
Ce 8 juin 2026, Sarah Abitbol fête ses 51 ans. Figure majeure du patinage artistique français, l’ancienne championne a marqué son sport avec son partenaire Stéphane Bernadis.
Ensemble, ils ont remporté dix titres de champions de France et une médaille de bronze aux Mondiaux 2000.
Mais depuis 2020, le nom de Sarah Abitbol est surtout associé à une autre bataille : celle de la libération de la parole sur les violences sexuelles dans le sport.
Une championne devenue lanceuse d’alerte
Née à Nantes le 8 juin 1975, Sarah Abitbol commence le patinage très jeune. Sa carrière bascule en 1992 lorsqu’elle forme un duo avec Stéphane Bernadis. Le couple devient rapidement une référence du patinage français. En 1996, ils décrochent une première médaille européenne. Puis vient le sommet : une médaille de bronze aux championnats du monde de 2000 à Nice, une performance historique pour un couple français.
Leur parcours est pourtant jalonné d’obstacles. Blessures, changements d’entraîneurs et forfait douloureux aux Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002 fragilisent leur dynamique. Après leur retrait de la compétition en 2003, Sarah Abitbol poursuit sa carrière dans des spectacles sur glace, notamment avec Holiday on Ice, avant de créer sa propre troupe, Rêves de glace.
Mais c’est en janvier 2020 que son destin public change de dimension. À l’occasion de la sortie de son livre Un si long silence, elle accuse son ancien entraîneur Gilles Beyer de viols, attouchements et harcèlement sexuel, qu’elle dit avoir subis entre ses 15 et 17 ans. Les faits, qu’elle affirme avoir endurés entre 1990 et 1992, étaient prescrits. Sarah Abitbol explique alors ne pas avoir porté plainte, tout en racontant un silence qu’elle juge destructeur.
Dans un entretien accordé à Ouest-France, elle décrit le moment où elle décide de parler. « Par mon silence, je me suis sentie complice. Je n’ai plus supporté », confie-t-elle. Son témoignage provoque un choc dans le monde sportif français. Très vite, la parole d’autres anciennes patineuses émerge.
Le nom de Jean-Roland Racle également cité
Au cœur de cette onde de choc, un autre entraîneur apparaît dans plusieurs enquêtes de presse : Jean-Roland Racle. Ancien champion de France de patinage en couple à sept reprises, il a aussi occupé des fonctions importantes au sein de la Fédération française des sports de glace. Surtout, il a été l’un des entraîneurs de Sarah Abitbol et Stéphane Bernadis.
En janvier 2020, l’ancienne patineuse Hélène Godard affirme dans plusieurs médias avoir subi des violences sexuelles de la part de deux entraîneurs lorsqu’elle était mineure. Elle accuse notamment Gilles Beyer, mais également Jean-Roland Racle.
Selon son récit publié notamment par L’Équipe, Le Monde et L’Obs, Hélène Godard explique avoir été hébergée chez Jean-Roland Racle et son épouse au début des années 1980. Elle dit être progressivement tombée sous une relation d’emprise. « Un soir, il m’a embrassée (…) après, ça a pris de l’ampleur », raconte-t-elle. Elle évoque aussi des attouchements sexuels lorsqu’elle était entraînée à Asnières.
Dans un témoignage relayé par L’Équipe, elle affirme : « Il m’amenait dans un petit vestiaire en contrebas et me touchait la poitrine, le sexe. » Les faits évoqués concerneraient la période où elle avait entre 15 et 16 ans.
Jean-Roland Racle a toujours contesté ces accusations. Interrogé à l’époque, il nie toute relation sexuelle avec Hélène Godard avant sa majorité et réfute les faits dénoncés. À L’Obs, il déclare notamment : « Elle était consentante, sinon, pourquoi n’aurait-elle pas porté plainte ? » Il affirme également avoir pu être « trop protecteur, trop proche » dans un contexte où, selon lui, les relations entre entraîneurs et sportifs étaient différentes.
Aucune poursuite judiciaire n’a été engagée contre lui, les faits dénoncés étant prescrits. Comme dans l’ensemble de ces affaires, la présomption d’innocence s’applique.
Un séisme durable dans le sport français
La prise de parole de Sarah Abitbol a néanmoins provoqué un tournant. Après ses révélations, le club des Français Volants a écarté Gilles Beyer de ses fonctions. Une enquête préliminaire pour viols et agressions sexuelles sur mineurs a été ouverte en 2020 afin d’identifier d’éventuelles autres victimes. Elle n’a toutefois jamais débouché sur un procès concernant Sarah Abitbol, les faits dénoncés étant prescrits.
La mort de Gilles Beyer en 2023 a définitivement mis fin à la procédure judiciaire le concernant. Sur France Inter, Sarah Abitbol avait alors confié son trouble. « J’aurais aimé qu’il ait un procès », disait-elle, regrettant l’absence d’une confrontation judiciaire qu’elle estimait nécessaire.
Depuis, l’ancienne championne poursuit son engagement contre les violences sexuelles dans le sport. Revenue vivre en France après son divorce en 2025, elle se consacre notamment à son association, La Voix de Sarah, dédiée à la sensibilisation et à l’accompagnement des victimes.
Six ans après ses révélations, Sarah Abitbol reste ainsi une figure centrale de la lutte contre l’omerta dans le sport. Et si son témoignage a d’abord visé un homme, il a aussi contribué à faire émerger d’autres récits, longtemps restés dans l’ombre.
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