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Quelle est la responsabilité de l’humanité et de la mondialisation dans le réchauffement climatique, par rapport aux facteurs naturels ? OnVousRépond Climat

Les gaz à effet de serre ne sont pas tous générés par l’homme : certains sont présents naturellement dans l’air. Mais ces derniers ont-ils vraiment une responsabilité dans le réchauffement actuel, comparés à la pollution d’origine humaine et aux effets de notre économie ?

Comme vous l’avez sans doute remarqué, lorsqu’on parle des gaz à effet de serre, ou GES, c’est toujours au pluriel : ils sont en effet assez nombreux, et tous différents. Le principal est sans conteste le gaz carbonique, ou CO2 : c’est lui qui est émis lorsque nous brûlons des hydrocarbures, c’est-à-dire du pétrole, du charbon ou du gaz.

Autant dire que nous en rejetons sans cesse, puisque ces hydrocarbures sont utilisés dans nos véhicules à pétrole, nos chaudières à fioul ou à gaz, nos gazinières… ou encore dans les usines qui fabriquent les objets que nous achetons, puis dans les camions, bateaux et avions qui les acheminent jusqu’à nous.

Ainsi que l’explique Christophe Cassou, climatologue et membre du CNRS, « ces énergies fossiles qui nous permettent de produire des biens et des services, qui sont ensuite transportés », tout cela génère ces quantités importantes de CO2, « responsables de la hausse des températures que l’on vit aujourd’hui ».

La mondialisation n’aurait pas pu avoir lieu sans l’usage des énergies fossiles

Christophe Cassou, climatologue, membre du CNRS, co-auteur du 6e rapport du GIEC

Et cette dérive est assez récente dans l’histoire de l’humanité : rappelons qu’avant l’invention du chemin de fer au XIXe siècle et ses locomotives au charbon, la plupart des habitants du monde ne voyageaient que très peu au cours de leur vie, le plus souvent à pied et parfois en diligence à traction animale, donc sans émettre de GES. Quant aux quelques produits importés, bien plus chers à cette époque qu’aujourd’hui, ils utilisaient des bateaux à voile ou des charrettes tirées par des chevaux : les émissions de CO2 étaient donc négligeables.

Par conséquent, la mondialisation actuelle de l’économie peut être mise en accusation puisque « bien évidemment, cette mondialisation n’aurait pas pu avoir lieu sans l’usage des énergies fossiles, en particulier du pétrole », note Christophe Cassou.

Si aujourd’hui nous profitons des bas salaires des ouvriers chinois, ce n’est possible que parce que le pétrole permet d’importer ces produits lointains pour un prix modique. Ce qui mène parfois à des situations aberrantes, comme des eaux en bouteille acheminées depuis les îles du Pacifique, alors que nous avons chez nous autant de sources d’eau minérale qu’il nous faut…

Donc, le CO2 est le gaz à effet de serre le plus abondant parmi tous ceux que notre économie moderne rejette dans l’air. Mais il n’est pas le plus puissant : il faut aussi compter avec un deuxième, le méthane, qu’on appelle aussi gaz naturel et qu’on note CH4. Lorsque ce gaz est récolté dans des gisements souterrains, en Russie, au Moyen-Orient ou en Algérie, il y a toujours quelques fuites : une partie du méthane destiné à être vendu chez nous pour être brûlé dans nos chaudières, est en fait dispersée dans l’atmosphère, où il a hélas un pouvoir réchauffant très fort.

Mais dans notre économie, le méthane est surtout un résultat de l’élevage : il est produit par le tube digestif des ruminants (leurs rots et leurs pets, pour parler clairement…), principalement les vaches dont nous tirons viande et lait. C’est pour cela que parmi les différents aliments, la viande et le fromage ont de mauvais bilans carbone : manger un kilo de bifteck, c’est comme émettre 28 kg de CO2 dans l’air.

Attention, c’est bien du méthane qui est rejeté par les ruminants, mais pour faciliter les comparaisons on préfère convertir en « équivalent CO2 » : un kilo de viande de bœuf produit environ un kilo de méthane, et comme le méthane est 28 fois plus réchauffant que le CO2, on obtient ce chiffre de 28 kg eqCO2 (ce « eq » signifiant « équivalent »).

Restent encore, parmi les gaz à effet de serre, le protoxyde d’azote, noté N2O. Issu par exemple des engrais chimiques, il est plus de 250 fois plus réchauffant que le CO2. Citons enfin les gaz contenant du fluor, fabriqués par notre industrie pour les appareils produisant du froid, comme les réfrigérateurs ou les climatiseurs, et qu’on ne doit surtout pas laisser fuiter dans l’environnement car leur pouvoir réchauffant est énorme : jusqu’à 25.000 fois plus que le CO2.

Et pourtant, le gaz à effet de serre le plus abondant dans l’atmosphère… C’est la vapeur d’eau ! Issue naturellement de l’évaporation des mers, c’est elle qui fournit les trois quarts de l’effet de serre terrestre : c’est grâce à elle qu’il ne fait pas aussi froid sur terre que dans l’espace, puisqu’elle capte la chaleur du soleil et la retient dans l’air.

De même, les autres gaz à effet de serre peuvent eux aussi être sécrétés naturellement par l’environnement : le méthane résulte de la fermentation des zones marécageuses, le protoxyde d’azote est émis par les microbes des sols et des océans… Alors pourquoi n’incrimine-t-on dans le réchauffement climatique que les seuls GES résultant de l’activité humaine ?

Les sciences de l’attribution nous permettent de dire que l’intégralité du réchauffement climatique est dû aux activités humaines.

Christophe Cassou, climatologue, membre du CNRS, co-auteur du 6e rapport du GIEC

Tout simplement parce qu’ils augmentent, alors que ceux issus de l’environnement naturel sont stables ! « Pour répondre à cette question », reprend Christophe Cassou, « on fait appel à ce qu’on appelle les sciences de l’attribution : c’est toutes les techniques scientifiques, statistiques et mathématiques, et les théories qui permettent de déterminer la part dans le réchauffement climatique des activités humaines et de ce qui est dû à des facteurs naturels ».

Facteurs naturels qui, outre ceux déjà cités, « incluent l’activité solaire et les volcans ». Car l’activité du soleil varie légèrement d’un mois à l’autre, et les volcans ont un effet à la fois réchauffant (quand ils émettent du CO2) et refroidissant (parce qu’ils produisent des particules qui font écran au soleil).

Or, les scientifiques qui étudient le réchauffement climatique depuis plus d’un siècle sont désormais formels : « ces sciences de l’attribution », poursuit Christophe Cassou, « nous permettent de dire que l’intégralité du réchauffement climatique est due aux activités humaines, à l’accumulation de carbone dans l’atmosphère due à la combustion des énergies fossiles ».

Et c’est facile à comprendre : pendant des siècles, la quantité de gaz à effet de serre produite naturellement par la terre restait à peu près la même, et elle demeurait assez faible : au bout de quelques années, ces gaz étaient dégradés par l’atmosphère, ou étaient absorbés par la photosynthèse des plantes. Ce qui fait que le climat variait peu, et très lentement.

Il pouvait certes y avoir quelques décennies plus douces ou plus fraîches, mais la différence était peu importante… Et surtout ce n’était pas toujours à la hausse ! La température variait un peu, en plus ou en moins, et revenait vite à son point de départ.

Ce qui a changé, c’est qu’aujourd’hui nous émettons bien plus de gaz à effet de serre que cette production naturelle, ce qui fait que ce fragile équilibre est rompu : la nature, qui réussissait pendant des millénaires à absorber les GES, est désormais saturée et n’y parvient plus suffisamment. D’autant plus que nous saccageons les forêts, qui ne peuvent donc plus avaler autant de gaz carbonique qu’avant.

De nos jours, la concentration en CO2 de l’atmosphère avoisine ainsi les 420 ppm, contre 280 seulement à la fin du XIXe siècle. Une augmentation de moitié, de plus en plus rapide, et due entièrement à ces hydrocarbures que nous sortons du sous-sol pour les brûler dans l’air. Donc à l’activité humaine…

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Source:

www.franceinfo.fr

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