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Enfants à protéger, histoires de secours et de violences : Le massacre des Innocents, du verset biblique au mythe médiéval

Le “massacre des innocents” est relaté dans la Bible, dans l’Évangile selon Matthieu (II, 16-20), en un bref récit. Les rois mages partis à la recherche de Jésus, après avoir été avertis de sa naissance par une étoile, promettent à Hérode de le prévenir quand ils auront trouvé l’enfant providentiel. Hérode craint en effet la venue d’un “roi des Juifs”, qui lui a été annoncée par les grands prêtres juifs, car ce serait là un rival qui pourrait menacer son pouvoir en tant que roi de Judée. Les mages trouvent l’enfant Jésus mais n’avertissent pas Hérode de leur découverte. Un ange apparaît en songe à Joseph pour le prévenir qu’Hérode veut tuer Jésus. Marie et Joseph s’enfuient alors avec leur nouveau-né, un épisode retenu sous le nom de fuite en Égypte de la Sainte Famille. Hérode, furieux, comprend qu’il a été trahi par les mages, et ordonne le massacre de tous les garçons juifs qui pourraient avoir le même âge que Jésus, afin de s’assurer qu’il s’est bien débarrassé de lui.

Cet épisode ne peut manquer d’évoquer un autre récit de mise à mort de nouveaux-nés, celui du massacre des petits garçons hébreux ordonné par le Pharaon d’Égypte dans le livre de l’Exode (I, 15-22). Moïse, comme Jésus dans l’épisode du massacre des innocents, échappe miraculeusement à la tuerie. Déposé par sa mère dans un panier en osier sur le fleuve, il est recueilli par la fille de Pharaon.

Bien que l’épisode du massacre des innocents soit un passage assez court du Nouveau Testament, il a connu une grande fortune dans l’exégèse. Au cours de l’Antiquité et du Moyen Âge, les innocents deviennent des saints. Ils sont fêtés le 28 décembre à partir du Ve siècle. Au fur et à mesure qu’un culte se développe autour des innocents naît un véritable mythe chrétien. Les innocents seraient les premiers martyrs morts pour le Christ. Leur mise à mort, cruelle et violente, fait d’eux des figures sacrificielles qui évoquent la passion du Christ. Tués dans leur prime jeunesse, alors qu’ils n’étaient que pureté et douceur, ils évoquent l’enfant Jésus exempt de tout péché.

Pourtant, les enfants tués à Bethléem étaient sans doute juifs, et il est en tout cas certain qu’ils n’étaient pas chrétiens. Il s’agit donc à travers l’exégèse de reformuler ce récit pour lui donner une signification dans la longue histoire de la chrétienté et de l’Église. Les exégètes de l’époque carolingienne, comme l’archevêque de Mayence Raban Maur, vont faire du massacre des innocents un épisode largement empreint d’antijudaïsme. Hérode n’est plus considéré comme le seul responsable du massacre, c’est tout le peuple juif qui aurait souhaité la disparition du Christ. Cette relecture croise les questionnements des théologiens chrétiens autour du rôle “déicide” des Juifs, rendus responsables de la passion du Christ, ce qui alimente l’antisémitisme médiéval et les persécutions. C’est ainsi que le massacre des innocents est progressivement présenté comme un massacre d’enfants chrétiens par des Juifs. Pourtant, ces enfants, si tant est qu’ils aient vraiment été assassinés, sont probablement juifs, circoncis, et n’ont pas reçu le baptême. L’interprétation du massacre des innocents comme un combat entre le bien et le mal permet de réinvestir l’épisode pour dénoncer les ennemis de la chrétienté tout au long du Moyen Âge et jusqu’à l’Époque moderne.

Pour en savoir plus

Références sonores de l’émission à venir

Générique : « Gendèr » par Makoto San, 2020.


Source:

www.radiofrance.fr

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