
Le 8 juin 2025, dans le cadre de la conférence des Nations-Unies sur l’océan (UNOC) à Nice, un groupe international de chercheurs a lancé un indicateur d’un nouveau genre. Ce baromètre « Starfish » (« étoile de mer » en français) comprend comme il se doit cinq branches couvrant l’état des mers, les pressions qu’elles subissent, mais aussi les apports positifs de ce milieu. A l’occasion de la Journée mondiale de l’océan, le 8 juin 2026, Starfish présente son deuxième bilan.
Les mesures physiques engrangées par les navires océanographiques, les bouées, les satellites en constituent la base scientifique qui sert à évaluer les pressions humaines (changement climatique, surpêche), les impacts sociétaux (destruction de biens, menaces alimentaires), les efforts de protection et enfin les opportunités bénéfiques pour l’humanité de cette masse qui recouvre 70% de la surface de la planète. Ce travail s’opère sous l’égide d’un comité scientifique de 29 auteurs issus de 14 pays tandis que la mise en œuvre dépend de l’organisme Mercator Ocean International. Ces résultats viennent d’être publiés dans la revue State of the Planet.
Un quart de la surface des océans affectés
Premier message : la dégradation de l’océan s’accélère. Un quart de sa surface est touché par un réchauffement marqué, une désoxygénation ou une acidification de ses eaux. La hausse du niveau des mers a été de 4,2 millimètres par an entre 2012 et 2025, soit le double de ce qui a été constaté les décennies précédentes. En cause, le changement climatique. L’océan absorbe 90% de la chaleur retenue par une teneur croissante de gaz à effet de serre et il capte 20% des émissions de CO2 provenant des activités humaines. En conséquence, la banquise arctique n’a jamais été aussi restreinte avec 32,1 millions de km² mesurés à son maximum hivernal. 20% de la surface de l’océan a subit des canicules sous-marines. 84,4% des coraux (0,2% de la surface des fonds marins mais habitat de 25% des espèces) ont été atteint de blanchiment, contre 68,2% entre 2014 et 2017. 1685 espèces marines sont désormais menacées d’extinction.
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Les pollutions humaines, elles, se sont aggravées. Certes, les émissions de CO2 du transport maritime stagnent, ce qui signe le début d’une décarbonation de cette flotte de plus en plus active, mais le cadre général de décarbonation des navires marchands mené dans le cadre de l’Organisation maritime internationale (OMI) a été repoussé. L’exploitation des fonds marins est toujours envisagée par quelques Etats (comme les Etats-Unis) et entreprises. L’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) a accordé 19 contrats d’exploration des gisements de nodules polymétalliques, de sulfures et d’encroûtements métallifères qui pourraient constituer la porte d’entrée à l’exploitation. Cependant, 8 nouveaux pays se sont déclarés contre cette exploitation minière, portant à 40 le nombre de gouvernements qui y sont opposés. En 2025, 130 milliards de tonnes de plastique ont été produites dont 10% pourraient polluer les mers.
Une protection qui fait de lents progrès
La dégradation de l’océan a en retour des effets sur les sociétés humaines. En 2024, les pertes économiques dues aux tempêtes tropicales et aux intrusions marines ont coûté en tout 182 milliards d’euros, soit le double des dommages constatés en 2023. 34% seulement étaient assurés. Victimes collatérales, 80 000 enfants ont cessé d’aller à l’école du fait de ces destructions. Les assurances maritimes ont augmenté de 21% depuis 2021 pour prendre en compte des risques croissants physiques et géopolitiques. Enfin, comptabilité macabre, 8260 migrants ont péri en mer.
Passons à la deuxième partie du message : les réponses tardent. Depuis l’UNOC l’an dernier, il y a eu de bonnes nouvelles. Ainsi, le traité international de la haute mer est entré en vigueur, donnant un statut juridique à 61% de la surface des mers. Un accord signé à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) interdit désormais les subventions publiques à la pêche illicite. La convention de Washington sur la protection des espèces a renforcé le statut des requins à pointe blanche, des requins baleines, des raies manta. Mais en réalité, seuls 10% de la surface de l’océan est sous statut d’aire marine protégée et 3,2% sont en protection forte.
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L’exploitation des mers entre petit à petit dans un cercle vertueux d’économie circulaire, affirme enfin « Starfish ». 34% de la farine de poisson et 53% de l’huile de poisson sont désormais fabriqués à partir de sous-produits de la pêche et non plus d’animaux pêchés pour ce seul usage. La recherche de molécules et de principes actifs issus du milieu marin s’accélère avec 2000 start-up actives dans l’alimentation, les algues, la santé. Des entreprises s’engagent dans la protection des côtes ou les énergie propres marines (hydrolien, éolien offshore, exploitation de la houle). Les aides publiques de protection ont augmenté de 45% depuis 2021 pour dépasser trois milliards d’euros en 2024, mais il faudrait 150 milliards par an pour réussir à atteindre l’objectif du développement durable (ODD) 14 qui vise à la conservation et à l’utilisation durable de l’océan d’ici 2030. « Starfish » livrera désormais tous les ans un jalon dessinant la trajectoire de l’humanité vers l’atteinte de cet objectif que s’est donné la communauté internationale en 2015.
Source:
www.sciencesetavenir.fr


