
Élisabeth Borne, députée EPR du Calvados, était l’invitée de « Tout est politique » sur franceinfo, mardi 9 juin. Elle est revenue sur l’affaire Lyhanna et sur le traitement des violences sexuelles sur mineurs en France, appelant à la prudence face aux polémiques et à attendre les conclusions des enquêtes administratives en cours.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Sonia Chironi : Comment vous réagissez à ce chiffre ? Entre 50 et 84% des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs classées sans suite aujourd’hui dans notre pays. Est-ce que ça explique également, et on va parler de l’affaire Lyhanna évidemment, mais est-ce que ça explique ce climat de colère et d’incompréhension qu’il y a aujourd’hui par rapport au traitement des violences sexuelles ?
Élisabeth Borne : Je pense qu’il n’y a pas de doute sur le fait qu’il faut faire mieux sur le traitement des violences sexuelles, en particulier sur les mineurs. C’est pour ça qu’il devait y avoir un plan de formation des policiers et des gendarmes. Vous avez cité des chiffres. Évidemment, on devrait être au-dessus de ces chiffres dans la formation des policiers et des gendarmes. C’est pour ça qu’on a créé des unités d’accueil pédiatriques enfants en danger et en l’occurrence, la jeune fille dont la plainte a été déposée au mois d’août a bien été accueillie dans une unité de ce type qui permet d’avoir des psychologues, des médecins, des enquêteurs dans une même structure plutôt que de devoir faire répéter plusieurs fois à l’enfant et d’avoir aussi une capacité à recueillir la parole de l’enfant dans les meilleures conditions. Donc il n’y a pas de doute sur le fait qu’il faut faire mieux. C’est ce qui a été engagé. Malheureusement, on voit qu’il reste du chemin.
Il y a le recueil de la parole et puis il y a l’enquête et on voit évidemment que c’est ça qui pose question dans l’affaire terrible de la mort de la petite Lyhanna, alors qu’il y avait eu des alertes sur le principal suspect, notamment donc celle de Rosa, cette petite fille dont vous avez parlé. L’avocat des parents a annoncé aujourd’hui qu’il voulait attaquer l’État pour faute lourde. L’avocat des parents de Lyhanna a également pris la parole pour mettre en cause l’État. On voudrait vous entendre là-dessus. Est-ce que l’État est responsable dans cette affaire ? Est-ce qu’il y a des responsabilités ?
D’abord, on est face à un drame effroyable. Moi, j’ai d’abord une pensée pour la famille, pour les proches de Lyhanna. Ensuite, une enquête administrative a été demandée par le garde des Sceaux, par le ministre de l’Intérieur, le ministre de l’Éducation nationale, parce qu’ils ont de bonnes raisons de penser qu’il y a eu des dysfonctionnements. Donc je pense que sur ce drame en particulier, il serait prudent d’attendre les conclusions de cette enquête pour comprendre comment on peut avoir une situation aussi absurde qu’effectivement une plainte déposée au mois d’août et un suspect qui n’a pas été entendu. Donc je pense que sur cette affaire en particulier, attendons les conclusions de l’enquête administrative qui a été lancée.
Nathalie Saint Cricq : À quoi imputez-vous cette espèce d’emballement ? C’est-à-dire que les magistrats montent au créneau tout de suite en disant qu’on fait la chasse aux magistrats et que c’est une histoire de moyens. On entend des ministres donner leur avis sur le côté incurable ou non de la castration chimique, qu’est-ce qui se passe ? Dans votre livre, à un moment donné, vous redoutez, je vous cite, la surenchère de propositions, de démagogies qui pourraient surgir à l’occasion d’une campagne électorale. Est-ce que vous pensez qu’on a déjà une classe politique qui est affolée par la campagne et qu’elle est obligée de taper vite, fort, de manière à marquer l’opinion et que ça ouvre la porte à un certain nombre de dérives ?
Écoutez, je pense qu’il y a une forte émotion dans le pays que chacun ressent, que chacun peut éprouver face au drame qui s’est produit. Pour autant, je pense qu’il est raisonnable d’attendre d’avoir des faits avant de se prononcer sur les conséquences, à tirer les dysfonctionnements que révèle ce drame.
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