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Ebola en RDC : la riposte sanitaire est entravée par les conflits et le manque de moyens

L’ONU veut éviter une crise humanitaire majeure dans l’Est de la RDC, foyer de l’épidémie qui aurait fait au moins 220 morts pour plus de 900 cas probables : ces chiffres sont largement sous-estimés selon des chercheurs de l’Imperial College de Londres, dont les travaux de modélisationsOuverture dans un nouvel onglet, cités par la BBCOuverture dans un nouvel onglet et The EconomistOuverture dans un nouvel onglet, évoquent peut-être 2 à 5 fois plus de cas, en réalité – j’en parlais la semaine dernière. Il faut non seulement permettre à la population congolaise d’accéder aux soins, mais aussi de l’aide alimentaire, de l’aide tout court pour que les familles touchées par Ebola puissent appliquer les mesures de santé publique en toute sécurité, rapporte Actualité.cdOuverture dans un nouvel onglet. C’est pour cela que l’ONU et notamment le Programme alimentaire mondial multiplient les liaisons aériennes entre Kinshasa et Bunia, la capitale de la province de l’Ituri, foyer de cette épidémie d’Ebola. 146 000 personnes reçoivent désormais une aide d’urgence du PAM, indique Actualité.cdOuverture dans un nouvel onglet.

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De nouveaux incidents ont éclaté dans des hôpitaux de la province de l’Ituri, foyer de l’épidémie, dans le nord-est de la RDC : une centaine de jeunes, « sceptiques face à la maladie », voulaient récupérer et enterrer le corps d’un homme, un leader religieux mort des suites d’Ebola : ils ont attaqué un hôpital à Mongbwalu, raconte Radio Okapi,Ouverture dans un nouvel onglet car ils ne comprenaient visiblement pas pourquoi les autorités doivent se charger de l’enterrement, afin d’enrayer la propagation du virus hautement contagieux. Des militaires ont dû intervenir pour disperser la foule avec des tirs de sommation. Ce n’est pas le seul incident grave : des tentes d’isolement pour malades d’Ebola ont déjà été incendiées à l’hôpital de Rwampara, la semaine dernière, toujours dans la province de l’Ituri, indique la BBCOuverture dans un nouvel onglet. Idem à l’hôpital de Mungwalu d’où une dizaine de malades d’Ebola se sont enfuis, alerte Radio OkapiOuverture dans un nouvel onglet : ils sont introuvables à ce jour.

Lutter contre Ebola et les fausses informations, le double défi pour les autorités sanitaires : Ces incidents illustrent, pour Radio OkapiOuverture dans un nouvel onglet, les défis majeurs auxquels font face les équipes sanitaires dans la lutte contre Ebola en Ituri : « insécurité, désinformation et résistance communautaire ». C’est aussi ce que constate, sur les ondes de la Deutsche WelleOuverture dans un nouvel onglet, le médecin épidémiologiste Jacques Kanku : « le corps d’une personne décédée d’Ebola reste très contagieux. Les pratiques funéraires, comme on en voit chez nous, laver les corps, des gens qui embrassent même les corps, exposent beaucoup les proches [des défunts]. Ebola, c’est une maladie grave, mais on peut stopper sa propagation si chacun de nous collabore rapidement : il ne faut pas cacher les malades ni croire aux rumeurs. On peut vous dire « non, Ebola n’existe pas. C’est une invention des autorités ou des étrangers. Certaines plantes ou prières peuvent guérir » donc les fausses informations – que nous appelons ici les rumeurs – peuvent pousser à la fois les gens, dans les communautés, à cacher les malades, à refuser le suivi des contacts ou à refuser même les centres de traitement », alerte ce médecin sur la Deutsche WelleOuverture dans un nouvel onglet. Par ailleurs, plusieurs églises et écoles « font fi » des gestes barrières, s’inquiètent également la Deutsche WelleOuverture dans un nouvel onglet et Radio OkapiOuverture dans un nouvel onglet : dimanche dernier, encore, les églises étaient bondées, sans distanciation sociale ni lavage des mains. Même chose dans certaines écoles primaires bénéficiant de la gratuité de l’enseignement, indique Radio OkapiOuverture dans un nouvel onglet : des classes comptent toujours entre 60 et 70 élèves.

L’aide humanitaire est encore balbutiante à Bunia, la capitale de la province de l’Ituri, foyer de l’épidémie actuelle d’Ebola : »Samedi, devant l’hôpital principal de Bunia, des ouvriers s’activaient frénétiquement à planter des clous et à monter des tentes pour trier, isoler et soigner les patients », décrit le New York TimesOuverture dans un nouvel onglet: « le virus nous devance largement et il se propage rapidement », selon un responsable d’International Medical Corps – l’entreprise qui construit ces unités d’isolement. « Prise au dépourvu par une épidémie découverte avec un retard catastrophique — peut-être deux mois après son début —, la réponse internationale peine à se mettre en place. Pratiquement rien n’était en place lorsque le premier cas de la rare souche Bundibugyo du virus a été confirmé le 15 mai. Peu après, Macky Mbavugha, responsable de terrain du Comité international de secours, a contacté le bureau local de la santé pour savoir s’il disposait de stocks d’équipements de protection. Il a trouvé les rayons vides. Si le financement américain pour le Congo n’avait pas été drastiquement réduit l’an dernier, « l’alerte aurait peut-être été donnée plus tôt », a déclaré M. Mbavugha, reprenant ainsi une opinion largement partagée au sein de la communauté humanitaire », précise le New York TimesOuverture dans un nouvel onglet.

Entretien avec Marie Jaspard, infectiologue à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Entretien enregistré avant que nous n’apprenions par l’OMS qu’une première guérison avait été enregistrée en République démocratique du CongoOuverture dans un nouvel onglet.

Pouvez-vous tout d’abord nous décrire la situation aujourd’hui sur le terrain en RDC, entre manque d’équipements de protection contre Ebola, manque de suivi des gestes barrières dans les églises et les écoles et puis le nombre de cas qui seraient sous-estimés ?

C’est un bon résumé : déjà, ce qui peut arriver de plus compliqué pour nous pour gérer une épidémie, c’est d’être en retard. On a plusieurs semaines de retard entre le moment du premier cas et le moment où l’on a déclaré l’épidémie. Il ne faut jeter la pierre à personne mais c’est compliqué dans cette zone-là de dépister une épidémie et de la déclarer : c’est la première chose qui fait qu’il y a beaucoup de cas. Deuxièmement, il est très difficile de faire le diagnostic car l’espèce Bundibugyo n’est pas très connue et il y a très peu de moyens de diagnostics pour confirmer les cas.

De plus, le foyer de l’épidémie se trouve dans l’est de la RDC, dans des régions du Sud-Kivu, du Nord-Kivu, dans la province de l’Ituri qio sont confrontées aux violences de groupes armés.

Oui, c’est la guerre dans cette zone-là depuis des dizaines d’années. Malheureusement, cela ne s’améliore pas et c’est un terrain propice pour les épidémies parce que les habitants, à cause de la situation sécuritaire, se soignent à la maison le plus longtemps possible. Quand ils vont à l’hôpital, c’est souvent tard et ils ont pu contaminer tout leur foyer. L’autre volet, qui n’aide pas dans ce contexte sécuritaire, c’est que l’aide internationale, les soignants, les chercheurs, les conseillers communautaires – toute l’équipe qui vient pour gérer l’épidémie -, sont aussi dans une difficulté de mouvement à cause des conflits armés.

À propos de l’aide internationale, des ONG, des médias anglo-saxons notamment, insistent sur le fait que les coupes budgétaires, en particulier les coupes décidées par Donald Trump l’an dernier aux États-Unis, ont aggravé la crise, retardant l’alerte et la riposte sanitaire contre Ebola. Des auditeurs m’ont demandé : pourquoi le président américain, qui a fait campagne sur un certain isolationnisme, devrait payer une partie de la prévention sanitaire en RDC ou ailleurs ?

Je crois que ce qui est très important à comprendre pour les auditeurs, c’est que l’isolationnisme, en santé globale, ça ne marche pas. Et c’est totalement contreproductif. Si vous n’éteignez pas le foyer de la maladie, il va diffuser dans le reste du monde. Si vous l’éteignez grâce à une prise en charge qui est globale – parce qu’en fait, ça nous concerne tous, c’est notre problème à tous, cette épidémie-là -, là, vous pourrez maîtriser les choses beaucoup plus rapidement. Il faut donc absolument une solidarité internationale pour protéger les Congolais en premier mais, si ça n’intéresse pas les gens de protéger les Congolais, il s’agit de se protéger eux-mêmes.

L’aide internationale n’a pas seulement baissé en provenance des États-Unis : d’autres pays européens, comme la France, ont baissé leurs aides pour les pays pauvres.

Je crois, à nouveau, qu’il faut mettre en place une dynamique internationale dans ce contexte de crise sanitaire. On l’a vu sur les autres épidémies qui ont eu lieu dans le monde : si on se met pas tous ensemble pour apporter le soutien nécessaire aux pays qui sont touchés, tout le monde va perdre.

Mon équipe est sur place, en RDC, et me décrit la situation : il y a énormément de malades d’Ebola. Donc, il faut tout miser sur le dépistage : il faut absolument que l’on ait des techniques diagnostiques qui fonctionnent dans cette zone très reculée. Il faut ensuite énormément travailler sur le suivi des contacts : c’est un travail de titan. Imaginez : lorsque vous avez un patient que vous arrivez à confirmer : il faut retrouver toutes les personnes avec lesquelles il a été en contact ces derniers jours. Donc, il faut embaucher énormément de conseillers communautaires, qui vont suivre ces personnes et faire de la sensibilisation. Il faut aider la communauté, en fait, là-dedans. Il faut leur expliquer de quoi il s’agit. Et pour ça, il faut beaucoup de ressources humaines pour communiquer. Et puis, il faut absolument des médicaments.

Cette maladie-là se soigne aussi beaucoup par ce qu’on appelle des soins de support : tout un ensemble de soins qui vont aider la personne à combattre contre le virus et à se débarrasser du virus avec de l’oxygène, éventuellement de la dialyse, des perfusions, des bilans biologiques. Toute cette partie-là est indispensable dans la gestion des maladies à virus Ebola, toutes espèces confondues. Il faut envoyer beaucoup d’argent pour pouvoir couvrir tous ces volets-là.

Enfin, il y a la recherche, qui est encore autre chose. On y travaille, mais la baisse du financement de la recherche, au niveau mondial, n’a pas non plus aidé. Il faut qu’on trouve des médicaments spécifiques, que l’on trouve des vaccins spécifiques. Et tout ça, ce sont des volets qui sont globalement de moins en moins financés.

Diriez-vous aujourd’hui que l’épidémie d’Ebola est hors de contrôle en RDC, mais aussi avec des cas détectés en Ouganda, qui vient de fermer sa frontière ?

L’épidémie n’est pas contrôlée, on peut tous s’accorder pour le dire. En revanche, il faut quand même avoir en tête que l’Ouganda et la RDC sont ultra-mobilisés. Ce sont les experts des maladies à virus Ebola, avec le Rwanda : ce sont vraiment les pays qui connaissent le mieux cette maladie dans le monde entier. Donc on va y arriver. Il vrai que l’on a du retard et que c’est une zone compliquée mais tout est mis en œuvre pour le faire.

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Source:

www.radiofrance.fr

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