Des chercheurs
mènent actuellement des fouilles près de la cathédrale Notre-Dame, offrant une plongée
rare dans les différentes strates de l’histoire parisienne. Rouverte au public
fin 2024, après cinq années de chantier XXL à la suite de l’incendie du 15 avril
2019, Notre-Dame de Paris fait à nouveau l’objet de travaux. Parmi les projets
envisagés figurent l’ajout de 160 arbres aux abords de l’édifice et la
transformation du parking souterrain en centre d’accueil pour les visiteurs.
La
réalisation de ces nouveaux aménagements est toutefois conditionnée à une vaste
campagne de fouilles archéologiques, débutée en janvier pour une durée de huit
mois. Objectif: protéger les vestiges du passé de la ville enfouis dans le sol.
Jusqu’à maintenant, les archéologues ont déjà creusé jusqu’à quatre mètres sous
la surface et mis au jour des centaines d’objets de différentes époques.
Certains remontent même à l’occupation romaine, il y a près de 2.000 ans, rapporte la revue américaine Smithsonian Magazine.
«Ça redonne vie à Notre-Dame, a
déclaré à l’Associated Press Emily Carter, une touriste originaire de
Manchester qui faisait la queue accompagnée de ses deux enfants. On vient
pour voir la cathédrale, puis on se rend compte qu’il y a une autre ville sous
nos pieds. C’est presque encore plus émouvant.»
La construction de la cathédrale a débuté en 1163 pour s’achever
en grande partie au milieu du XIVᵉ siècle. Mais l’histoire du site est bien
plus ancienne que celle du monument gothique. Aux IVe et Ve siècles, il
abritait une colonie romaine. Puis, jusqu’au Xe siècle, on y trouvait des silos à
céréales mérovingiens et carolingiens. Au Moyen Âge, des maisons médiévales ont
essaimé, séparées par une seule rue. Lors des récentes fouilles, les chercheurs ont mis
au jour les caves de ces habitations, ainsi que les fosses servant à recueillir
les déchets et les ordures.
Des objets romains découverts dans les déblais
Les archéologues ont également déterré de nombreux artefacts, comme des fragments de poteries médiévales ornées de mystérieuses marques rougeâtres, des pièces de monnaie à l’effigie de l’empereur romain Constantin, des ossements d’animaux, des pièces métalliques, des
cruches et des coupes. «C’est une occasion rare pour nous de travailler sur un
projet qui va concrètement marquer l’histoire de Paris», précise Lucie
Altenburg, conservatrice au service de l’archéologie de Paris, à l’Associated
Press.
Entre 2019 et 2024, des centaines de restaurateurs et
d’artisans se sont attelés à restaurer et réparer le monument endommagé. Au
cours de ce processus, ils ont pu observer de manière inédite le fonctionnement
interne de la cathédrale et percer certains de ses mystères.
Ils ont par exemple découvert des grandes agrafes de fer âgées
d’environ 800 ans, qui maintenaient ensemble les blocs de pierre des murs
supérieurs, des bas-côtés de la nef et des tribunes, contribuant à la solidité
de l’édifice tout en préservant son apparence légère et élégante. Les
archéologues travaillant sous la nef de l’église ont également découvert deux
mystérieux cercueils en plomb. L’un appartenait à un grand prêtre de 83 ans, Antoine de la Porte, décédé en 1710. L’autre contenait les
restes d’un cavalier inconnu qui pourrait être Joachim du Bellay, poète
français de la Renaissance mort en 1560.
Les objets et des structures exhumés rappellent que Notre-Dame ne raconte pas seulement l’histoire d’une cathédrale,
mais aussi celle de Paris. Les fouilles actuelles devraient permettre
d’en apprendre davantage sur l’évolution de ce lieu symbolique, qui a traversé
les siècles. Une promesse qui nourrit les espoirs des chercheurs et la
curiosité des visiteurs.
Source:
www.slate.fr


