À l’origine de ce concept, un podomètre créé dans les années 1960 par un horloger japonais et nommé manpokei, qui signifie « jauge pour dix mille pas ». Tout simplement parce que l’idéogramme nippon signifiant 10.000 évoque la silhouette d’une personne qui marche ! Et comme ce nombre est facile à retenir, les médias puis les médecins s’en sont largement emparés. « C’est avant tout une belle histoire marketing qui a longtemps été déclinée par certaines politiques de santé publique et qui, ensuite, a été rattrapée par la science », s’amuse le Pr Jean-François Toussaint, cardiologue dans le service de médecine du sport et activités physiques adaptées à l’hôpital Hôtel-Dieu, à Paris.

Depuis une vingtaine d’années en effet, notamment avec l’essor des podomètres puis des smartphones et des montres connectées, les études scientifiques se sont multipliées pour établir un lien formel entre le nombre de pas quotidiens et la réduction des risques sanitaires. En 2019, par exemple, une équipe américaine a montré que chez des femmes de plus de 70 ans, la mortalité est plus basse chez celles qui marchent 4400 pas par jour par rapport à celles qui n’en font que 2700. Une autre étude, publiée en 2020, montrait quant à elle que pour chaque palier de 1000 pas supplémentaires par jour, on observe une réduction de la mortalité toutes causes confondues de 12 %. Ce bénéfice s’observait dès 2700 pas par jour et jusqu’à 17.000.
En juillet 2025, la revue The Lancet Public Health a sonné la fin du match en publiant la plus vaste revue systématique à ce jour sur le sujet : 57 études ont été retenues et 31 d’entre elles ont même donné lieu à une méta-analyse, c’est-à-dire une analyse statistique combinant toutes leurs données. Et les auteurs de conclure : « Même si 10.000 pas par jour peuvent encore constituer un objectif viable pour ceux qui sont plus actifs, 7000 pas par jour sont associés à des améliorations cliniquement significatives des résultats en matière de santé et pourraient constituer un objectif plus réaliste et réalisable pour certains. » Doit-on pour autant fixer à 7000 pas par jour le nouvel objectif de santé publique ? Pas si simple…
« Si l’on regarde en détail les résultats, on constate que la marche est bénéfique, quelle que soit la distance et sans effet palier », insiste Jean-François Toussaint. Ainsi, en prenant comme référence 2000 pas par jour, on constate par exemple une réduction de 36 % du risque de mortalité toutes causes confondues simplement en doublant la distance, soit 4000 pas par jour. Le risque est réduit de 47 % pour 7000 pas par jour, et cela dépasse les 50 % de réduction au-delà de 11.000 pas par jour.
Autrement dit, « la plus grande part de réduction du risque initial est observée chez les personnes qui ne marchaient quasiment pas et qui s’y mettent un peu », explique la Pr Martine Duclos, cheffe du service de médecine du sport au CHU de Clermont-Ferrand, et présidente de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps). Alors que celles qui marchent déjà 6000 pas par jour et vont en faire mille de plus pour atteindre ces fameux 7000 pas n’auront qu’un seul pourcent de gain sur le plan de la mortalité…
Des effets similaires sont observés quant au risque de maladies cardiovasculaires et, dans une moindre mesure, celui de cancers : ils diminuent dès lors que le nombre de pas dépasse les 2000 par jour et cela, même au-delà des 7000 retenus par les auteurs de cette méta-analyse. « Plutôt que de fixer un objectif chiffré qui serait le même pour tous, mieux vaut encourager les gens à marcher un peu plus qu’ils ne le font déjà, en tenant compte de leur état de santé et aussi de leur disponibilité », résume donc Martine Duclos.
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L’activité physique n’est pas nécessaire tous les jours
D’autres études se sont intéressées à la vitesse de marche. S’il en ressort qu’une cadence élevée a plus d’effets bénéfiques sur la santé, pour la médecin clermontoise, « cet effet reste mineur par rapport au nombre de total de pas effectués dans la journée. Mieux vaut donc ne s’intéresser qu’à celui-là pour ne pas brouiller le message » et risquer de décourager les personnes avec un état de santé dégradé, les seniors ou celles en situation de handicap.
Enfin, pas de culpabilité si vous n’arrivez pas à marcher tous les jours et concentrez votre activité en fin de semaine : « Plusieurs études portant sur ceux qu’on appelle les ‘week-end warriors’ ont montré que 150 à 300 minutes d’activité physique ont le même impact sur la réduction de la mortalité, qu’elles soient réparties sur cinq à sept jours ou seulement sur deux jours dans la semaine », précise Martine Duclos. Oubliez donc les chiffres et les objectifs, et marchez, tout simplement dès que vous le pouvez, comme vous le pouvez !
Nous marchons de plus en plus vite
En analysant avec l’IA des vidéos filmées dans des centres-villes aux États-Unis, des chercheurs ont découvert qu’entre 1980 et 2010, la vitesse de marche avait augmenté de 15 %. « Nous avons mesuré la vitesse de marche dans les centres-villes de New York, Boston et Philadelphie : en trente ans, elle est passée d’environ 4,4 km/h à 5 km/h, avec une diminution de moitié du temps passé à flâner. À cela s’ajoute une nette réduction du nombre d’interactions dans ces espaces publics », atteste Arianna Salazar-Miranda, enseignante en urbanisme à l’université Yale.
Les rues sont désormais perçues comme des couloirs de circulation, plutôt que comme des espaces de rassemblement et d’interaction sociale. La marche urbaine est devenue un moyen de transport efficace pour de courtes distances, vidée de toute dimension exploratoire ou contemplative. La densité de population joue par ailleurs un rôle déterminant. Selon le Withings Health Institute, dont les analyses s’appuient sur les données de montres connectées, plus une zone est peuplée, plus les gens pressent le pas. En France, Paris et sa couronne présentent la cadence de marche la plus élevée, devant Lyon, Nantes et Strasbourg, suivies de plus petites villes comme Bayonne et Limoges.
Source:
www.sciencesetavenir.fr


