La Fondation nationale pour la science américaine (NSF) a annoncé le 21 mai le démantèlement d’un réseau tentaculaire de 900 capteurs sous-marins au large des côtes américaines, explique un article du site Gizmodo. Une nouvelle exigence de l’administration Trump, alors que le projet avait coûté 368 millions de dollars (317 millions d’euros) aux contribuables américains.
Pourquoi c’est grave? D’abord, parce que ces dispositifs sous-marins sont indispensables pour établir des modèles et des prévisions de température. Des prévisions qui sont aujourd’hui le seul moyen d’anticiper les ravages d’El Niño, ce phénomène climatique provoquant des épisodes de chaleur extrême et de sécheresses sur les côtes américaines régulièrement. «Ce manque d’information va devenir très handicapant», s’est inquiété l’océanographe Ed Dever, qui a participé à diriger ces capteurs dans le Pacifique nord, auprès de l’Associated Press.
Le réseau d’instruments comprend notamment un dispositif d’observation des océans (OOI), un programme que Donald Trump a plusieurs fois essayé de faire disparaître depuis 2025, jusqu’à finalement réussir ce mois-ci. L’OOI a annoncé retirer un des capteurs le 16 juin prochain et estime que le réseau sera entièrement détruit d’ici à 2027.
L’initiative a collecté une quantité immense de données des fonds marins depuis sa création en 2015. Au-delà de prévoir El Niño –qui s’annonce particulièrement violent cette année– le dispositif permet à la Californie de surveiller les tsunamis et les séismes, de repérer les eaux à faible taux d’oxygène, appelées «dead zones» et, plus généralement, de réunir des données inaccessibles par satellites ou n’importe quel instrument de surface. Tout avait été conçu pour que le réseau dure entre vingt-cinq et trente ans… mais c’était sans compter sur Donald Trump.
De l’argent précieux jeté à l’eau
Le projet est aussi un pilier de la recherche scientifique indépendante et collaborative sur la question des océans à l’échelle mondiale. La mise en place d’un dispositif au fond de la mer d’Irminger, au nord de l’océan Atlantique, était le fruit d’un effort international pour comprendre les ralentissements de certains courants dus au changement climatique. Ces modifications de courants pourraient être la cause d’une augmentation des températures extrêmes et de catastrophes naturelles cataclysmiques sur l’ensemble du globe.
Face à de tels enjeux, le coût d’entretien du réseau est relativement faible avec 48 millions de dollars par an (41,2 millions d’euros), soit 0,003% du montant des dépenses facultatives du gouvernement. Une paille comparé à ce que le ministre de la Guerre, Pete Hegseth, aurait dépensé en 2025 en homard et autres objets luxueux, tout cela aux frais du contribuable américain.
De son côté, l’administration Trump a déclaré que la décision s’inscrivait dans une stratégie visant à «favoriser le soutien aux priorités scientifiques en évolution et aux technologies émergentes». Autrement dit, l’argent ira à l’IA plutôt qu’à la surveillance des courants marins.
«Renoncer à un investissement de 368 millions de dollars dans un système de pointe, un exploit d’ingénierie déjà financé par le peuple américain, relève de la myopie», s’est indigné Chris Robbins, directeur associé de l’ONG Ocean Conservancy, auprès du New York Times.
Source:
www.slate.fr


