On a beau vous dire de tourner la page, de rebondir, d’aller de l’avant mais l’épreuve que vous traversez (une rupture, une deuil, une déception) semble parfois au-dessus de vos forces. Dans cette chronique Fil Philo, Laurence Devillairs pense qu’Henri Maldiney, philosophe français mort en 2013, est un penseur qui peut vous aider à envisager autrement ces moments de crise.
Exister, c’est être exposé aux événements
Dans un article paru en 1990, il soutient en effet que l’existence est, par définition : « discontinue ». Elle est faite de « moments critiques », écrit-il, comparable à des « failles », à des « déchirures d’elle-même ». La vie, votre vie, est alors comme « mise en demeure de disparaître ou de renaître ».
Licenciement, trahison, chagrins et peines : comment expliquer ces fractures, ces « crises » de l’existence ? Tout simplement parce qu’exister, c’est être soumis aux événements, à ce qui surgit sans que vous l’ayez ni prévu ni suscité.
Car, précise Henri Maldiney en une phrase choc : « le réel, c’est toujours ce que l’on n’attendait pas.
S’attendre à l’inattendu
La vie n’est pas un programme qu’il vous suffirait de dérouler sagement. Au contraire : la réalité est toujours ce qui échappe au programme. En vérité, vous êtes tenu à l’impossible. Tout fait « événement » dans l’existence ; rien n’obéit à un scénario préétabli.
Exister, c’est donc nécessairement changer. Se transformer au gré des ruptures, de tout ce qui ne faisait pas partie de vos plans. Il faut sans cesse s’attendre à l’inattendu. La vie n’est rien d’autre que cela : une suite de rencontres avec l’imprévu – que cet imprévu prenne la forme d’un accident, d’un coup de foudre ou de la découverte d’une œuvre d’art.
Être, c’est être ouvert à l’inconnu. Il est donc illusoire d’imaginer que votre identité serait stable, fixe, définie. Ce que vous êtes se construit et se déconstruit au rythme des moments critiques que vous affrontez.

Exister, s’éprouve
« Mais il doit bien y avoir des consignes ou une préparation possible ? » À cette question, Henri Maldiney répondrait avec malice : « non ». Il n’y a pas de ministère de l’Existence. Exister ne s’apprend pas. Cela s’expérimente.
À vous, donc, de rester réceptif à ce qu’il nomme le côté « irruptif », surprenant, « sauvage » de la réalité. Vivre, c’est toujours être surpris, et se surprendre soi-même. Une crise est aussi l’occasion d’une prise de décision : qu’allez-vous faire de ce qui vous arrive ? Qui allez-vous devenir ?
Ne cherchez pas les voies toutes tracées ni les parcours fléchés : le réel finira toujours par déjouer vos prévisions. Vous ne pouvez pas savoir ni prévoir à l’avance ce que vous allez devenir avant de le devenir réellement. Le seul conseil d’Henri Maldiney à retenir est de ne pas résister aux événements, car c’est souvent le meilleur moyen de vous blesser. Ne cherchez pas ni la continuité à tout prix, ni le contrôle absolu, ni le refuge dans les regrets. Restez perpétuellement prêt à changer de programme !

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Source:
www.radiofrance.fr


