AccueilOpinionOù va l'argent...

Où va l'argent du pétrole vénézuélien depuis la chute de Nicolás Maduro? Mystère…

Où vont les pétrodollars produits par le Venezuela depuis l’arrestation de Nicolás Maduro le 3 janvier 2026? Donald Trump avait présenté cette opération comme la solution pour rendre leur argent aux Vénézuéliens. Mais, selon des analyses citées par NPR, les chiffres et l’opacité dans laquelle œuvre le gouvernement américain racontent une tout autre histoire.

Les promesses du président américain laissaient entendre un avenir radieux pour le Venezuela, mais la réalité semble loin du boom économique annoncé: le bolivar se déprécie à vitesse grand V, l’inflation augmente, les dollars se font de plus en plus rares –treize fois moins qu’au début 2025, selon Reuters– et l’activité économique s’affaiblit. Pourtant, l’équivalent de 8 milliards de dollars (7 milliards d’euros) de pétrole aurait été exporté en quatre mois, selon le groupe de réflexion Council on Foreign Relations. Alors, où va l’argent?

Petróleos de Venezuela SA (PDVSA), l’entreprise d’exploitation de pétrole et de gaz contrôlée par l’État, n’a publié aucun chiffre de ses revenus depuis 2016. Côté américain, même opacité. Marco Rubio a bien fini par céder à la pression du Congrès américain en révélant le transfert de 500 millions de dollars (433 millions d’euros) au Venezuela et en révélant qu’une partie de cet argent provenant du pétrole était stockée au Qatar. Comment et pourquoi l’argent s’est retrouvé là-bas, personne ne le sait.

Malgré toutes les promesses de transparence faites par la Maison-Blanche au moment de la capture de Nicolás Maduro, quasiment aucune information sur la vente du pétrole –accords entre gouvernement, identité des acheteurs, implication des banques, chiffres précis sur ce que contrôlent les États-Unis– n’a été divulguée.

Un statu quo parfait pour Donald Trump

Roxanna Vigil, membre du Council on Foreign Relations, a enquêté sur le cheminement opaque des pétrodollars depuis l’arrestation de Nicolás Maduro. Malgré l’absence de chiffres officiels, son étude s’appuie sur des rapports de différents analystes économiques, notamment Bloomberg. D’après elle, «la valeur estimée des exportations de pétrole contrôlées par les États-Unis est passée de 600 millions de dollars [519 millions d’euros, ndlr] en janvier à près de 3,7 milliards en avril [3,2 milliards d’euros]». Les États-Unis seraient évidemment les plus grands bénéficiaires des exportations vénézuéliennes, à hauteur de 43%.

«La corruption est au cœur de la crise économique, politique, humanitaire» que connaît le Venezuela depuis une dizaine d’années, assure Roxanna Vigil. Il est donc «difficile d’imaginer que ces millions de dollars puissent aller ailleurs que dans les poches d’un régime corrompu», regrette-t-elle.

Cinq mois plus tard, rien n’a changé concernant les élites qui contrôlent le pays. À part Nicolás Maduro, l’ensemble du gouvernement auquel il était à la tête est sensiblement resté le même. Cela n’a pas empêché Donald Trump de féliciter Delcy Rodríguez, ancienne numéro 2 de Nicolás Maduro, qui assure aujourd’hui l’intérim, affirmant qu’elle faisait de l’«excellent travail».

Les États-Unis n’ont pourtant jamais eu autant d’influence au Venezuela qu’aujourd’hui, selon Roxanna Vigil. Ils pourraient aisément proposer un horizon démocratique en «conditionnant un allègement futur des sanctions et l’accès aux 5 milliards de dollars du Fonds monétaire international à des concessions politiques concrètes». Malheureusement, Donald Trump a mis la main sur une manne de pétrole, mais aussi d’or et d’autres minéraux, dont il n’a pas envie de dévoiler les coulisses, et la situation actuelle lui convient parfaitement.

Au Venezuela, le malaise est grandissant. Beaucoup craignent de voir le pays s’engluer dans un statu quo qui ne permettra pas l’organisation d’élections et empêchera la reconstruction institutionnelle et les réformes démocratiques indispensables.


Source:

www.slate.fr

Articles similaires

Annonce publicitairespot_img