Le groupe GMS, plus grande compagnie de recyclage de navires au monde, tire la sonnette d’alarme dans le Financial Times. Les pétroliers de la flotte fantôme russe –utilisés pour transporter du pétrole malgré les sanctions occidentales– sont souvent de vieux paquebots mal entretenus et pas assurés qui circulent en marge du droit international. Plus de la moitié d’entre eux présentent des risques sérieux de catastrophe environnementale.
Selon Anil Sharma, directeur général de GMS, une marée noire majeure peut survenir à tout instant. La flotte fantôme regrouperait environ 1.800 navires selon le courtier maritime Clarksons, et leurs propriétaires en prolongent la durée de vie au maximum, portés par les revenus élevés liés à la flambée des prix du pétrole depuis le début de la guerre en Iran.
Beaucoup de ces navires ont dépassé les vingt ans, un âge très respectable auquel un cargo est normalement envoyé au démantèlement. Au-delà de ce seuil, la corrosion et l’obsolescence des équipements compromettent la navigabilité. Anil Sharma rappelle un incident qui s’est produit en 1979 quand le SS Atlantic Empress et l’Aegan Captain étaient entrés en collision, déversant deux millions de barils de pétrole au fond de l’océan.
Les sanctions internationales compliquent toute solution légale de démantèlement. «C’est une bombe à retardement, et je pense que tout le monde dans le secteur le sait», résume Alexander Saverys, directeur général de CMB Tech, l’une des plus grandes compagnies maritimes cotées en bourse. Même si aucun incident majeur ne s’est encore produit récemment, de nombreuses fuites de pétrole ont déjà eu lieu, pour beaucoup impliquant des pétroliers de la flotte fantôme.
Éclaircie à l’horizon
Une première porte de sortie se dessine néanmoins: parmi tous les navires de la flotte fantôme, certains sont officiellement sanctionnés par les États-Unis, ce qui veut dire que ces cargos ne peuvent pas être vendus ni recyclés légalement, toute transaction les concernant étant interdite, même lorsqu’ils ont été saisis par les autorités américaines. Cette semaine pourtant, l’OFAC, le Bureau américain du contrôle des avoirs étrangers, a accordé une exception à GMS pour recycler quatre pétroliers saisis par Washington l’année dernière en raison de leurs liens avec un magnat du pétrole iranien.
Anil Sharma confie qu’il compte sur ce cas pour faire jurisprudence et permettre d’accélérer le traitement des autres dossiers de ce genre. L’entreprise a précisé être déjà en discussion avec d’autres propriétaires de navires sanctionnés.
Une fois les autorisations nécessaires obtenues, la tâche reste complexe: la difficulté principale reste d’identifier les véritables propriétaires des paquebots, cachés derrière d’obscurs montages offshore, afin d’éviter que le produit de la vente ne revienne à des acteurs sous sanctions.
La fermeture du détroit d’Ormuz a par ailleurs ralenti le rythme global du démantèlement, plusieurs pays du Golfe utilisant les pétroliers disponibles pour stocker leur pétrole. Si le détroit venait à rouvrir, Anil Sharma anticipe une forte reprise de la demande de recyclage.
Source:
www.slate.fr


