AccueilActualitésÀ Bernex, un...

À Bernex, un nouveau festival donne voix aux correspondances littéraires

Le festival se présente comme une invitation à ralentir, à retrouver le temps long de l’écriture et de la pensée. À l’heure des textos, des courriels, des images et des messages instantanés, Les Épistolaires veulent remettre en lumière une forme littéraire ancienne mais toujours vive : la lettre. Outil de transmission, de mémoire et d’intimité, la correspondance y devient matière scénique.

Pour cette première édition, le thème retenu est celui des écrivains migrateurs, autour de grandes figures suisses ou liées à Genève : Nicolas Bouvier, Annemarie Schwarzenbach, Charles-Albert Cingria et Isabelle Eberhardt. Tous ont fait du déplacement, de l’ailleurs, de la rencontre et de la solitude des motifs essentiels de leur œuvre.

Des voix pour faire revivre les lettres

Le festival réunira plusieurs comédiens et artistes familiers de la scène et du texte : Marthe Keller, Jean-Luc Bideau, Samuel Labarthe, Camille Bordet, Geoffroy de Clavière et la violoncelliste Ophélie Gaillard.

Les lectures feront entendre des correspondances, poèmes et textes liés au voyage. Entre présence et éloignement, humour, poésie, chant et musique, Les Épistolaires entendent faire passer l’écriture du papier à la voix, en donnant aux mots couchés dans les lettres et carnets une nouvelle présence.

La manifestation est portée par l’association Ephem’Aire. Le projet est né dans le sillage d’une lecture de Sylvain Tesson organisée à Bernex, qui avait réuni environ trois cents personnes. De cette expérience est née l’idée d’un festival consacré aux textes lus, aux lettres et aux voix.

Bernex, lieu d’accueil

La commune de Bernex a accueilli le projet dans un cadre volontairement bucolique. Le Parc de la Mare, situé chemin du Signal 49, accueillera les lectures en plein air, avec un podium pour les artistes et des bancs sous les arbres pour le public.

Bernex est décrite par les organisateurs comme une commune à la fois vigneronne et de plus en plus urbaine, conservant un caractère rural grâce notamment aux bords de l’Aire renaturée. En cas de pluie, les lectures seront déplacées à la salle communale, route d’Aire-La-Ville 22.

Le site est accessible par les transports publics genevois : tram 14, arrêts Bernex, Pré-Marais ou Bernex, P+R, ainsi que par le bus 47. Le P+R de Bernex se trouve également à proximité, et l’accès à vélo peut se faire par la voie verte Genève-Bernex. Des bénévoles accueilleront le public pour le guider vers le site.

Annemarie Schwarzenbach en ouverture

La première soirée aura lieu le vendredi 12 juin à 19h30 avec Entre présence et éloignement, lecture des correspondances d’Annemarie Schwarzenbach par Marthe Keller. La lecture sera suivie d’une séance de dédicace.

Née à Zurich en 1908, Annemarie Schwarzenbach fut écrivaine, journaliste et photographe. Figure tourmentée, issue d’une famille bourgeoise, elle trouva dans les voyages et les amitiés littéraires un espace de liberté. En 1939, elle entreprend avec Ella Maillart un voyage en voiture de Genève à l’Afghanistan, que Maillart racontera dans La Voie cruelle.

Le festival cite d’elle cette phrase tirée de La Mort en Perse : « La liberté n’est valable que tant que l’on a la force d’en faire usage. »

/uploads/images/unnamed-12-6a284f7ea5fef805788155.png

Charles-Albert Cingria, l’humour du monde

Le samedi 13 juin à 17h, Jean-Luc Bideau lira les correspondances de Charles-Albert Cingria dans L’humour du monde.

Écrivain genevois surnommé « Le Loufoque », Charles-Albert Cingria fut l’auteur d’une œuvre vive, baroque et anticonformiste. Frère du peintre Alexandre Cingria et oncle de la journaliste Hélène Cingria, il fréquenta plusieurs figures littéraires, dont Jean Cocteau et Paul Claudel. Voyageur, styliste inclassable, il laisse des livres comme La Civilisation de Saint-Gall ou Pétrarque.

La formule retenue par le festival résume son art de la fulgurance : « Un mètre carré, et l’univers. »

/uploads/images/unnamed-13-6a284f8da4fed761516907.png

Nicolas Bouvier, entre poésie et violoncelle

Le même jour, à 19h, Samuel Labarthe lira des poèmes de Nicolas Bouvier dans Musique dehors pour poésie dedans, accompagné au violoncelle par Ophélie Gaillard.

Nicolas Bouvier, écrivain voyageur genevois, reste associé à L’Usage du monde, récit devenu emblématique d’une littérature du déplacement, de l’attention et de la transformation de soi par le voyage. Avec Thierry Vernet, il a aussi travaillé une forme d’iconotexte, où les mots et les images dialoguent.

La lecture musicale s’appuiera notamment sur Le Dehors et le Dedans, recueil où apparaissent ces instants suspendus que Bouvier considérait comme des moments de grâce, quand « le seul fait d’être au monde remplit l’horizon jusqu’aux bords ».

Le festival reprend également l’une de ses phrases les plus célèbres : « On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait. »

/uploads/images/unnamed-14-6a284f9ce0206126992101.png

Isabelle Eberhardt, le cœur en Orient

Le dimanche 14 juin à 15h30, Camille Bordet proposera Mon cœur est en Orient, une lecture chantée et musicale autour des correspondances d’Isabelle Eberhardt.

Née à Genève en 1877 et morte en Algérie en 1904, Isabelle Eberhardt demeure l’une des grandes figures de l’écriture voyageuse. Partie en Algérie à vingt ans, elle mena une existence brève, libre et intense, retracée notamment par Edmonde Charles-Roux. Ses textes, réunis entre autres sous le titre Écrits sur le sable, mêlent errance, spiritualité, fascination pour le désert et désir d’émancipation.

Le festival cite cette phrase : « La vie le long des routes, c’est la liberté. »

/uploads/images/unnamed-15-6a284facd4243239797702.png

Bouvier et Vernet à deux voix

La première édition des Épistolaires se clôturera le dimanche 14 juin à 18h30 avec Viendras-tu aux Indes avec moi ?, lecture des correspondances de Nicolas Bouvier et Thierry Vernet par Samuel Labarthe et Geoffroy de Clavière.

Le choix de deux voix répond à la nature même de cette correspondance : deux amis, deux regards, deux manières d’habiter le monde et le voyage. Samuel Labarthe connaît déjà bien l’univers de Nicolas Bouvier, après avoir porté sur scène L’Usage du monde et Poisson-scorpion au Théâtre de Carouge. Donner une voix à Thierry Vernet revient aussi à rendre hommage à l’amitié qui lia les deux Genevois et à leur goût commun pour l’exploration des ailleurs.

/uploads/images/unnamed-16-6a284fbd7d7e8460720891.png

Une affiche signée Tom Tirabosco

Pour cette première édition, l’affiche est signée Tom Tirabosco, auteur de bande dessinée et illustrateur genevois, double lauréat du Prix Rodolphe Töpffer de la Ville de Genève, primé à Angoulême et enseignant à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration de Genève.

Son visuel montre un homme qui marche, presque court, tout en écrivant. Des lettres s’échappent dans son sillage, avec en arrière-plan le paysage genevois, le lac et les cimes. Les organisateurs y voient une image fidèle à l’esprit du festival : mouvement et écriture, voyage et correspondance, corps en marche et pensée en train de se formuler.

Production, organisation et réalisation sont assurées par l’association Ephem’Aire. La direction artistique est portée par Geoffroy de Clavière et Samuel Labarthe. La communication est assurée par Thomas Mohler et Enrique Pardo, avec Illyria communication pour les relations presse. Les textes du programme sont signés Benjamin Chaix, l’affiche Tom Tirabosco, et les adaptations Anne Rotenberg, Gérald Stehr et Samuel Labarthe.

Les soutiens financiers et donateurs sont les communes de Bernex, Confignon, Chancy et Cartigny, la Fondation Abelia, la Société de lecture, Procare Systems, Payot, le Festival du Lac, les Éditions Zoé, les Éditions Métropolis et la Papeterie Brachard.

Crédits photo : Tom Tirabosco (Les Épistolaires)

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

Articles similaires

Annonce publicitairespot_img