Le Tchèque, dernier rescapé d’une « Next Next Gen » qui a brillé à Paris, s’est qualifié pour les demi-finales après un début de tournoi en forme de parcours du combattant.
« J’ai commencé à avoir du mal avec les crampes dans les derniers points. Mais bien sûr, on ne sait jamais quand on va taper le dernier coup gagnant. Donc toutes les émotions sont sorties et mon corps s’est juste éteint. Sur le moment, je n’ai rien pu y faire. » Mercredi 27 mai, Jakub Mensik tente de mettre des mots, face aux médias, sur sa fin de match du deuxième tour face à l’Argentin Mariano Navone, où il est allé au bout de la chaleur, de lui-même et de la douleur. Ce soir-là, il n’y avait pas grand monde, et peut-être même pas lui-même, pour croire à un parcours jusqu’au dernier carré, au moins.
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Une dizaine de jours plus tard, voilà le Tchèque, tête de série n°26, en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem pour la première fois de sa carrière, vendredi 5 juin, et face au défi Alexander Zverev, épouvantail du tableau et presque maître des lieux en sa qualité de finaliste sur la terre battue de la porte d’Auteuil, en 2024. Du lourd, donc, pour un Jakub Mensik au rendez-vous de son histoire, en mode funambule. « C’est presque surréaliste de le retrouver là », pose Justine Hénin, quadruple lauréate porte d’Auteuil et consultante France Télévisions.
Car l’aventure parisienne du Tchèque aurait pu tourner court bien plus tôt, sans même lui laisser le temps d’enchanter le tournoi. Retour au 27 mai, dans un cinquième set en forme de bras de fer dans la touffeur du court n°6. Mensik est déjà passé par toutes les émotions, en tête d’un set à rien puis de deux sets à un avant de concéder un cinglant 6-1 dans la quatrième manche, de rater deux balles de match et d’être poussé au super tie-break. Diminué, le Tchèque s’accroche, encaisse, et finit par s’imposer (6-3, 2-6, 6-4, 1-6, 7-6 [13-11]). Avant de s’effondrer au sol, tétanisé, perclus de crampes. Quelques minutes durant, il laisse même l’impression de ne pas pouvoir quitter le court sans la civière, avant d’en sortir en clopinant.
« Même si ça paraissait horrible à la fin, après 30 minutes dans les vestiaires, quand je suis sorti au soleil, j’ai commencé à me sentir bien mieux. Je suis là et je me sens assez bien, évidemment je vais utiliser le jour de repos au maximum », avait-il expliqué après son match, pas inquiet. « J’ai déjà connu quelques matchs en cinq sets et à chaque fois, j’ai été capable de m’en remettre assez bien, et de continuer à gagner ensuite. Je vais faire de mon mieux pour recommencer. »
Je suis heureux d’avoir continué à me battre. […] J’ai toujours cru que, d’une manière ou d’une autre, je pouvais y arriver.
Jakub Mensiken conférence de presse
Le début, a posteriori fondateur, d’un parcours en forme de chemin de croix pour un marathonien des courts, qui y a passé 15 heures et 44 minutes, au fil de cinq rencontres toutes en forme d’épreuves, ou presque. Aux crampes et interrogation du court n°6 a succédé la bulle encaissée d’entrée contre Alex de Minaur (avec cinq petits points marqués seulement), qui a laissé craindre le mauvais souvenir des limites physiques, et le pire. Mais une fois n’est pas coutume, Mensik a renversé la situation pour claquer trois sets consécutifs (0-6, 6-2, 6-2, 6-3) et s’imposer, malgré « zéro énergie », « des crampes au premier set », et un ressenti globalement « pas à 100% ».
Deux jours plus tard, et puisque rien n’a dû lui être facile, c’est face à Andrey Rublev que le natif de Prostejov, dans l’est du pays, a une nouvelle fois testé sa résistance. En tête de deux manches, il a vu son adversaire revenir au score après un coup de moins bien en milieu de match. Avant de forcer la décision sur un cinquième set maîtrisé, et une « dynamique » retrouvée, comme il l’expliquera en conférence de presse : « C’est comme ça que j’ai pu finir le match. »
Mais ce chemin tortueux cache surtout une montée en puissance certaine pour le géant d’1,96 mètre. Sûr de ses forces, pas émoussé, il s’est offert le choc de la nouvelle génération en contenant Joao Fonseca, l’une des sensations du tableau masculin. Dernier survivant, à 20 ans, de cette « Next Next Gen » qui a peut-être acté, porte d’Auteuil, le début de sa prise des commandes au plus haut niveau, atteindre le dernier carré d’un Grand Chelem relève, pour lui, autant d’un aboutissement que d’une étape.
Le Tchèque n’en est pas à son premier coup d’éclat sur le circuit, puisqu’il avait étonné son monde en enlevant le Masters 1000 de Miami l’an passé, grâce à une victoire sur Novak Djokovic en finale. Projeté dans le top 30 dans la foulée, il n’en est plus sorti, jusqu’à toquer aux portes du top 10 en fin de saison (son meilleur classement est 12e), notamment grâce à son jeu en fond de court et, surtout, son service « incroyable », selon les mots de sa dernière victime porte d’Auteuil. Face à Fonseca, il a ainsi claqué onze aces en trois sets.
Mais ses forces ne s’arrêtent pas là. « La manière dont il gère les points cruciaux est également impressionnante. Je pense qu’il a contrôlé la plupart du match », note aussi le Portugais, vaillant défenseur sur six premières balles de match adverses avant de craquer sur la septième. « Il a bien servi et également très bien retourné. Ses retours, premier et deuxième services, sont dans le court. Il met beaucoup de pression sur son adversaire. »
Et même s’il n’est pas arrivé à Paris dans sa meilleure forme (autant de victoires que de défaites sur terre battue dans ses tournois de préparation), il a d’évidence su hausser son niveau de jeu pour passer les tours les uns après les autres. Et poser une vraie menace à Alexander Zverev, après les galères et les combats ? Une première finale en Grand Chelem est au bout du chemin.
Source:
www.franceinfo.fr



