L’autopsie a déterminé que le corps retrouvé hier soir dans un site agricole du Gers est bien celui de Lyhanna, une collégienne de 11 ans disparue le 29 mai à Fleurance, a annoncé le procureur d’Agen Olivier Naboulet.Les causes de la mort n’ont pas encore pu être établies. Les causes de la mort n’ont pas encore pu être établies
Depuis le début de la semaine, les révélations sur les antécédents du principal suspect arrêté et mis en examen mettent au jour des comportements d’un prédateur sexuel.
Avec entre 2017 et 2025 de nombreux gestes signalés, parfois même des procédures, ainsi que des plaintes : une première en 2022 classée sans suites deux ans plus tard, une deuxième pour viol sur mineure déposée en 2025 et pour laquelle une enquête est toujous en cours. Avant-hier une nouvelle plainte pour viol est venue compléter cette redoutable liste.
Alors hier le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, s’est dit « terrifié par un tel dysfonctionnement « . En déplacement au Monténégro, le chef de l’Etat qui a repris ce terme a lancé « ce n’est pas une question de moyens, mais de « responsabilités » qui devront être établies par les enquêtes administratives. »Ce matin, Antoine Marette, le chef du gouvernement Sebastien Lecornu a réuni à Matignon les ministres de l’Intérieur et de la Justice.
Dysfonctionnement. C’est un mot que l’on entend beaucoup depuis hier dans la bouche du chef de l’Etat, ce matin. Celle de Gérald Darmanin également. Comme si l’exécutif découvrait, stupéfait, que la machine judiciaire était défaillante. Alors à qui la faute? Pas au manque de moyens, répond le chef de l’Etat, qui évoque plutôt des responsabilités individuelles. Le gouvernement reconnaît des éléments accablants dans la procédure à tous les niveaux, et notamment le fait que le suspect n’ait pas été entendu dans le cadre de la plainte pour viol sur mineur déposé en août dernier. L’exécutif compte sur l’enquête judiciaire pour établir les responsabilités pénales. Le Premier ministre demande que les premières conclusions de l’enquête administrative confiée à l’Inspection générale de la justice et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, lui soient remises sous quinze jours. Mais quinze jours, c’est déjà trop long. Face à l’émotion que suscite ce drame, notamment dans la classe politique, à moins d’un an de la présidentielle. Sur Twitter, Marine Le Pen partage la douleur de la famille de Lyhanna. « Cette perte aurait pu, aurait dû être évitée « , s’indigne la candidate du Rassemblement national. Jean-Luc Mélenchon fustige les coupes budgétaires de 414 millions d’euros dans la justice annoncée cette semaine par Gérald Darmanin. Gérald Darmanin, qui va s’exprimer ce soir dans le journal de 20 h de TF1. Gérald Darmanin, qui a invité tous les procureurs généraux à se réunir à la Chancellerie dès lundi matin.
Une circulaire pénale priorisant les enfants victimes lacunaire
La direction de la gendarmerie a demandé hier de « lister » toutes les procédures relatives à des affaires sensibles concernant les mineurs et de « faire un point sur tous les actes d’enquête », un état des lieux urgent, révélation que l’on doit au journal Le Parisien.Faut-il s’attendre à des sanctions au sein du pouvoir judiciaire ? Une mesure semble avoir été escamotée : l’application de la circulaire pénale priorisant les enfants victimes, une circulaire que n’aurait pas activée la procureure d’Auch, dans le traitement de plaintes visant le suspect.Quel est le contenu de cette circulaire Edouard Barruet ?
Il faut revenir le 27 janvier 2025, un mois environ après être nommé au ministère de la justice, Gérald Darmanin publie une circulaire de politique pénale générale qui s’adresse aux procureurs. Cinq pages où il donne les priorités pour son passage à la Chancellerie.La première : lutter contre les organisations criminelles et le narcotrafic.Ce sont deux pages, développées avec des actions concrètes. Puis vient la deuxième priorité : les violences faites aux personnes. C’est ici, que le ministre évoque la problématique des faits commis sur les enfants. Ca tient en deux lignes où il indique, je cite, que les violences physiques ou sexuelles doivent faire l’objet d’une vigilance particulière et d’un traitement prioritaire, sans donner d’ actions concrètes à mettre en place. C’est çela qui n’aurait pas été respecté.Mais pour la conférence des procureurs cet après-midi, il est trop tôt pour attribuer des responsabilités, et prendre des sanctions.
Mais avant cette circulaire, il y avait déjà des mesures qui existaient pour protéger les mineurs des agressions sexuelles ?Des maisons de protection des familles ont été mises en place dans le commissariats depuis 2019 pour accompagner notamment les enfants victimes. Et en urgence, des mesure de placement ou d’éloignement peuvent être décidées par les juges des enfants.Mais ce n’est pas toujours nécessaire quand ils sont déjà éloignés géographiquement. C’est ce qui ce serait passé avant l’affaire Lyhanna. L’accusé, déjà mis en cause pour viol sur mineur à l’été 2025 vivait à une centaine de kilomètres de la victime présumée.Cette distance a peut-être contribué à ce qu’aucune mesure immédiate ne soit prise par le parquet, et que l’enquête n’ait pas été priorisée.
Comment se déroulent les enquêtes ? Comment sont-elles suivies ? Des signaux d’alerte auraient dû être pris en compte et rassemblés.La CiviiseOuverture dans un nouvel onglet (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) appelle le gouvernement à « tirer toutes les conséquences de cette affaire » en mettant en oeuvre « sans délai » ses recommandations.

« Rien n’a été fait. Rien. Silence total. C’est terrible. »
Nous avons sollicité l’association » l’Enfant bleu, enfance maltraitée « , structure qui s’est construite sur l’idée du nécessaire travail collégial entre psychologues, juristes et écoutants bénévoles. Isabelle Debré est sa présidente :
« Pour l’enfant bleu, c’est la désolation. Cela fait maintenant 34 ans que je suis bénévole au sein de l’association. Je ne comprends pas que l’on prenne pas au sérieux, justement les plaintes des enfants. Les enfants, ce sont les adultes de demain. Un enfant, contrairement à ce qu’on dit, ça ne ment pas. On peut tout de suite regarder en plus s’il y a des séquelles physiques, ce qui a priori aurait été le cas de la petite victime qui a porté plainte en 2025. Or, rien n’a été fait. Rien. Silence total. C’est terrible. »Le Premier ministre se donne quinze jours pour livrer des réponses. Que demandez vous? »Nous demandons premièrement qu’il y ait une ouverture d’enquête pénale très rapidement après une plainte d’un mineur. On ouvre. Après, on investit. Mais je crois que c’est très important aujourd’hui de demander justement à nos responsables politiques que le personnel de la justice, de l’éducation nationale, des médecins, de tous ceux qui approchent les enfants soient formés, soient bien rémunérés et soient reconnus. Voilà, je crois que c’est super important la formation, la rémunération et le nombre de personnels. »
Pour un Grenelle national sur les crimes commis sur les mineurs
Des collectifs de victimes appellent à un rassemblement lundi soir, à 19h, devant le ministère de la Justice à Paris et devant les tribunaux dans le reste de la France pour faire entendre leur « colère face à l’impunité des pédocriminels »La fédération » France Victimes » a réclamé hier la tenue d’un » Grenelle national sur les crimes commis sur les mineurs « . Jérôme Moreau, porte-parole et vice-président de la fédération France Victimes : «
« Le Grenelle sur les violences conjugales, à l’initiative de Marlène Schiappa, a très bien réussi et a permis en fin de compte une fluidification des parcours, même s’il y a quand même encore quelques axes de progrès. Nous demandons de même, en fin de compte, sur les crimes commis contre les mineurs. D’abord pour que les acteurs actent des process territoriaux. Deuxièmement, pour que l’on puisse croire la parole de l’enfant. Et puis que les associations de protection de l’enfance et d’aide aux victimes puissent être immédiatement mobilisées dès la dénonciation des faits. Mais cela implique aussi un certain nombre de mesures de prévention pour nous. Et donc il nous faut des politiques de repérage national et il faut que la Haute Autorité de santé soit saisie pour que l’intégralité des professionnels de premier recours disposent d’une base réglementaire pour pouvoir les repérer et interroger les enfants et les familles. Il faut impérativement que les enfants soient protégés par des mesures de protection immédiate, quelle que soit l’infraction de nature criminelle.Dès le dépôt de plainte?Dès le dépôt de plainte, Dès le signalement. Parce que c’est quand même un peu nébuleux pour les victimes, on ne peut pas exiger qu’elles connaissent parfaitement le code de procédure. Donc, il faut que les acteurs en charge de l’accompagnement des enfants en général, l’éducation nationale, le sport, la culture, tout le monde soit mobilisé et qu’on ait des politiques d’accompagnement, de protection. Et puis surtout, ce qui est révélateur, c’est qu’est ce que l’on fait lorsqu’on a une plainte et comment est-ce qu’on interprète la parole de l’enfant ou la parole des familles en pareille situation? Et ça nous laisse très interrogatifs par rapport à cela, puisque on avait compris quand même que depuis les travaux de la CIVIISE et de la CIASE( Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église), ces commissions indépendantes sur les violences sexistes et sexuelles soit dans l’église, soit dans la famille ou en général, eh bien qu’on était sur, en fin de compte : on ne doute plus de la parole d’un enfant et on investigue. En tout cas, nous, dans nos associations, nous accompagnons ce récit. Et notre enjeu, c’est de les protéger. »
La cellule d’urgence médico-psychologique qui avait été ouverte lundi dernier dans le collège de Lyhanna à Fleurance après sa disparition, a été renforcée ce matin, au lendemain de la découverte d’un corps pouvant correspondre à celui de la fille de 11 ans, indique la préfecture du Gers dans un communiqué.

Source:
www.radiofrance.fr


