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Longtemps symbole de noblesse, le lévrier est devenu un chien à sauver

« Nous sommes là à l’association des Amis des Lévriers pour la cause de ces animaux qui sont maltraités dans les pays étrangers », nous explique Régis, l’un des membres présents sur le festival. 

Un cadeau somptueux

Fondée en 2011, et basée à Épinal, l’association rassemble des adoptants venus de l’ensemble du Grand Est. Elle participe à des fêtes médiévales, des manifestations, des rencontres autour de la protection animale, mais organise aussi des balades et des journées de poursuite à vue sur leurre, sur un terrain sécurisé. 

« L’armée nous loue un terrain à Épinal, rue de la Fondation Prud’homme, un terrain de rugby où on les fait courir », précise Anne-Marie. L’objectif n’est pas la compétition, mais le plaisir du mouvement, dans un cadre adapté à des chiens dont le corps a été façonné par la course.

Pour comprendre la présence des Amis des Lévriers aux Imaginales, il faut remonter bien avant les refuges espagnols. « C’était le chien des rois et des nobles », rappelle Anne-Marie. À travers les arts, l’association retrace cette trajectoire : des représentations les plus anciennes aux fêtes médiévales, le lévrier apparaît comme un animal de prestige, compagnon des puissants, parfois offert d’un souverain à l’autre, avant de suivre les migrations humaines et de changer de statut selon les époques.

Sur leur stand, les Amis des Lévriers retracent, à travers une série de panneaux, la présence du lévrier à travers les siècles : des gravures rupestres du Sahara aux représentations de l’Égypte antique, des cours royales médiévales aux portraits aristocratiques de l’époque moderne.

« C’était un cadeau somptueux que d’offrir à un souverain des lévriers », poursuit-elle. « Ils sont surtout très fidèles. En Espagne, même un chien torturé par son maître revient toujours. » Aujourd’hui, le lévrier n’a plus le droit de chasse dans la plupart des pays européens. L’Espagne fait figure d’exception.

Anne-Marie et son levrier, Shakira.
Anne-Marie et son lévrier, Shakira.

« 35.000 qui meurent chaque année, ou sont abandonnés »

Le contraste avec leur situation actuelle est d’autant plus brutal. Les lévriers espagnols, ou galgos, sont encore utilisés pour la chasse, notamment au lièvre. À la fin de la saison, ceux jugés trop lents, trop vieux, blessés ou insuffisamment performants peuvent être abandonnés, maltraités, parfois tués. Les associations de protection animale alertent depuis des années sur l’ampleur du phénomène.

Régis résume avec des mots durs : « Ils sont comme un fusil de chasse. Tant qu’ils chassent bien, ils sont conservés. S’ils ne chassent pas bien, on s’en débarrasse. » Il insiste sur les chiens présents au festival : « Ce sont tous des chiens recueillis, qui viennent d’Espagne. Tous des chiens sauvés. » Anne-Marie complète : « À chaque fin de saison de chasse, les refuges regorgent de lévriers. Le lévrier qui est considéré comme mauvais chasseur doit souffrir, parfois jusqu’à la mort. »

Les chiffres varient selon les associations et les sources, faute de statistiques officielles exhaustives. Les militants parlent de dizaines de milliers de chiens abandonnés chaque année. Anne-Marie avance un ordre de grandeur : « Il faut savoir qu’il y en a environ 35.000 qui meurent chaque année ou qui sont abandonnés. C’est quelque chose qu’on ne sait pas. » 

« Les lévriers un jour, les lévriers toujours »

L’engagement des bénévoles naît souvent d’une adoption. Régis est formel : « Ce ne sont pas des chiens, ce sont des lévriers. C’est une race bien spécifique. Ce n’est pas un comportement de chien comme tous les autres chiens. Et on en tombe amoureux. » Le lévrier impressionne par sa morphologie, sa vitesse, — jusqu’à 60 km/h —, mais ce qui frappe les familles d’accueil et les adoptants, c’est aussi leur douceur, leur discrétion.

Anne, femme de Régis et adoptante, raconte son propre parcours. Tout a commencé avec Lugo, un galgo adopté dans un refuge espagnol. « Il avait six ans quand nous l’avons adopté. Nous l’avons gardé six ans. Il est décédé d’un problème cardiaque. » Ensuite arrivent Rall, adopté à 13 mois, puis Gento, un chien profondément traumatisé, recueilli à cinq ans. « Il en a dix aujourd’hui, il évolue dans son traumatisme, mais il reste encore très timide. »

Après la mort de Lugo, le deuil devient presque insupportable. « J’ai eu un début de dépression, je l’assume », nous confie Anne. C’est alors qu’elle pense à Rubi, une petite galga rencontrée au Maroc, au moment où elle allait adopter un chat handicapé. « Mon mari m’a dit : écoute, on va aller chercher Rubi. » Elle est paraplégique, puis remarche partiellement grâce à des soins réguliers. « Elle sera toujours bancale, mais elle court à sa façon. Elle a une vie de chien. »

Régis, Anne et leurs lévriers
Régis, Anne et leurs lévriers

La famille compte désormais plusieurs lévriers, dont un petit lévrier italien. Pour Anne, l’engagement est devenu indissociable de l’écriture. « J’ai écrit plusieurs ouvrages, dont un sur Gento, qui prend la parole et raconte ce qui se passe en Espagne et comment ils redécouvrent le bonheur. Les bénéfices sont reversés à des refuges espagnols. » Un troisième volume est envisagé pour 2027, autour de la mort de Lugo, de l’arrivée de Rubi et de Diva.

« Ce sont des chiens d’une grande douceur, d’une grande intelligence, et qui vivent une vie horrible, un enfer », résume Anne.  

Aux Imaginales, les Amis des Lévriers rappellent surtout qu’un animal chargé d’histoire peut encore être mal connu. La boutique aide les refuges espagnols, les démonstrations expliquent la course au leurre, les rencontres accompagnent les adoptants. On vient parfois pour le Moyen Âge ou la beauté d’une silhouette ; on repart avec une réalité plus nette : un lévrier ne s’adopte pas comme une image, mais comme un chien marqué, rapide, fragile, et souvent à réparer.

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Crédits photo : ActuaLitté, CC BY-SA 2.0

 

DOSSIER – À Épinal, les Imaginales célèbrent 25 ans d’imaginaire

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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