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Mickey à Amiens : la souris de Walt Disney sort de sa boîte

Mickey n’entre pas dans la salle : il déboule. Il surgit sur un mur, bras ouvert, oreilles rondes, sourire énorme, comme s’il connaissait déjà le parcours mieux que tout le monde. L’exposition tient la promesse de son titre, puis la contredit aussitôt. Première pirouette : « Tout n’a pas commencé par une souris mais par un lapin nommé Oswald ».

Confisqué par un producteur peu délicat, ce lapin oblige Walt Disney à inventer un remplaçant. En 1928, Mickey naît ainsi de « l’imagination de Walt Disney et du crayon du génial dessinateur Ub Iwerks ». On croyait suivre une souris. On commence par un lapin disparu. La visite a le sens du gag.

Avant Hollywood, le parcours regarde vers l’Europe. Walt Disney, rappelle un panneau, « a été profondément influencé par l’art européen ». Les animaux humanisés de Benjamin Rabier et de Jean-Jacques Grandville précèdent les grandes oreilles noires.

PODCAST – “Mickey est courageux, brave, honnête, mais on s’identifie plus rapidement à Donald”

Dans une vitrine, des Fables de La Fontaine illustrées par Grandville côtoient des dessins de Rabier. Tout un bestiaire français paraît prêt à se dresser sur deux pattes, à porter des gants, à sourire au public. La souris américaine possède donc des cousins anciens, avec moustaches, becs, sabots et manières de théâtre.

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Puis la pellicule impose son rythme. Plane Crazy marque la première apparition de Mickey, mais pas ses débuts officiels. Gallopin’ Gaucho ne lui donne pas davantage son acte de naissance public. L’histoire choisit une autre embarcation : Steamboat Willie, sonorisé après le choc du cinéma parlant.

Le 18 novembre 1928, au Colony Theater de New York, Mickey se présente enfin au public. L’accueil est enthousiaste. À Amiens, l’épisode prend corps dans les dessins d’animation, les documents de fabrication, les silhouettes collées aux murs. Un Mickey mural s’affaire devant un projecteur : le mythe tourne déjà, manivelle en main.

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La souris possède encore une souplesse de caoutchouc. Son corps s’étire, ses yeux changent, son caractère se cherche. Peu à peu, indique le parcours, « l’image de Mickey se stabilise, tant graphiquement que sur le plan de son caractère ». Minnie apparaît, puis toute une troupe. Le noir et blanc garde une fraîcheur intacte dans les croquis et les feuilles jaunies. On suit un acteur qui cherche son visage, son tempo, sa démarche. Presque un enfant qui chausse de trop grands souliers jaunes.

La deuxième partie bascule dans l’imprimé. À partir de 1931, Floyd Gottfredson installe Mickey dans la presse sous forme de bandes quotidiennes. Sous son crayon, dit le panneau, Mickey « affronte le monde ».

La formule résume le saut : la mascotte dépasse le rire, elle enquête, comprend, insiste, se tire d’affaire. Dans les vitrines rouges, les albums anciens alignent leurs couvertures vives : The Adventures of Mickey Mouse, More Adventures of Mickey Mouse, Mickey Mouse Waddle Book, Mickey Mouse Fire Brigade. Chaque volume semble sorti d’une malle d’enfant refermée depuis les années 1930.

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L’exposition suit aussi la diffusion européenne. En Italie, Mickey devient Topolino dès les années 1930. En France, Paul Winckler publie les premières bandes dans Le Petit Parisien, s’associe avec Hachette, puis crée Le Journal de Mickey en 1934.

Après la Seconde Guerre mondiale, tandis qu’elle se raréfie sur les écrans, la souris poursuit sa carrière dans la bande dessinée, portée notamment par l’école italienne, de Romano Scarpa à Giorgio Cavazzano. Le parcours relie cette histoire aux créations récentes de la collection Disney by Glénat. Une planche de Nicolas Keramidas relance la machine en noir et blanc, avec Donald perdu dans une cité antique. Même le patrimoine garde le goût du gag.

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La troisième séquence ouvre la boîte à jouets. Elle éclate en rouge, en plastique, en bois, en métal, en cartons illustrés. Le premier produit dérivé Mickey, raconte le panneau, naît de l’initiative de Charlotte Clark, qui confectionne des poupées à l’effigie du personnage. La demande déborde vite l’artisanat.

Herman « Kay » Kamen professionnalise ensuite le phénomène et multiplie les licences : « poupées, figurines, jouets, masques, livres, montres, réveils, foulards, mobilier, produits alimentaires ». La liste ressemble à un inventaire à la Prévert passé par un rayon de grand magasin.

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Ici, la théorie devient joyeusement tangible. Un tricycle place Donald en passager derrière Mickey. Des coffrets Mickey & Minnie, un nécessaire de barbier Donald, des jeux de construction et une boîte Vise-Boum avec Pluto, Dingo, Donald, Pinocchio et Mickey composent une enfance parallèle. Sous plexiglas, chaque objet paraît fier d’avoir survécu aux goûters, aux déménagements, aux greniers et aux petites mains pas toujours délicates. On regarde un jouet, puis son emballage, et toute une mémoire domestique reprend des couleurs.

La réussite de l’exposition tient à cette circulation permanente. Mickey passe d’un film à un strip, d’un album à une figurine, d’une montre à une œuvre contemporaine, sans perdre ses deux cercles noirs. « À bientôt près de 100 ans, Mickey n’a pas pris une ride », annonce le parcours. Dans un angle, un grand Mickey noir et blanc salue les visiteurs. Plus loin, un autre, coloré, pointe vers la suite avec l’assurance d’un guide qui connaît tous les raccourcis.

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Reste ce sentiment joyeux : la souris a tout avalé, le cinéma, la presse, l’édition, le jouet, le design, la mémoire familiale. Elle demeure immédiatement lisible. Trois ronds, un short, des gants, des chaussures, et le monde comprend.

À Amiens, l’exposition célèbre moins une mascotte qu’une grammaire universelle, capable de parler aux enfants, aux collectionneurs, aux amateurs de bande dessinée et à tous ceux qui sourient malgré eux devant deux oreilles noires. Mickey ne commence pas seulement par une souris. Il recommence, de vitrine en vitrine, comme au premier jour.

Crédits photos : ActuaLitté, CC BY SA 4.0

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Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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