Face à l’efficacité croissante des drones ukrainiens, capables de frapper avec précision les lignes logistiques, l’armée russe adopte une solution inattendue: repeindre ses camions avec des motifs géométriques noirs et blancs très contrastés, rapporte Fast Company. Ces motifs, faits de zigzags et de taches irrégulières couvrant l’ensemble du véhicule, rappellent une technique de camouflage vieille de plus d’un siècle.
Ce choix esthétique surprenant s’inspire directement du «dazzle camouflage», utilisé par la marine britannique pendant la Première Guerre mondiale. À l’époque, ces motifs visaient non pas à dissimuler les navires, mais à perturber la perception des équipages ennemis en faussant leur estimation de la vitesse, de la direction et de la distance.
Aujourd’hui, l’objectif est différent: il ne s’agit plus de tromper l’œil humain, mais les algorithmes de vision artificielle. Les drones ukrainiens modernes reposent en partie sur des systèmes autonomes capables d’identifier et de suivre des cibles grâce à l’analyse d’images. En modifiant radicalement l’apparence des véhicules, les forces russes espèrent perturber ces systèmes.
Russian military trucks are showing up with zebra stripes and swirling black-and-white patterns in occupied Ukraine.
According to experts cited by RFE/RL, the unusual paint schemes may be designed to confuse AI-assisted targeting systems used by Ukrainian drones rather than… pic.twitter.com/pJTVYLLIOb
— Euromaidan Press (@EuromaidanPress) June 4, 2026
Des images récentes montrent deux types principaux de motifs appliqués sur les camions: des bandes anguleuses fortement contrastées et des taches arrondies irrégulières, combinant blanc, noir et parfois vert militaire. L’idée est de brouiller les repères visuels utilisés par les algorithmes pour reconnaître un véhicule.
Beau… mais inutile?
Sur le plan théorique, cette stratégie repose sur des principes réels. Les systèmes de vision par ordinateur identifient des objets en reconstituant des motifs familiers à partir de formes et de contours. Introduire des perturbations visuelles peut diminuer la fiabilité de ces systèmes, un phénomène bien documenté dans la recherche sur les réseaux neuronaux.
Cependant, l’efficacité réelle de cette approche reste incertaine. Les drones peuvent être rapidement reprogrammés pour reconnaître ces nouveaux motifs, rendant la stratégie obsolète. De plus, elle expose les véhicules à un autre risque: leur forte visibilité pour les opérateurs humains, qui peuvent facilement les repérer sur les flux vidéo.
Un autre problème majeur de ce camouflage réside dans l’utilisation de capteurs non visuels par l’armée ukrainienne. Les caméras thermiques, largement répandues aujourd’hui sur le champ de bataille, détectent la chaleur des moteurs indépendamment de la peinture. De même, les systèmes radar ou de vision nocturne ne sont pas trompés par ce type de camouflage, ce qui limite fortement son utilité.
Cette initiative s’inscrit dans une série de contre-mesures improvisées observées depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022: ramparts en bois, filets, cages métalliques, armures de pneumatiques, les exemples sont légion. Nées de l’improvisation et de la débrouille des troupes face à un conflit changeant et imprévisible, ces solutions peuvent temporairement compliquer le travail adverse mais sont généralement rapidement contournées.
Source:
www.slate.fr


