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Aux Imaginales, votre double se cache sur les murs de la ville

Il faut d’abord s’éloigner un peu de la foule, laisser derrière soi le mouvement du festival, et rejoindre la basilique Saint-Maurice. Là, la pierre impose un autre rythme. Le regard monte vers le clocher, suit les arcades, les colonnes, les chapiteaux, les successions d’arcs sculptés.

L’édifice tient quelque chose du refuge et du seuil : on y entre, on en ressort, on tourne autour. Dans la lumière de la fin mai, ses pierres roses, ocres et grises deviennent presque une matière narrative.

Alter ego en clair-obscur

Les grilles de la basilique accueillent d’abord les photographies du club Noir & Couleur, installé à Épinal depuis 1906. Association dédiée aux arts graphiques, à la photographie et à la vidéo, le club rassemble des amateurs de la ville et de sa région autour de la photographie, de la vidéo et du traitement de l’image, et même du développement argentique. Affilié à la Fédération photographique de France, Noir & Couleur propose régulièrement des expositions aux thèmes multiples, « qui se suivent mais ne se ressemblent jamais », nous assure-t-on.

Depuis le 28 mai, et jusqu’au 31, ses membres investissent donc les grilles de la basilique Saint-Maurice avec une exposition qui dialogue directement avec « Alter Ego ». On y croise des silhouettes doubles, des reflets, des visages dédoublés, des êtres cadrés comme s’ils sortaient d’un rêve ou d’une inquiétude. Un homme au chapeau semble observé par son propre double dans un couloir blanc.

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Plus loin, des figures lisses, presque mannequines, se font face, tandis qu’un visage féminin se partage entre noir et couleur. Ailleurs encore, un corps disparaît dans une lumière bleue, un canard glisse sur l’eau, un personnage costumé surgit comme une apparition, à la fin d’un méthodique travail d’introspection.

Quelques noms de photographes : Guillaume Marais, Christine Gérard, Corinne Arrouey, Xavier Taillard, Martine Bihr, Michel Lagoutte. La photographie se regarde avec la grille, la pierre, les ombres des arbres et le passage des visiteurs. Le charme naît moins de l’image seule que du monde qui se recompose autour d’elle, comme un être aimé. Les images prennent les reflets du jour ou de la nuit.

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Babayaga Pepperland réveille Épinal

Un peu plus loin, l’autre grand parcours visuel appartient à Babayaga Pepperland. Depuis le 15 mai, l’artiste spinalienne, affichiste des Imaginales 2026, se déploie dans la ville comme une rumeur : ses créatures surgissent sur les façades, les murs, les fenêtres murées et les surfaces oubliées…

L’univers de l’artiste se prête particulièrement à cette circulation. À travers le dessin et la narration visuelle, elle explore les mondes intérieurs, les identités fragmentées et les figures hybrides. Ses personnages semblent venir de très loin et de très près à la fois. Ils ont quelque chose de l’enfance, du conte, du rêve, mais aussi du trouble. Mi-humains, mi-symboliques, ils portent des yeux immenses, des masques, des capuchons, des silhouettes animales, des présences familières et inquiétantes.

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Dans les arcatures de la basilique, ses images prennent une force d’archétypes enfouis. Les colonnettes et les chapiteaux deviennent les cadres naturels d’un récit muet. Une jeune figure au capuchon rouge tient un animal blanc dans une végétation profonde. Un être rose aux yeux étoilés veille entre les pierres. Un renard rouge se penche vers son reflet. Une silhouette de dos regarde un paysage inférieur. Ailleurs, un petit personnage coiffé de bois se tient sur une tête, comme une pensée devenue créature.

Sur une façade, deux oiseaux noirs encadrent un visage. Sur une porte, une phrase incite : « Ne cherchez pas l’entrée ». De chaque côté, on complète, si l’on peut dire : « Certains disent qu’elle n’est jamais entrée ici » ; « D’autres jurent qu’elle n’est jamais partie ».

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Babayaga Pepperland formule elle-même l’enjeu de cette exposition : « Dans mes illustrations, je cherche à capturer l’invisible, ces mondes intérieurs qui coexistent avec le nôtre. L’alter ego devient alors une passerelle : un double, un miroir, un souffle d’autre chose. Mes créations explorent ces identités parallèles, ces facettes de nous-mêmes que l’on ne montre pas toujours. Chaque personnage, chaque univers, rues est un écho de l’intime, un jeu de reflets où l’on peut se perdre pour mieux se retrouver. À travers cette exposition Alter Ego, je vous invite à explorer vos propres doubles, en levant les yeux, en les baissant, à rencontrer ces “autres moi” qui nous accompagnent silencieusement. »

La déambulation est pensée comme un jeu de piste. Les pas des spectateurs sont guidés par des symboles peints au sol, comme une chasse au trésor. Il faut lever les yeux, ralentir, tourner une rue, longer un mur, observer une fenêtre, repérer une image là où l’on n’attendait qu’une façade. 

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Le chantier du siècle spinalien

La basilique Saint-Maurice est l’un des grands repères historiques d’Épinal. Une première église aurait été fondée vers l’an 980 par Thierry de Hamelant, évêque de Metz, marquant la fondation officielle de la cité. Le lieu établit ensuite sa fortune autour du pèlerinage voué aux reliques de saint Goëry, ramenées de Metz à Épinal. Trop petit, l’édifice est reconstruit au XIe siècle dans le style roman ottonien, avant de devenir, au XIIIe siècle, l’une des premières églises de Lorraine reconstruites dans le style gothique.

Son architecture conserve cette histoire longue et stratifiée : un premier édifice préroman, une nef gothique du XIIIe siècle, un chœur inspiré des cathédrales d’Île-de-France et de Champagne, et le monumental portail des Bourgeois, considéré comme l’un des plus remarquables de Lorraine. Jusqu’à la Révolution, la basilique fut partagée entre un chapitre de dames nobles dédié à saint Goëry et une paroisse placée sous le patronage de saint Maurice.

Le bâtiment entre aujourd’hui dans une nouvelle séquence. La restauration en cours est présentée comme le plus important chantier conduit depuis son classement parmi les Monuments historiques, en 1846. La première phase, prévue jusqu’en 2030, porte sur le clos et couvert, les parements extérieurs du chœur, ses chapelles et la sacristie. La première tranche concerne plus précisément les charpentes, la couverture, le nettoyage et le rejointoiement des parements extérieurs, le remplacement de pierres, la restitution de sculptures manquantes ou abîmées, ainsi que la restauration complète des vitraux les plus anciens, installés en 1846.

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La Ville d’Épinal parle d’un « chantier du siècle » pour cet emblème du centre historique. Une Maison du projet, installée au Centre culturel, à deux pas de la basilique, permet de suivre l’histoire de l’édifice et les étapes des travaux grâce à des documents historiques et des supports numériques. La souscription ouverte avec la Fondation du patrimoine doit soutenir une partie de cette première tranche. Aux Imaginales, un chapiteau raconte cette restauration. 

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Crédits photo : Basilique Saint-Maurice (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

DOSSIER – À Épinal, les Imaginales célèbrent 25 ans d’imaginaire

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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