Un juge californien a refusé vendredi de classer la plainte pour agression sexuelle déposée contre Marilyn Manson par son ancienne assistante, Ashley Walters. Le magistrat a estimé qu’il aurait « du mal à dormir » s’il rejetait l’affaire si peu de temps après l’avoir relancée en vertu d’une nouvelle loi californienne. Le chanteur, qui nie les faits, pourra la contester de nouveau ultérieurement.
Marilyn Manson a essuyé vendredi un nouvel échec dans sa tentative de faire annuler la plainte pour agression sexuelle déposée par son ancienne assistante.
Un juge californien a refusé de classer ou d’amputer les accusations formulées dans la troisième version amendée de la plainte d’Ashley Walters, cinq mois après avoir relancé l’affaire en vertu d’une nouvelle loi de l’État qui accorde aux plaintes anciennes pour agression sexuelle une fenêtre rétroactive de deux ans pour aboutir.
Lors de l’audience tenue dans le centre de Los Angeles, l’avocate de Marilyn Manson, Alexa Foley, avait plaidé que les accusations de Walters ne pouvaient pas être ravivées en vertu de la nouvelle loi, connue sous le nom d’AB250. Elle a tenté en vain de convaincre le tribunal que Walters ne remplissait pas le critère consistant à démontrer qu’elle avait été physiquement contrainte pendant l’agression sexuelle qu’elle allègue.
Dans sa troisième plainte amendée, déposée en février, Walters affirme que Manson — de son vrai nom Brian Warner — l’aurait poussée sur un lit, lui aurait immobilisé les bras et aurait tenté de l’embrasser alors qu’elle se débattait, lors d’un épisode survenu en mai 2010 dans le studio que l’artiste avait aménagé à son domicile de West Hollywood. Elle soutient que Warner se serait ensuite placé derrière elle et lui aurait « mordu l’oreille tout en lui saisissant la main pour la placer dans son sous-vêtement ».
« Walters s’est détournée lorsqu’il a essayé de l’embrasser sur les lèvres », a plaidé Foley. « Elle s’est rapidement écartée, elle n’est donc plus contrainte à ce moment-là. C’est alors qu’ils allèguent qu’il est arrivé derrière elle, lui a saisi la main et l’a placée dans son sous-vêtement. À cet instant, lorsqu’il y a un attouchement intime allégué, il n’y a pas de contrainte. »
Le juge ne s’est pas laissé convaincre, estimant qu’il était tout simplement trop tôt pour « trancher d’aussi près ». Les accusations de Walters, a-t-il jugé, étaient suffisamment solides pour laisser l’affaire avancer pendant que les deux parties réunissent des preuves afin de déterminer si l’agression sexuelle alléguée relève bien de la réouverture prévue par l’AB250.
Pour l’heure, « ce qui est allégué, en l’état des allégations, ferait sonner la cloche », a déclaré Steve Cochran, juge à la Cour supérieure du comté de Los Angeles. « Avec des accusations pareilles, vous croyez que je vais ergoter avec quelqu’un sur la qualification ou non d’agression sexuelle au stade de la requête ? J’aurais du mal à dormir. »
Le juge Cochran a estimé que les accusations connexes de Walters — qui dénonce une dissimulation orchestrée par la société de Warner, Marilyn Manson Records — pourraient être plus vulnérables à une contestation, dans la mesure où Walters n’a accepté de travailler comme assistante de Warner qu’après l’agression sexuelle alléguée. Mais il a jugé que ces accusations étaient, elles aussi, suffisamment solides pour se poursuivre pour le moment. Le magistrat a précisé que Warner et ses avocats pourraient les contester de nouveau dans une requête en jugement sommaire, une fois davantage de preuves réunies et la nouvelle loi plus pleinement appliquée.
« Ce n’était pas inattendu », a réagi l’avocat de Warner, Howard King, auprès de Rolling Stone à la sortie de la salle d’audience après la décision. « C’est une invitation claire à déposer une requête en jugement sommaire. Le juge a explicitement laissé entendre que nous n’en sommes pas encore au bon stade de la procédure. »
Les avocats de Walters, eux, ont salué la décision de vendredi. « Nous sommes évidemment satisfaits », a déclaré l’avocate Bina Ahmad à Rolling Stone. « Nous puisons vraiment notre inspiration pour continuer le combat auprès de notre cliente. C’est elle, la courageuse. »
Le juge a convoqué les parties à une conférence de mise en état en août.
Marilyn Manson : une plainte relancée après des années de procédure
Lorsque Cochran avait relancé la plainte en janvier, il avait indiqué avoir examiné « de près » l’AB250. « Je pense effectivement que la loi ravive la plainte », avait-il déclaré en revenant sur le classement qu’il avait prononcé le 16 décembre dans cette affaire de longue date.
La plainte de Walters chemine devant les tribunaux depuis plusieurs années. Un autre juge l’avait rejetée pour cause de prescription en mai 2022, mais une cour d’appel l’avait ensuite relancée, donnant à Walters l’occasion de prouver qu’une suppression de souvenirs provoquée par le traumatisme avait retardé son dépôt. Lorsque le juge Cochran avait classé l’affaire l’an dernier, il avait estimé qu’elle n’avait pas apporté cette démonstration.
Walters a porté plainte contre Warner pour la première fois en 2021, affirmant qu’il l’avait attirée dans son studio à domicile en 2010 après avoir complimenté ses photographies sur les réseaux sociaux et évoqué une possible collaboration. Elle raconte que Warner lui a demandé de la photographier, ce qu’elle a accepté parce qu’elle « n’était pas opposée, en principe, à l’art provocateur ». Mais la rencontre aurait dérapé lorsque Warner serait devenu agressif et l’aurait agressée alors qu’elle se trouvait de fait piégée à son domicile, dit-elle, parce qu’il avait omis de la prévenir que le parking attenant bloquerait l’accès à sa voiture de 2 heures à 7 heures du matin.
Walters indique avoir ensuite accepté un poste d’assistante de Warner après qu’il eut agité la possibilité d’une future collaboration professionnelle et n’eut tenté aucune avance sexuelle ouverte lors d’un second rendez-vous. Mais une fois à son service, Warner aurait déchaîné une campagne de violences physiques et psychologiques : il l’aurait fouettée, lui aurait jeté des assiettes, l’aurait forcée à rester debout sur une chaise pendant de longues périodes et l’aurait projetée contre un mur lors de ce qu’elle décrit comme des accès de rage sous l’emprise de la drogue, selon sa plainte.
Dans sa plainte, Walters affirme qu’au-delà des violences qu’elle aurait elle-même subies de la part de Warner, elle aurait également été témoin d’une scène où le musicien aurait jeté un crâne factice sur son ancienne fiancée, l’actrice Evan Rachel Wood, « si fort » que le projectile lui aurait laissé « une grosse marque enflée sur le ventre ». Elle soutient qu’elle apportait aussi en cachette de la nourriture et des boissons aux compagnes « affamées et désemparées » de Warner, tandis qu’elles se cachaient dans une salle de bains pour invités. Warner a nié les accusations.
Walters s’était manifestée pour la première fois en février 2021, au moment où plusieurs femmes, dont Evan Rachel Wood, accusaient Warner de violences physiques et psychologiques. Rolling Stone avait publié une longue enquête fin 2021, après avoir recueilli les témoignages de plus de 55 sources au sujet de ces accusations. Warner, 57 ans, a conclu des règlements à l’amiable avec deux de ses accusatrices, dont l’actrice Esmé Bianco. Il avait auparavant choisi d’abandonner les plaintes pour diffamation et harcèlement qu’il avait déposées contre Wood.
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Par Nancy DillonTraduit par la rédaction.
Source:
www.rollingstone.fr


