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Consolidation des télécoms : Orange, Bouygues Telecom et Free signent le démantèlement historique de SFR pour 20,35 milliards d'euros

C’est donc au cœur de la nuit samedi que Bouygues Telecom, Free et Orange ont chacun annoncé la fin à l’ère des quatre opérateurs de réseau nationaux en France, une exception de marché en Europe qui aura survécu bien plus que partout ailleurs sur le contient.

Le Consortium formé par Bouygues Telecom, Free et Orange a officialisé la signature d’un protocole d’accord pour l’acquisition de la société SFR SA auprès d’Altice France.

La transaction s’élève à 20,35 milliards d’euros. Et voici comment sera partagé le gâteau.

42 % pour Bouygues Telecom 31 % pour Free-Groupe iliad 27 % pour Orange

Les trois opérateurs mentionnent également que ce montant « reste soumis à des ajustements de closing, incluant un earn-out potentiel de 0,65 milliard d’euros et des clauses de sauvegarde liées aux performances financières de SFR jusqu’à la finalisation, attendue au second semestre 2027 ».

Et pour sécuriser cette opération d’envergure, des indemnités de rupture (break-up fees) progressives ont été instaurées, pouvant atteindre jusqu’à 2 milliards d’euros après la signature définitive des contrats au second semestre 2026.

Par ailleurs, du côté des infrastructures stratégiques, le périmètre exclut les participations d’Altice France dans XP Fibre, UltraEdge et Altice Technical Services, ainsi que les activités en outre-mer.

Le grand partage des actifs : Bouygues Telecom rafle le B2B

L’architecture de ce share deal prévoit une ventilation des parcs de clients et des infrastructures techniques à la date de réalisation de la transaction.

Bouygues Telecom réalise l’opération la importante sur le segment des entreprises (B2B). Ses partenaires renforcent eux leurs positions sur le marché grand public.

La répartition des actifs s’établit comme suit :

Bouygues Telecom

Bouygues Telecom absorbe :

Comme attendu l’intégralité de l’activité et de la clientèle SFR Business (représentant environ 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires) Une quote-part du grand public (3,8 millions de clients mobile dont le MVNO Prixtel, et 2,6 millions de clients fixe). Le réseau mobile SFR en zone non dense (accord dit Crozon de partage de réseau avec Bouygues Telecom). La gestion unifiée par Bouygues Telecom de ce réseau devrait simplifier l’attribution des fréquences et le déploiement des futurs sites 5G en zone rurale et périurbaine. Les infrastructures dédiées au B2B fixe. La part de SFR dans le réseau FTTH en zone très dense (Faber). En devenant propriétaire, l’opérateur sécurise ses liaisons de fibre optique urbaines à long terme.

Free-Groupe Iliad

Le Groupe Iliad récupère :

La totalité de la marque RED by SFR (6 millions de clients) Une partie de l’activité grand public (1,6 million d’abonnés B2C) 0,4 million de clients professionnels TPE sous marque SFR

Cela propulse le groupe vers un parc de 31 millions d’abonnés en France.

Orange

Orange consolide sa position de leader en reprenant 4 millions de clients mobile et 1 million de clients haut débit fixe, englobant les marques Coriolis (acquis par SFR en 2022), Syma et Réglo, tout en mettant la main sur 47 MHz de spectre additionnel.

A noter également que les fréquences globales de SFR seront réparties entre les trois acquéreurs.

En termes de poids financier les blocs attribués à Bouygues Telecom, Free et Orange représenteront respectivement 52 %, 27 % et 21 % du chiffre d’affaires total du périmètre visé (qui s’élève à 8 milliards d’euros).

Une phase transitoire de 30 mois minimum pour le B2B

Côté entreprise, la disparition programmée de SFR soulève d’importantes questions de gouvernance IT et de continuité de service.

Conscients de la complexité technique d’un tel chantier, les membres du Consortium ont prévu une phase transitoire de 30 mois minimum.

Durant cette période, les actifs non repris immédiatement (notamment le cœur de réseau fixe et mobile hors Crozon, l’IT et une partie de la distribution) resteront gérés en commun au sein de SFR SA, détenue à parts égales (33/33/33) par les trois acheteurs.

Le bouleversement de l’intégration de SFR Business par Bouygues Telecom

L’intégration de SFR Business par Bouygues Telecom va modifier en profondeur le marché des services ICT pour les PME, ETI et grands comptes.

L’opérateur entend capitaliser sur cette acquisition pour pousser ses offres de cloud, de cybersécurité et de réseaux intelligents.

Les décideurs côté client devront toutefois auditer leurs contrats en cours et anticiper les vagues de migration de liaisons fixes et de flottes mobiles pour éviter toute rupture d’exploitation.

A quelle sauce seront mangés les abonnés SFR ?

Pour les abonnés SFR, ils devraient être répartis entre les trois opérateur (3,8 millions de clients mobile et 2,6 millions de clients fixe pour Bouygues, 1,6 million d’abonnés pour Free, 4 millions de clients mobile et 1 million de clients haut débit fixe pour Orange).

Les clients RED by SFR (6 millions) basculeront eux sous la bannière de Free.

Quant aux clients professionnels et TPE, ils devront s’adapter à la séparation des canaux selon leur statut. Les clients TPE iront chez Free, les autres seront intégré à l’écosystème Bouygues.

Les opérateurs promettent des transitions transparentes et une hausse à terme des capacités d’investissement dans les réseaux 5G et Fibre grâce aux synergies dégagées : plus de 0,5 milliard d’euros par an à horizon 5 ans pour Orange, et jusqu’à 1 milliard d’euros par an en rythme de croisière d’ici 2034 pour Bouygues Telecom.

« Dans un secteur qui doit investir toujours plus dans les réseaux, la cybersécurité, le cloud et l’intelligence artificielle, il faut des acteurs solides. La souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se finance » dit à ce propos Thomas Reynaud, Directeur général du Groupe iliad.

Des investissements et des forfaits à la hausse…

Reste que les marges de manœuvres dégagées par la fin de SFR et l’intégration de ses actifs par la concurrence pèseront sans nul doute sur le prix des abonnements côté client.

Jusqu’alors le marché français était l’un des plus concurrentiels d’Europe du fait de la présence de 4 acteurs qui rivalisaient pour proposer les tarifs les plus bas.

Et dans le même temps, depuis des années, ces même opérateurs expliquaient que cette situation grévait leurs possibilités d’investissement.

Nul doute que le nouveau périmètre à 3 opérateurs leur permettra de revoir à la hausse leurs ambitions côté investissements… et côté grille tarifaire..

Une assurance de souveraineté ?

Sur le plan macroéconomique, les dirigeants du Consortium assurent défendre avec cette acquisition la souveraineté nationale.

De fait, parmi les hypothèses de cession un temps envisagées, la vente à la découpe à un ou plusieurs fonds étrangers avait été mise en avant.

Edward Bouygues, président de Bouygues Telecom, souligne l’importance stratégique de l’accord : « Avec cette opération, le groupe Bouygues confirme sa volonté d’inscrire ses métiers historiques dans une trajectoire de développement sur le long terme et de contribuer à la souveraineté numérique du pays. »

La grande question de l’emploi chez SFR

Sur le front social, le Consortium tente de désamorcer les inquiétudes légitimes des équipes de SFR, dont l’expertise sera cruciale pour mener à bien le programme industriel pluriannuel de migration des millions d’abonnés.

Les trois opérateurs se sont engagés à garantir l’emploi de l’ensemble des salariés du périmètre repris jusqu’au début de l’année 2029. Pour ce faire, ils s’engagent à poursuivre les contrats ou à faire des propositions d’embauche équivalente.

Cela devrait au moins permettre de prendre langue avec les organisations syndicales.


Source:

www.zdnet.fr

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