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Le pétrole devait grimper à 150 voire 200 dollars en juin: le détroit d'Ormuz est toujours bloqué et le baril n'est "qu'à" 90 dollars, pourquoi les prévisionnistes se sont trompés?

Bien que réelles, les tensions sur les cours de l’or de noir semblent moins prononcées que ce qu’anticipaient certains analystes. Le marché du pétrole semble avoir procédé à quelques ajustements afin de limiter l’impact du conflit.

C’est une situation qui semblait impensable avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. Depuis les premières frappes américano-israéliennes sur l’Iran il y a plus de trois mois, le détroit d’Ormuz, où transite habituellement 20% du pétrole mondial, est quasi-paralysé avec un trafic équivalent aujourd’hui à 15% de son niveau d’avant guerre, selon JPMorgan.

Les répercussions sur les cours de l’or noir ont été immédiates. Si bien que le baril de Brent, autour de 70 dollars avant le début du conflit, dépasse désormais les 90 dollars et a même ponctuellement franchi la barre des 125 dollars ces dernières semaines. Le baril de WTI, référence américaine, s’échange lui à 88 dollars, soit 20 dollars de plus que fin février.

Des prix du pétrole encore loin de leurs niveaux record

Mais comme le souligne CNN, les prix du pétrole n’ont pas encore atteint les niveaux effrayants attendus par certains prévisionnistes. Une étude de la banque d’investissement Macquarie Group anticipait par exemple un baril à 200 dollars « pendant un certain temps » si la guerre se prolongeait jusqu’en juin. De son côté, Goldman Sachs prédisait que les cours du pétrole « dépasseraient les pics de 2008 et 2022 si les flux dans le détroit d’Ormuz restaient faibles tout au long du mois de mars ».

Or, à leur plus haut historique en 2008, quelques mois avant la faillite de Lehman Brothers, les cours du pétrole avaient atteint 147 dollars le baril. Lors de la crise énergétique de 2022, le Brent avait atteint un pic à 139 dollars. Des niveaux encore très loin de ceux actuellement observés.

Navires « fantômes »

D’après JPMorgan, plusieurs raisons expliquent cette moindre envolée des prix du pétrole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. L’une d’entre elles serait liée aux flux clandestins, certains tankers n’hésitant pas à couper leur transpondeur pour éviter d’être repérés, de faire connaître leur nationalité, leur provenance et leur destination.

Cette pratique de contournement du blocus du détroit d’Ormuz aurait permis de faire passer clandestinement 2,1 millions de barils par jours, selon les estimations de JPMorgan début mai. Économiste chez Piper Sandler, Jan Stuart évoque plutôt le chiffre de 900.000. Toujours ça de pris, même si 15,6 millions de barils transitaient quotidiennement par ce passage stratégique avant la guerre.

« Malgré le blocus naval en cours et la forte baisse du trafic commercial, des volumes surprenants de pétrole brut et de produits pétroliers semblent toujours transiter par le détroit », a indiqué Natasha Kaneva, responsable de la stratégie mondiale des matières premières chez JPMorgan. Auprès de CNN, Bob McNally, fondateur et président de Rapidan Energy Group, estime que ces flux clandestins « ne suffisent pas à éviter d’importantes baisses des stocks de pétrole » dans le monde mais « cela atténue quelque peu l’impact » du conflit.

À ces barils transportés par des navires « fantômes », il faut ajouter les 2,1 millions qui sont acheminés par des bateaux ayant accepté de payer des droits de passage aux autorités iraniennes, souligne Jan Stuart. Mais également les 4,5 millions qui quittent chaque jour le golfe Persique par d’autres moyens, notamment via les oléoducs.

Le monde qui bouge – L’Interview : Le blocage d’Ormuz dope le transport routier – 21/05

Hausse de la production

Au-delà du golfe Persique, certains pays ont augmenté leur production, ce qui a permis de limiter les tensions sur les cours du pétrole: +800.000 barils par jour sur les quatre premiers mois de l’année pour le Brésil, +360.000 pour le Venezuela, tandis que les exportations américaines ont atteint un niveau record en avril. Au total, le supplément d’offre dans le monde, hors pays du golfe, a atteint 2,1 millions de barils par jour en mars et 2,4 millions en avril.

Côté demande, la Chine, un des plus gros consommateurs au monde, est parvenue à réduire massivement ses importations de brut qui ont chuté de 29% en mai pour atteindre leur niveau le plus bas en huit ans. De quoi là-encore limiter les risques de pénurie mondiale. Tous ces ajustements ont contribué à la relative maitrise des cours de l’or noir et d’absorber en partie le choc créé par la guerre même si cela se fait avec des moyens « coûteux », selon Natasha Kaneva.

L’analyste de JPMorgan prévient toutefois que la situation peut encore dégénérer. Les prix du pétrole pourraient ainsi augmenter de 5 dollars par mois supplémentaire de blocus du détroit d’Ormuz au troisième trimestre et de 15 dollars à partir du quatrième trimestre.


Source:

www.bfmtv.com

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