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Les pouvoirs du graphisme : Les faussaires, des graphistes comme les autres

Une des fonctions du graphisme c’est d’inspirer confiance. C’est par exemple le rôle des logos de marques, des étiquettes, des symboles étatiques – censés garantir la valeur des objets ou documents sur lesquels ils sont imprimés. Mais ce sont de fragiles remparts, car les techniques graphiques qui sont employées pour les produire, peuvent aussi servir à les imiter, et même, à les contrefaire.

Les billets de banque en sont le meilleur exemple. Tout au long du XIXe puis du XXe siècle, les banques nationales, qui émettent les billets, mènent une course technologique contre les faux-monnayeurs, qui sont souvent des graveurs ou imprimeurs experts. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute Ceslaw Bojarski, surnommé le Cézanne de la fausse-monnaie, qui gravait lui-même ses plaques, fabriquait son papier et ses encres.

Les plus grands faussaires du siècle

Pendant la Seconde Guerre mondiale, certains graphistes ont exercé leurs talents pour fabriquer de faux-papiers pour des Juifs ou des dissidents, comme Willem Sandberg, pendant l’Occupation nazie des Pays-Bas : un graphiste génial qui fut ensuite directeur du Musée d’Art Moderne d’Amsterdam.

Les faux de Sandberg confondirent bien des fois les agents de la Gestapo, ce qu’il décrivit plus tard comme le plus bel éloge qu’on puisse faire à un travail typographique. En France, au cours des mêmes années noires, Jacques Daniel, un jeune maquettiste de presse réalise de faux papiers pour la Résistance dans une petite imprimerie. Vous le connaissez sans le connaître : c’est lui, Jacques Daniel, qui a dessiné en 1966 le logo des supermarchés Carrefour, qui n’a pas changé depuis 60 ans !

L’arrivée du numérique et les nouveaux faussaires

Lorsqu’apparaissent les outils numériques dans les années 1980, l’activité de faussaire change de visage. Le logiciel Photoshop rend accessible à n’importe qui la manipulation d’images. L’idée se diffuse que les documents numériques peuvent être altérés, retouchés, jusqu’à notre méfiance actuelle pour les « fakes » en tous genres qui peuplent internet.

Mais il est un domaine dans lequel la fabrication manuelle de « faux » graphiques a encore de beaux jours devant elle : c’est le cinéma, qui est peuplé d’objets graphiques fictifs, d’affiches, de livres, d’emballages qui n’existent pas ou qui n’existent plus et qu’il faut bien dessiner, et fabriquer pour les besoins du tournage.

Annie Atkins est une graphiste particulièrement reconnue dans ce domaine, dont vous avez pu voir les fausses enseignes, les fausses étiquettes de bagage, et les fausses couvertures de journaux dans The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson. Des objets qu’elle crée patiemment, en utilisant des techniques parfois anciennes comme la calligraphie ou la typographie au plomb, mais qui de son propre aveu, ne sont qu’à peine aperçus par les spectateurs du film. C’est même à cela qu’on sait qu’ils sont réussis.

C’est peut-être cela aussi, le point commun ultime entre le graphisme et le faux : quand c’est très bien fait, ça passe inaperçu !


Source:

www.radiofrance.fr

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