E Ink a annoncé, le 28 mai 2026, une extension de son partenariat avec MediaTek pour développer une nouvelle génération d’appareils à encre électronique. Le projet associe les technologies couleur E Ink Gallery et E Ink Kaleido à deux systèmes sur puce, les MT8115 et MT8126, conçus pour les liseuses et tablettes ePaper. La promesse tient en deux mots : couleur et IA.
La couleur, vraie cible technique
Dans son communiqué, E Ink présente ces puces comme capables d’améliorer le rendu couleur, la vitesse de rafraîchissement et la propreté de l’affichage. Les MT8115 et MT8126 prennent en charge Linux et Android, intègrent une unité de calcul dédiée à l’intelligence artificielle et revendiquent jusqu’à 7,4 TOPS de puissance IA. Ils doivent gérer des écrans ePaper jusqu’à 13,3 pouces avec une définition de 300 ppp.
Le point le plus concret concerne toutefois l’affichage. Avec E Ink Gallery, la plateforme supporte jusqu’à 7 bits de profondeur de couleur, complétés par du tramage pour élargir la gamme chromatique. Avec E Ink Kaleido, elle ajoute un rafraîchissement partiel rapide et des algorithmes destinés à réduire les images fantômes. Ces paramètres ne parlent pas seulement aux ingénieurs : ils touchent directement la bande dessinée, le manga en couleur, les manuels illustrés, les beaux livres numériques ou les magazines, encore mal servis par les liseuses classiques.
Cette limite ne date pas d’hier : nous racontions déjà, en avril 2022, que Gallery 3 promettait une résolution de 300 ppp et une meilleure gestion des temps de latence. Depuis, la couleur a progressé dans les gammes grand public, notamment chez Kobo, Vivlio ou PocketBook, mais elle reste souvent associée à des teintes moins franches que celles d’une tablette LCD ou OLED.
L’IA entre dans un appareil jusque-là volontairement limité
La nouveauté la plus sensible tient aux fonctions embarquées. E Ink et MediaTek évoquent la reconnaissance vocale à plusieurs locuteurs, la transcription de réunions, le résumé de documents et la traduction en temps réel dans plus de 20 langues. Ces usages s’exécuteraient directement sur l’appareil, sans dépendre nécessairement d’un traitement distant.
TechRadar, qui a repéré l’annonce, insiste sur l’ambivalence du mouvement : l’amélioration de la couleur répond à une attente réelle, mais l’arrivée de l’IA touche à l’identité même de la liseuse. L’objet s’est imposé en grande partie par ce qu’il ne fait pas : pas de notifications envahissantes, peu d’applications, une interface centrée sur le texte, une autonomie élevée.
À l’inverse, Android Authority lit l’annonce comme un argument de renouvellement possible. Pour les étudiants, chercheurs, enseignants ou lecteurs de documents professionnels, la transcription, le résumé et la traduction transforment la liseuse en carnet de lecture actif. Ce n’est plus seulement un terminal d’accès aux livres, mais un outil de travail sur des corpus, des PDF, des cours ou des dossiers.
Du calme : la révolution n’a pas commencé
Le livre numérique n’en sort pas mécaniquement transformé. E Ink ne cite pas Amazon, Kobo, Vivlio ou PocketBook parmi les premiers fabricants concernés. La société précise seulement que les deux nouvelles puces doivent apparaître dans de prochaines tablettes ePaper de Linfiny, filiale d’E Ink, avec une plateforme couleur Gallery et un design de référence. Les solutions sont aussi présentées au Computex 2026, à Taipei.
La prudence s’impose donc. Une puce plus performante ne garantit ni un appareil commercial convaincant, ni une expérience de lecture mieux acceptée. Les fonctions d’IA posent aussi des questions de données, de transparence logicielle et de valeur d’usage : un résumé automatique d’un document n’a pas la même portée selon qu’il accompagne une note personnelle, un manuel scolaire, un livre protégé ou un texte soumis à des droits.
L’annonce confirme néanmoins une inflexion nette. La liseuse couleur cherche encore son équilibre entre confort visuel, lenteur assumée et richesse graphique. En y ajoutant l’IA embarquée, E Ink et MediaTek déplacent le curseur vers la tablette de lecture et de travail. Le prochain test ne se jouera donc pas seulement sur la vivacité des couleurs, mais sur la capacité des fabricants à préserver ce qui a fait le succès de la liseuse : lire longtemps, sans bruit autour du texte.
Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com
Source:
actualitte.com


