Boussois est chercheur en sciences politiques, spécialiste du Moyen-Orient et rédacteur en chef de la revue PAN, la signature de ce protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran pose encore de nombreuses questions :  » Trump nous prépare depuis des semaines à un mauvais accord. Évidemment, tout dépend de quel point de vue on se positionne. Et on sait très bien qu’à partir du moment où il y aurait un accord avec l’Iran, ce serait éthiquement, globalement un mauvais accord. Et ce l’est avant tout évidemment pour Israël, puisque l’une des raisons principales du déclenchement de la guerre, c’était, et y compris de la guerre des dix jours de l’année dernière, c’était de stopper le programme nucléaire iranien. Maintenant, effectivement, vous le dites, pendant 60 jours, on va discuter de choses dont on a déjà discuté dans tous les sens. En fait, la vraie question sera de savoir si, quand l’Iran dit qu’il est prêt à arrêter son programme nucléaire, est-ce qu’il faut le croire ou pas? Et est-ce que les États-Unis ont suffisamment de poids et de levier pour compenser ou pour décrocher cela ? Si Trump arrive à décrocher ça, ce sera exactement la cerise sur le gâteau, après ses 80 ans et la Coupe du monde. Cela voudrait dire qu’on pourrait mettre en place un moratoire sur dix ou quinze ans. Vous savez, au Moyen-Orient, en un mois, tout peut basculer, si ce n’est moins. Alors, toutes ces projections sur des mois, voire des années, on sait très bien que c’est encore plus fragile dans cette région, peut être que dans d’autres régions. Et on reviendra évidemment à la question du nucléaire, parce que pour l’Iran, les deux assurances vie aujourd’hui du régime, c’est le détroit d’Ormuz et c’est la question de son nucléaire. »

Sébastien Boussois auteur de « Donald Trump – retour vers le futur » aux éditions Mareuil. Propos recueillis par Marie Bernardeau.

L’accord entre les États-Unis et l’Iran laisse un goût très amer à Israël

La solidité de cet accord dépendra aussi de la capacité du président américain, Donald Trump à contenir son ami : le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, puisque ce texte vise à mettre fin à la guerre sur tous les fronts, y compris le Liban.Ce matin, l’Etat hébreu a déjà prévenu qu’il maintiendrait ses troupes à Gaza, en Syrie et au Liban, pour une durée indéterminée. Est-ce de nature à faire capoter cet accord ? Eléments de réponse avec Thibault Lefevre à Jérusalem.

C’est en effet ce qui a affirmé ce matin le ministre de la Défense. Il s’appelle Israël Katz. Alors difficile de savoir s’il s’exprime au nom de son Premier ministre qui se mure pour le moment dans le silence ou s’il s’adresse à ses soutiens alors que le pays est en pleine campagne électorale. Ce qui est sur, c’est qu’un retrait sous contrainte des troupes israéliennes du Liban notamment, serait un échec dans la nouvelle stratégie d’expansion repensée après le massacre du 7 octobre. Benyamin Netanyahu a promis aux Israéliens de redessiner la carte du Moyen-Orient et d’éradiquer ces ennemis aux frontières, quitte à occuper illégalement une partie du territoire souverain des pays voisins. Si les États-Unis obligent les israéliens à quitter le Sud-Liban, ce serait donc la première fois depuis près de trois ans que les troupes de l’État hébreu devraient reculer. Et évidemment, ce serait un coup de frein, sans doute fatal aux ambitions de Netanyahu, d’autant plus que le Premier ministre va devoir, dans les prochaines semaines, défendre son bilan pour espérer être réélu et échapper ainsi à une possible condamnation dans trois affaires de corruption. Et ce bilan commence très sérieusement à être écorné. À Gaza, le Hamas est toujours au pouvoir et en cas d’accords signés vendredi à Genève, l’Iran pourrait être renforcé et le Hezbollah au Liban épargné.

Dès l'annonce de l'accord, les habitants de Nabatieh, au sud du Liban ont découvert l'ampleur des destructions dans plusieurs quartiers  15 /06/2026 ouvrir crédits photo
Dès l’annonce de l’accord, les habitants de Nabatieh, au sud du Liban ont découvert l’ampleur des destructions dans plusieurs quartiers 15 /06/2026 ©AFP – Mahmoud Zayyat

Le président du Parlement Nabih Berri, qui joue les intermédiaires entre le Hezbollah et les États-Unis, a souligné que l’accord incluait « une clause contraignante » stipulant « l’arrêt de l’agression israélienne contre tout le Liban ».

« Au Liban aujourd’hui, c’est surtout le flou. Le flou total »

Le Liban, dont la population souffre du conflit entre l’armée israélienne et le Hezbollah. Antoni Samrani, rédacteur en chef du quotidien libanais’ L’Orient Le jour ‘

« Il y a l’espoir que le feu cesse. Mais cet espoir, il est très mince. D’une part parce que les Israéliens ont déjà prévenu qu’ils ne respecteraient pas l’accord au Liban et qu’ils ne comptaient pas ni arrêter leurs frappes, ni se retirer, et d’autre part, parce que le Hezbollah est déjà en train de crier victoire, ce qui ce qui risque de mettre le Liban une nouvelle fois en étau entre, d’une part la milice et d’autre part en état voisin qui l’occupe et le bombarde. »

Le Liban a-t-il d’ailleurs été informé de cet accord entre les États-Unis et l’Iran? Je vous pose la question parce qu’il semble que non.

« Il semble, il semble effectivement que non. Et de ce point de vue là, le Liban est une nouvelle fois le théâtre de quelque chose qui finalement se joue sans lui, mais aura de très graves conséquences. Je pense que le Liban est aujourd’hui le grand perdant de toute cette séquence ».

Vous avez pu en discuter justement autour de vous, prendre le pouls de votre capitale, notamment ces dernières heures.

« Encore une fois, l’ambiance au Liban aujourd’hui, c’est surtout le flou. Le flou total, y compris chez les principaux responsables politiques, le flou concernant le retrait israélien, le flou concernant le respect de l’accord, le flou concernant l’attitude du Hezbollah et de l’Iran et le flou concernant la poursuite ou non la survie des négociations ou non entre Israël et le Liban. »

Le sud de Beyrouth était d’ailleurs encore sous le feu israélien. Hier matin, le sud du Liban, lui, des centaines de milliers de personnes l’ont fui. Le retour. Il est impossible encore aujourd’hui.

« Il est impossible. Tant que les Israéliens sont là. Il est impossible tant que la zone est encore bombardée. Il y a toutefois une partie de ces personnes déplacées qui ont essayé de rentrer. Aujourd’hui. Ils ont été arrêtés, notamment par l’armée, puisque l’armée craint de nouvelles victimes. Tant que le conflit n’est pas, n’est pas mis en pause. »

L’Armée libanaise demande effectivement aux habitants d’attendre avant de revenir des habitants des villages frontaliers d’Israël ?

 » Oui. Et la question qui se pose, même au delà de son momentum, c’est de savoir est-ce qu’à terme, ces gens là pourront revenir? Oui, vous savez, au sud du Liban, c’est un paysage aujourd’hui totalement dévasté mais vraiment dévasté. Il n’y a plus une maison, il n’y a plus un arbre. La terre a été retournée. Où est-ce que ces gens là vont revenir ? En supposant que les Israéliens se retirent, comment ils vont savoir où était leur maison, où était leur village? Qu’est ce qu’il va rester ? Tout ça va mettre des années à reconstruire. Et encore une fois, nous sommes dans un environnement politique où finalement rien n’a été réglé puisque le Hezbollah est encore là, il est encore armé et aujourd’hui, il se dit, il se déclare même triomphant. »


Source:

www.radiofrance.fr

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