Dès qu’un virus pénètre dans l’organisme, une première ligne de défense déclenche une alerte et l’un de ces signaux est la libération d’interféron de type I. Ils bloquent la réplication du virus, recrutent des combattants cellulaires et donnent le temps au système immunitaire de fabriquer des anticorps contre le pathogène – qui seront donc la seconde ligne de défense de l’organisme.
Quand l’immunité se retourne contre elle-même
Ces interférons sont essentiels – c’est l’alarme qui sert à coordonner les premières défenses immunitaires. Mais il arrive que l’organisme joue contre son camp et produise des auto-anticorps dirigés contre ces molécules. Morgane Fournier est médecin et chercheuse doctorante en immunologie à l’Institut Necker Enfants Malades.
SON 1 > “Parfois, le système (…) à nous protéger contre l’infection.”
ALEXANDRA : D’où viennent ces auto-anticorps ? Qui, c’est-à-dire, quelles cellules les produisent, et surtout est-ce que leur production est déclenchée par l’infection, ou est-ce qu’ils étaient déjà là avant ? C’est à ces questions qu’a voulu répondre cette nouvelle étude parue dans la revue Cell.
GUILLAUME : Mais est-ce que ces auto-anticorps étaient connus avant la pandémie ?
ALEXANDRA : Alors oui et non, ils avaient déjà été décrits dans des pathologies génétiques particulières. Mais c’est vraiment la pandémie qui a braqué les projecteurs sur eux – comme le dit Morgane Fournir, 15% à 20% des formes graves de COVID-19 sont associés à ces auto-anticorps contre l’interféron de type I, ce qui est très loin d’être anodin. Dans cette étude, les scientifiques ont mené une enquête pour traquer le coupable.
SON 2 > Morgane : “ça a été vraiment (…) après l’infection COVID.”
ALEXANDRA : Résultat donc, ces auto-anticorps existaient avant, l’infection ! Cette anomalie du système immunitaire, où la première alarme est débranchée, est présente chez de nombreux patients, et c’est l’infection, bénigne normalement, qui la révèle.
La pandémie a donc permis de braquer les projecteurs sur une vulnérabilité immunitaire assez commune – 1 à 2% de la population mondiale présenterait ce défaut, soit au moins 100 millions de personnes.
Mais alors pourquoi ces patients présentent ces auto-anticorps ? il y a la combinaison de différents facteurs, génétiques sûrement, environnementaux aussi. L’âge joue également un rôle, le système immunitaire devient moins performant et il se met des bâtons dans le roue.
Pour contrer cela, il n’y a pas de traitement spécifique.
On ne pourra pas non plus dépister cette vulnérabilité immunitaire, en amont, à grande échelle. Le moyen le plus efficace pour s’en prémunir c’est…. la vaccination.
La vaccination permet d’apprendre au système immunitaire à reconnaître l’infection dès qu’elle se présente. On évite ainsi de faire appel à l’immunité innée qui est ici défaillante, et on passe directement à la seconde ligne de défense qui elle reste efficace.
La suite, ça sera d’étudier le rôle de cette anomalie dans les formes graves d’autres maladies bénignes, mais aussi le cancer.
De nombreuses études cherchent à présent à savoir si ces auto-anticorps ont un rôle bénéfique ou non sur le développement de cancer, ainsi que la réponse aux traitements anticancéreux.
Source:
www.radiofrance.fr


