Peut-on rire de tout ? Vieille question, à laquelle nos invités de cette semaine ont quelques réponses à apporter…
« Tout va super », de Patrick Cassir
On peut rire et de la fin de vie, et de l’impact qu’elle a sur les proches aidant. La preuve avec ce Tout va superOuverture dans un nouvel onglet de Patrick Cassir, qui nous a fait rire autant qu’il nous a ému. Une film à la fois sur la relation d’un fils à une mère haute en couleurs, Sylvaine, interprétée par Noémie Lvovsky, grande spécialiste des rôles de mère dans le cinéma français, depuis Les Beaux Gosses de Riad Sattouf en 2009, et sur la maladie. Un film sur l’urgence, comme dérèglement du quotidien, et facteur de comédie, et qui joue la bienveillance, contre le surplomb. On y retrouve aussi le goût du cinéaste pour la comédie romantique, et les amours empêchées qui en font le sel, qui tramaient déjà Premières vacances, en 2018, ou Un mariage sans fin, l’an dernier, à travers une histoire d’amour impossible, dans une parenthèse, pleine de quiproquos et de malentendus, qui est aussi une manière d’interroger l’amour et la séduction aujourd’hui, à la fois très directe, et pleine de pudeur, et de difficulté à dire…
« L’Objet du délit », d’Agnès Jaoui
Avec L’Objet du délitOuverture dans un nouvel onglet, son nouveau film, et le premier qu’elle a réalisé depuis le décès de son magnifique compère d’écriture, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui interroge le clash générationnel entre une jeunesse conscientisée et des boomers inquiets, quand des accusations d’agression sexuelle percutent la création artistique, en l’occurrence celle d’un opéra, le tout sous la forme d’une très renoirienne comédie chorale, sa marque de fabrique depuis Le Goût des autres.

Le journal du cinéma
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D’autres cinéastes, des pionnières, sont à l’honneur de la Cinémathèque françaiseOuverture dans un nouvel onglet. Parmi ces réalisatrices des années 60 et 70, quand seulement un premier film sur 10 était signé par une femme, il y a des bien connues, comme Agnès Varda, Diane Kurys ou Nelly Kaplan, mais aussi beaucoup d’autres, balayées par l’Histoire du cinéma, qui sont à découvrir jusqu’au 11 juin rue de Bercy, à Paris.
Une de leurs grandes héritières, c’est Céline Sciamma, dont on aimerait tant qu’elle fasse un nouveau film (Petite Maman, c’était en 2021). Pour prendre de ses nouvelles, ça se passe de l’autre côté de la Seine, dans la salle du MK2 Bibliothèque dévolue au Centre Pompidou, avec une rétrospective, une carte blanche, et le dévoilement du court-métrage qu’elle a réalisé pour l’occasion, Tutti Frutti. « Céline Sciamma, Action poétique »Ouverture dans un nouvel onglet, c’est du 3 au 16 juin.
A Toulouse, dans la CinémathèqueOuverture dans un nouvel onglet fraichement rénovée, c’est une autre femme, la flamboyante icône de la Movida Rossy de Palma qui est à l’honneur à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 27 juin.
A Marseille, c’est à une plongée dans le cinéma palestinien que vous invite le Festival Ciné-PalestineOuverture dans un nouvel onglet jusqu’à demain dans 5 salles, avec une trentaine de films et un hommage à l’acteur et cinéaste récemment disparu Mohammad Bakri.
Enfin, côté courts métrages, Le Court en dit longOuverture dans un nouvel onglet, c’est du 1er au 5 juin au Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris, et à Pantin, l’historique Côté CourtOuverture dans un nouvel onglet fête sa 35e édition et salue le départ de son fondateur, Jacky Evrard, avec beaucoup de celles et ceux que le festival a révélé.e.s, comme Emmanuel Marre, Bertrand Mandico, Emmanuel Mouret, Sophie Letourneur, Lucie Borleteau et Alain Guiraudie, qui fera l’ouverture. C’est du 3 au 13 juin, et on en reparlera la semaine prochaine.
La chronique de Sophie Catherine Gallet : Bye Bye Brésil, de Carlos Diegues
Dans une petite ville du Sertão, dans le Nordeste du Brésil, une tout aussi petite troupe itinérante, la Caravana Rolidei, vient annuellement présenter son spectacle. Mais cette année, devant le numéro de Salomé, la Reine de la Rumba, présenté avec emphase par le Monsieur Loyal et magicien de la troupe, Lorde Cigano, il y a un spectateur subjugué, Ciço. Il n’en faudra pas plus pour qu’avec son accordéon et sa femme enceinte, il embarque sur avec eux sur le plateau de leur camionnette, dans un road trip jusqu’en Amazonie. C’est le début de Bye Bye BrésilOuverture dans un nouvel onglet, un film qui avait concouru pour la Palme d’or en 1980 au Festival de Cannes, et représenté son pays aux Oscars. Il est signé d’un des grands noms, aux côtés de Glauber Rocha et Ruy Guerra, du Cinema Novo, la Nouvelle Vague brésilienne : Carlos Diegues. Drôle de film que ce Bye Bye Brasil, qui tient à la fois du film social, du road movie et de la comédie musicale…
Il y a d’emblée comme un parfum de néo-réalisme italien qui s’en dégage, souligne Sophie-Catherine Gallet. On ne peut que penser à La Strada de Fellini, qui mettait en scène la vie sur les routes de forains, entre mélancolie d’un monde en train de disparaître et rudesse même du personnage de Zampano. Ici, la rudesse d’un Zampano est absente, mais une mélancolie, mâtinée d’espoir, est bien présente. Par ailleurs, ce film prolonge l’héritage de la mouvance Cinema Novo, qui émerge au Brésil dans les années 60 et se construit notamment dans la lignée du néoréalisme italien, avec pour ambition de montrer la réalité sociale brésilienne – le réalisateur dira en interview avoir voulu montrer avec ce film un Brésil que même les Brésiliens ne connaissaient pas, un Brésil de l’intérieur des terres, de l’Amazonie, de l’aridité et de l’exode vers les promesses des nouvelles villes, Altamira ou encore Brasilia. Le Cinema Novo mettait également l’accent sur une forme de spontanéité dans la manière de tourner, qui confère ici au film une veine documentaire. Et Bye Bye Brasil est en effet avant tout guidé par la rencontre, la confrontation d’opposés : entre une communauté indigène qui se considère comme un peuple dans le peuple et cette troupe itinérante brésilienne, entre un monde de saltimbanques qui n’arrive plus à vendre de billets pour ses spectacles à cause de la concurrence de la télévision, devenue attraction et nouvelle source d’hypnose, et une modernité qui condamne peu à peu ce monde. Confrontation, aussi, entre paysages encore vierges à perte de vue et urbanisation intense, confrontation enfin dans le récit même, qui oscille sans cesse entre drame et comédie. On sort alors de ce film profondément remué, conclut-elle*, et foncièrement étonné surtout par sa force qui parvient à saisir, dès les années 80, les enjeux majeurs qui façonneront le XXIème siècle au Brésil.*
ouvrir crédits photoBye Bye Brésil, de Carlos Diegues, est à découvrir en copie restaurée, et en salles, à partir de mercredi prochain.
Extraits sonores
Extraits de Tout va super, de Patrick Cassir (2026)I Think Of You par Elias Rahbani (dans la BO de Tout Va Super)Extraits de L’Objet du délit, d’Agnès Jaoui (2026)« Voi che sapete » dans Les Noces de Figaro, par Cecilia Bartoli avec l’Orchestre de Chambre de Vienne, direction Gyorgy FischerExtrait de Bye Bye Brésil, de Carlos Diegues (1981)Bye Bye Brasil par Chico Buarque
Source:
www.radiofrance.fr


