Alors que le corps de la collégienne de 11 ans a été retrouvé jeudi, les partis politiques tentent de trouver une réponse aux dysfonctionnements de la justice. Le principal suspect était en effet visé par au moins six procédures depuis 2017 pour des violences sexuelles sur mineures, sans jamais être entendu.
Un fait divers qui se transforme en affaire d’Etat. La découverte dans le Gers du corps de Lyhanna, jeudi 4 juin, a suscité l’indignation, notamment en raison du profil de Jérôme Barella, le principal suspect. Depuis 2017, cet homme de 41 ans a été visé par au moins six procédures administratives ou judiciaires concernant des violences sexuelles sur des mineures. Il n’avait pourtant jamais été auditionné.
Depuis, les réactions s’enchaînent. L’Elysée a déploré vendredi 5 juin des dysfonctionnements dans le traitement des plaintes le visant. « L’institution judiciaire n’a pas su protéger » la fillette, a regretté Gérald Darmanin pour sa part. Le ministre de la Justice a estimé qu' »on a failli dans le suivi des plaintes ». En réponse aux dysfonctionnements judiciaires dans la mort de Lyhanna, différentes propositions ont été formulées par la classe politique.
Bruno Retailleau veut sanctionner les magistrats
Le président du parti Les Républicains a proposé samedi 6 juin dans Le Parisien de créer « une cour disciplinaire de la magistrature ». Le but : prononcer d’éventuelles sanctions à la place de l’actuel Conseil supérieur de la magistrature (CSM), que Bruno Retailleau juge « trop corporatiste ».
Selon le candidat des Républicains à la présidentielle, « les mécanismes de sanction des magistrats ne fonctionnent pas ». Dans Le Parisien, l’ancien ministre de l’Intérieur affirme « qu’en une quinzaine d’années, une seule sanction, en l’occurrence un blâme, a été prise ». Selon les décisions rendues publiques sur son site internet, le CSM a pourtant prononcé six sanctions, allant jusqu’à l’exclusion temporaire, pour le seul début d’année 2026.
Pour Bruno Retailleau, la cour qu’il propose devra comprendre « un collège de citoyens, désigné par tirage au sort » siégeant « aux côtés de magistrats et de personnalités qualifiées ». « Cette cour ne sera pas présidée par un magistrat mais par l’un des autres membres, élu par ses pairs. Elle pourra être saisie par les citoyens, les supérieurs hiérarchiques des magistrats en cause ou le ministre de la Justice », a-t-il développé. Quant à l’actuel Conseil supérieur de la magistrature, « il existera sous une autre forme, notamment pour les nominations de magistrats », pour lesquels il officie déjà.
Le PS souhaite suivre les recommandations de la Ciivise
Le secrétaire général du Parti socialiste, Pierre Jouvet, a appelé dimanche 7 juin sur France 3 « à un grand grenelle de la protection de l’enfance ». Il a par ailleurs imploré « les politiques et le gouvernement à entendre ce que les associations disent depuis des années ».
La veille, le PS avait déjà publié un communiqué dans lequel il exige « une véritable politique publique de protection de l’enfance », qui « doit devenir une priorité absolue de notre République ». Cette politique publique doit selon le parti se baser sur les « quatre axes préconisés par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants » (Ciivise).
Et le Parti socialiste de lister : « repérage des victimes », « traitement judiciaire rapide des affaires », « accompagnement et réparation des victimes incluant le soin » et « prévention ». Le PS demande également à ce que « toutes les affaires de violences sexuelles commises sur des mineurs » soient traitées de façon « prioritaire ». Le parti de gauche appelle aussi à renforcer « les moyens humains et matériels de la justice ».
Génération écologie réclame le réexamen de 70 000 plaintes
Delphine Batho, députée du parti Génération écologie des Deux-Sèvres et candidate à la présidentielle, a demandé dimanche 7 juin sur franceinfo que les 70 000 plaintes pour viols ou attouchements sexuels en attente de traitement en France « soient réexaminées » et « que l’on procède à des recoupements ».
Pour l’élue écologiste, « la question aujourd’hui, ce n’est pas de refaire des lois, des commissions d’enquête, des choses qui prennent du temps. La chose à faire là, tout de suite, c’est de mettre en place un dispositif exceptionnel sur [ces] 70 000 plaintes ».
La députée milite aussi pour la création dans tous les départements de France d’une brigade des mineurs spécialisée, « parce qu’on a besoin d’avoir des compétences, une réactivité particulière lorsqu’il s’agit de la parole des enfants ».
Edouard Philippe prône un « véritable principe de précaution »
De son côté, Edouard Philippe, candidat du parti Horizons à la présidentielle, a également exigé jeudi 4 juin sur X la création d' »un véritable principe de précaution face aux violences faites aux enfants ». Un principe qui permettrait de donner la « priorité absolue aux plaintes des enfants et aux signalements », une « coordination des services », une « accélération des procédures » et des « responsabilités clairement établies en cas de défaillance ».
Le Rassemblement national réclame un durcissement des peines
Julien Odoul, porte-parole du Rassemblement national, a quant à lui appelé à des sanctions plus lourdes, vendredi 5 juin, sur franceinfo. Le député de l’Yonne estime en effet que « la première des protections, c’est la dissuasion ». D’après lui, « les peines ne sont pas assez dissuasives et les sanctions ne sont pas assez fermes compte tenu de la gravité des faits. Quand les peines et les sanctions sont dissuasives, effectivement, ça protège davantage ».
Le porte-parole du parti d’extrême droite a par ailleurs appelé le gouvernement à accorder « davantage de moyens » à la justice, indiquant « observer que malheureusement, le gouvernement prévoit une baisse de 8,8 millions d’euros dans un domaine qui est pourtant indispensable ».
Enfin, Julien Odoul a regretté que « la promesse d’Emmanuel Macron de construire 15 000 places de prison en 2017 a été trahie ». Selon lui, cela « vient pénaliser finalement tout le dispositif » car « quand il n’y a pas le nombre de places de prison suffisant, vous paralysez toute la chaîne pénale ».
La France insoumise et Raphaël Glucksmann demandent davantage de moyens
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a quant à lui appelé vendredi 5 juin sur franceinfo à proposer « des réponses politiques à la hauteur pour donner les moyens nécessaires aux enquêteurs sur ces sujets alors que le gouvernement n’a fait que les couper ». Le député des Bouches-du-Rhône a notamment mis en avant la question de « la prise en charge de la parole des gens qui viennent s’adresser à la justice » ainsi que les moyens consacrés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Enfin, l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, leader du parti Place publique, a lui aussi demandé jeudi 4 juin sur franceinfo des moyens supplémentaires « pour que les dossiers soient traités beaucoup plus rapidement et remontent tout en haut de la pile à chaque fois ». Le potentiel candidat à la présidentielle a notamment appelé à la mise en place de « procédures d’urgence ».
Source:
www.franceinfo.fr


