Pour les animaux en captivité, pouvoir adopter des comportements qu’ils auraient dans la nature, en liberté, est un pilier du bien-être. Mais quand il s’agit de sexe, une pratique a longtemps été ignorée, voire réprimée: la masturbation. Le sexe en solitaire est en effet répandu dans le règne animal, et très bien documenté notamment chez les primates.
Côté tortues, on ne s’en cache d’ailleurs pas, les animaux étant particulièrement bruyants pendant leurs ébats solitaires. Les porcs-épics, eux, font un usage inventif de toutes sortes d’objets. Une nouvelle étude relayée par Refractor pourrait désormais changer la manière dont les scientifiques perçoivent la masturbation aviaire, et ainsi améliorer le bien-être des oiseaux en captivité.
L’onanisme des oiseaux est en réalité plus commun qu’on ne le croit. Une rapide recherche en ligne suffit à trouver une abondance de vidéos sur les réseaux sociaux et de discussions sur des forums ornithologiques, publiées la plupart du temps par des gardiens d’oiseaux inquiets ou amusés.
Cette pratique a longtemps été traitée comme anormale, propre aux oiseaux en cage, et interprétée comme un signe de stress ou de mauvaise santé. Les gardiens la découragent souvent, parfois par la punition, parfois par des interventions vétérinaires: changements de régime, modifications des soins, traitements médicamenteux, voire chirurgies.
Malgré ces implications pour le bien-être animal, la masturbation aviaire est longtemps restée un angle mort de la recherche scientifique. Les chercheurs ont voulu y remédier en étudiant 120 espèces d’oiseaux réparties en 22 groupes, en croisant littérature scientifique, rapports en ligne, forums spécialisés et avis d’experts.
Un comportement naturel
Résultat: la masturbation est largement répandue chez les oiseaux, dans les deux sexes et à tous les âges. Il s’agit visiblement d’un trait ancien, probablement partagé par des espèces apparentées. Elle semble par ailleurs plus fréquente chez les espèces ayant de nombreux partenaires, ce qui suggère un lien avec le succès reproductif dans un contexte de forte compétition.
Chez les mâles, elle permettrait d’évacuer du sperme ancien pour en produire du nouveau. Chez les femelles, la masturbation pourrait stimuler l’excitation sexuelle et favoriser la recherche d’autres partenaires.
L’étude montre également que la masturbation est moins fréquente en captivité que dans la nature, et plus courante chez les oiseaux élevés par leurs parents que par des humains. Autrement dit: ce n’est ni un comportement pathologique, ni une conséquence de la captivité. Il serait donc contre-productif d’empêcher les oiseaux de s’y livrer, sauf dans les cas de masturbation chronique excessive, qui peuvent signaler un problème de santé sous-jacent.
Et le plaisir dans tout ça? Le cloaque des oiseaux possède moins de terminaisons nerveuses que nos propres organes génitaux, et donc une sensibilité moindre. Il est pourtant clair que les oiseaux en retirent une certaine satisfaction.
Si le plaisir sexuel n’est sans doute pas la même expérience que chez les mammifères, il serait prématuré de rejeter l’idée que les oiseaux en ressentent. Des recherches plus approfondies pourraient avoir des implications importantes sur leur bien-être, ainsi que sur les programmes de reproduction en captivité.
Source:
www.slate.fr


