Pourquoi tout transformer ? En premier lieu, à cause du changement climatique. La combustion des énergies fossiles a fait grimper la température globale de la Terre de 1,5 °C depuis 1750, mais cette urgence est totalement absente des derniers soubresauts de l’actualité française et mondiale.
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En février 2022, la guerre menée en Ukraine par la Russie a obligé les États européens à cesser d’acheter pétrole et gaz à leur grand voisin de l’Est. Les importations françaises d’énergie sont passées de 50 à 70 milliards d’euros par an, en moyenne, à 120 milliards cette année-là. Le gouvernement d’Élisabeth Borne a alors promu un grand plan de sobriété.
Passer de la station service aux lignes à haute et basse tension
En février 2026, la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran a bloqué le détroit d’Ormuz dans le golfe Persique, mettant à l’arrêt 20 % du trafic maritime mondial de gaz et de pétrole. Le 30 mars, l’ONG américaine 350.org a calculé que cette crise avait coûté, en moins d’un mois, 95 milliards d’euros à l’ensemble des consommateurs dans le monde.
Cette fois-ci, la réponse du gouvernement de Sébastien Lecornu est d’accélérer l’électrification des usages. Mais pas au nom du climat. « L’énergie n’est pas seulement un marché. C’est un enjeu de sécurité nationale. Un rapport de force. Quand nous importons du pétrole et du gaz, nous importons en même temps les crises des autres », a expliqué le Premier ministre, le 10 avril.
Cette électrification des usages a déjà commencé. Les énergéticiens de tous bords savent que l’exercice n’est pas simple. Il faut passer des gisements situés dans quelques régions du monde à une production diffuse partout où le soleil brille et le vent souffle ; et supprimer une logistique du derrick à la station-service – passant par la raffinerie, le tanker, le pipeline – pour y substituer un réseau de lignes à haute et basse tension reliant producteur et consommateur.
Les énergies fossiles se transportent, l’électricité s’équilibre en continu.
Si les énergies fossiles sont affaire de tonnes et de barils à transporter (que l’on peut facilement stocker), le réseau électrique exige, lui, un équilibre constant entre la production et la consommation, au risque de faire sombrer le système de distribution. L’électrification des usages doit donc s’accompagner d’une augmentation corrélée de la production.
C’est le travail du gestionnaire du réseau électrique de haute tension RTE, qui a publié en décembre 2025 son bilan prévisionnel pour la prochaine décennie. Prenant acte des effets de la crise de 2022, RTE fait un premier constat : après avoir craint la pénurie d’électricité à l’hiver 2022, la France se retrouve désormais avec un excès de production qui amène à des prix négatifs sur les marchés. Des parcs éoliens et solaires ferment lors des pics de surproduction.
C’est une vraie surprise. Depuis 2015 et la première stratégie nationale bas carbone (SNBC), la part des énergies fossiles doit régulièrement diminuer face à l’électrification. « Alors que les objectifs de sortie des énergies fossiles et de souveraineté industrielle et numérique doivent conduire à basculer de nombreux usages énergétiques vers l’électricité, la consommation ne s’est pas encore infléchie à la hausse « , écrit RTE.
Inverser le système des heures creuses et pleines
En maintenance en 2022, le parc nucléaire est en pleine production en 2025 tandis que l’éolien, avec 1 gigawatt (GW) par an supplémentaire, et le solaire (+4 à 5 GW) ont continué leur progression. RTE révèle ainsi que sur l’ensemble de 2025, les prix moyens de l’électricité entre 18 heures et 21 heures ont été 111 % supérieurs à ceux entre 10 heures et 18 heures. En conséquence, de nombreux opérateurs sur le marché de l’énergie ont proposé à leurs clients d’inverser le système des heures creuses et pleines, en garantissant des prix plus bas l’après-midi plutôt que la nuit.
La consommation, en revanche, stagne depuis 2010 autour de 450 TWh (voir le graphique ci-dessous). À cela plusieurs raisons. L’efficacité énergétique produit ses effets à plein : les entreprises investissent dans des machines moins énergivores ; l’éclairage par LED finit de s’implanter ; le pilotage des consommations des bâtiments, tant chez les particuliers que dans le tertiaire, se répand. De plus, les politiques de sobriété, dans les entreprises et les foyers, perdurent. La France a, par ailleurs, continué à perdre des usines. Enfin, les atermoiements des politiques publiques sur les aides à la rénovation des bâtiments, la diffusion des pompes à chaleur et des véhicules électriques ont freiné l’électrification des usages.

La consommation française d’électricité stagne depuis 2010 autour de 450 TWh, tandis que la production est en excès.Crédit : Bruno Bourgeois / EDF pour les données
Redémarrage confirmé du programme nucléaire
RTE a donc préconisé de réduire les ambitions en matière de déploiement des énergies renouvelables, plutôt que de prôner la mise en sommeil de réacteurs nucléaires. Le gestionnaire confirme en outre ses investissements sur le réseau électrique de 100 milliards d’euros d’ici à 2035, pour moderniser les lignes et leur permettre d’absorber cette production décentralisée. « Ces investissements visent à se substituer à des dépenses opérationnelles récurrentes d’importations de combustibles fossiles, et ne constituent donc pas des dépenses nettes « , précise RTE, qui répond ainsi aux attaques du Rassemblement national et d’une partie des Républicains.
L’extrême droite estime en effet que l’intermittence des énergies renouvelables coûte une fortune aux Français, et qu’il faut donc stopper totalement ces investissements. Adoptée par décret le 12 février, la troisième PPE a entériné le rapport de RTE tout en sauvegardant, malgré tout, l’essentiel de la progression du solaire et de l’éolien, qui emploient désormais en France 400.000 personnes. Elle entérine également le redémarrage du programme nucléaire, avec 6 EPR qui commenceront à produire en 2038. « Fermer de manière anticipée des réacteurs nucléaires ou arrêter complètement le développement des renouvelables écarterait la possibilité d’une décarbonation rapide à l’horizon de 5-10 ans « , estime RTE.
Le blocage du détroit d’Ormuz a accéléré le soutien à l’électrification
Le blocage du détroit d’Ormuz à partir du 28 février a rebattu les cartes. Le prix du baril a de nouveau dépassé la barre des 100 dollars (comme en 2022). Le 10 avril, Sébastien Lecornu a donc accéléré. Le soutien public à l’électrification passe de 5,5 à 10 milliards d’euros par an d’ici à 2030, avec l’objectif de réduire la part des énergies fossiles de 60 % de la consommation finale à 40 % en 2030, et moins de 30 % en 2035 (voir le graphique ci-dessous). Dans son scénario le plus ambitieux, RTE visait les 40 % pour… 2035. Aides à la conversion des chauffages au gaz vers les pompes à chaleur, subventions des véhicules et camions électriques, incitations à la conversion des industriels : le coup d’accélérateur est réel.

Une diminution progressive des énergies fossiles est attendue d’ici à 2050 au profit de l’électricité et des énergies décarbonées, selon le scénario de RTE.Crédit : Bruno Bourgeois / RTE pour les données
Le boom mondial des énergies renouvelables
Le prix de l’essence à la pompe se révèle une nouvelle fois être un puissant levier dans la lutte contre le changement climatique. Alors que les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de moins de 2 % depuis trois ans, le plan d’électrification pourrait permettre à la France de retrouver un rythme de -5 %, compatible avec l’objectif de réduction de 42 % de ses émissions d’ici à 2030. Et cela, grâce à un président des États-Unis qui ne croit pas à la réalité du réchauffement de la planète.
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Le monde commence à sortir des énergies fossiles, au moins pour le secteur énergétique. C’est le constat du bureau d’études britannique Ember. Les 38 États développés membres de l’OCDE génèrent désormais plus d’électricité à partir de sources renouvelables que de charbon, gaz ou pétrole. La part de ces derniers dans les mix énergétiques est ainsi passée de 63 % en 2007 à 48 % en 2025.
Sur cette période, le solaire a augmenté sa production de 2138 térawattheures (TWh), contre une hausse de 1313 TWh pour les fossiles. Pour la première fois en 2025, les énergies renouvelables ont répondu entièrement à la croissance annuelle de la demande en électricité. Hors OCDE, pour la première fois aussi, la part des fossiles dans l’énergie a baissé de 0,9 % en Chine et de 3,3 % en Inde.
Source:
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