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Ingérences russes en Arménie : un pays à l’épreuve de la désinformation

Sous l’impulsion de son premier ministre Nikol Pachinian, l’ex-république soviétique pousse pour s’émanciper de la Russie et se rapprocher de l’Union européenne. Une dynamique fermement rejetée par Moscou, qui opère depuis un an des campagnes de désinformation pro-russes contre le gouvernement, alors que des élections législatives se tiennent ce dimanche 7 juin.

Quelques jours avant les élections législatives de juin 2026, le président russe Vladimir Poutine a voulu faire passer un message à l’Arménie : « La crise ukrainienne a commencé avec les tentatives d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Nous n’y étions pas opposés ».

Une menace à peine voilée vis-à-vis de ce pays historiquement proche de la Russie et en plein virage vers l’Union européenne depuis l’arrivée de Nikol Pachinian au pouvoir en 2018. Le premier ministre arménien a multiplié les gestes d’ouverture vers l’Europe, qui cherche également à contrer l’influence russe dans la région.

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Des fuites de documents

En conséquence, le pouvoir arménien fait face à une multiplication des campagnes de désinformation et d’ingérence pro-russes, comme le décrivent plusieurs médias de vérification arméniens. Ani Grygorian est journaliste pour le média Civilnet :

« Nous observons depuis un an que la Russie essaie d’influencer l’espace informationnel arménien. Ce qui est intéressant, c’est que la cible principale n’est pas seulement l’Arménie et Pachinian, mais aussi l’UE et la France. Pendant des mois, ils ont [par exemple] diffusé l’idée que la France allait aider l’Arménie et Pachinian à falsifier les résultats des élections. »

Début mai, des fuites de documents attribuées à l’entreprise de désinformation proche du Kremlin, la Social Design Agency (SDA), et analysées par plusieurs médias dont France 24 ont mis au jour une partie de la stratégie d’influence russe en Arménie. 

Entre fausses vidéos d’actualité et sites d’information anti-Pachinian à destination de la diaspora russophone, les opérations de désinformation russes s’appuient sur un mode opératoire rodé depuis plusieurs années, qui a déjà tenté d’interférer dans d’autres pays, comme en Moldavie. 

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En plus de cibler la société arménienne, la Russie tente de viser la diaspora, qui compte près de sept millions de personnes à travers le monde. Nane Manasyan, journaliste pour le média de vérification arménien Fact Investigation Platform : 

 « Quand nous avons reçu ces documents, nous avons compris que la diaspora arménienne était directement ciblée par les Russes. Ils veulent développer une opinion négative contre la société arménienne et le gouvernement au sein de la diaspora »

Le Haut-Karabagh, un drame national instrumentalisé

Ces dernières semaines, la désinformation russe a aussi appuyé sur les tensions nationales en diffusant de fausses informations sur l’arrivée prochaine de centaines de milliers d’Azerbaïdjanais sur le sol arménien. 

Cette crainte est devenue l’un des principaux sujets de la campagne, après la perte de la région du Haut-Karabakh en 2023, envahie par l’Azerbaïdjan. Depuis, Nikol Pachinian, qui négocie une paix avec l’Azerbaïdjan, est accusé d’avoir abandonné la région. 

Ce drame national est instrumentalisé par son principal adversaire politique, Samvel Karapetian : le milliardaire arméno-russe martèle depuis plusieurs semaines que le premier ministre aurait accepté l’implantation d’Azerbaïdjanais en territoire arménien. Sur Facebook, il diffuse cet argument de campagne à coups de vidéos générées par IA, qui montrent des bus remplis d’Azerbaïdjanais arrivant dans la capitale Erevan.

L’affirmation a été fermement démentie par Nikol Pachinian, qui dénonce un discours soutenu par Moscou et affirme que « cette question n’a jamais été à l’agenda dans nos relations avec l’Azerbaïdjan, et en général, dans notre agenda international et dans l’agenda de l’Arménie ». 

Mais dans cette guerre informationnelle, Nikol Pachinian est lui aussi épinglé pour des tentatives de manipulation. En mai, Civilnet a révélé qu’un membre de l’équipe de Nikol Pachinian était à l’origine d’un site d’actualité influent et pro-gouvernement, Media News. 

Nane Manasyan détaille : 

« Ces derniers mois, tous les partis politiques ont essayé d’utiliser chaque outil d’information possible pour influencer la population. Ils cherchent à maximiser leur présence sur chacune des chaînes de communication disponible. [Chaque candidat] essaye de manipuler, dissémine de fausses informations et de fausses vidéos générées par IA. »

Des organisations dénoncent également les pratiques autoritaires du pouvoir actuel dans ce contexte électoral. Human Rights Watch a par exemple soulevé fin mai des « préoccupations liées aux élections, notamment l’utilisation abusive des ressources administratives, les pressions exercées sur les fonctionnaires, les risques liés au financement des campagnes électorales, les allégations d’achat de voix, les discours polarisés » et la faiblesse des mécanismes de contrôle et de transparence.

Une adhésion de l’Arménie à venir ? 

L’an dernier, l’Arménie a adopté une loi déclarant officiellement son intention de se porter candidate à l’UE, dans la continuité d’un partenariat noué en 2017.

Mais Erevan n’a pas encore sauté le pas pour le moment, tandis que Moscou a prévenu qu’il serait « impossible » au pays d’adhérer à l’UE, vu ses liens très étroits avec l’économie russe.

Alliée de longue date à la Russie, notamment pour des raisons de sécurité, l’Arménie abrite une base militaire russe et reste membre d’alliances économiques et sécuritaires avec Moscou.

Les relations entre les deux pays se sont cependant refroidies, Erevan s’interrogeant sur la fiabilité de son allié traditionnel, qui n’est pas venu à son secours lors de la guerre avec l’Azerbaïdjan en 2023.


Source:

www.france24.com

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