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Mariya Gabriel : "Pour ne pas répéter l’erreur des réseaux sociaux, il faut une IA éthique"

Cette semaine, émission spéciale sur l’Intelligence Artificielle, avec le reportage de Luke Brown à travers toute l’Europe, commenté par Mariya Gabriel, sous-directrice générale de la communication et de l’information à l’UNESCO et ancienne Commissaire européenne au Numérique.

Mariya Gabriel, également ancienne vice-première ministre de Bulgarie, commence par rappeler que la liberté d’expression a baissé de 10 % depuis 2012, selon le dernier rapport de l’UNESCO : « Cela correspond à des moments très sombres de l’Histoire que nous avons connu. 63 % des journalistes exercent une forme d’autocensure afin d’éviter encore plus de problèmes et de représailles » (…) et 310 journalistes ont été tués entre 2022 et 2025, dont 163 dans des zones de guerre ». Mariya Gabriel insiste également sur les violences en ligne subis par les femmes journalistes, qui « a doublé en trois ans ».

« La désinformation paralyse les sociétés »

Mariya Gabriel veut renforcer la lutte contre la désinformation en ligne. « La désinformation érode la confiance et paralyse les sociétés. Elle peut être un vrai danger pour la santé publique. Aujourd’hui, avec l’Intelligence Artificielle, tous ces phénomènes sont amplifiés. L’approche de l’UNESCO est une approche équilibrée ».

Selon l’ancienne Commissaire Européenne à l’Innovation et à la Recherche, il faut doter l’ensemble des acteurs de l’écosystème numérique des outils et compétences nécessaires pour « ne pas perdre la capacité de communiquer et de créer ». Mariya Gabriel veut approfondir le travail avec les créateurs de contenus et prêter plus attention aux familles et aux parents : « Nous avons beaucoup parlé des jeunes, nous avons beaucoup parlé des enseignants. Aujourd’hui, ce sont les parents qui se sentent dépourvus. Ils ne savent pas ce qui se passe, ni comment les algorithmes influencent leurs enfants ».

Améliorer la compréhension de l’IA au sein des familles, mais aussi rendre plus efficace les services publics et le système judiciaire. « Parce qu’aujourd’hui, 44 % des juges et des procureurs disent qu’ils utilisent l’IA dans leur travail, mais seulement 9 % ont eu accès à une formation. Et c’est pour cela que l’UNESCO, ensemble avec l’Université d’Oxford, a publié un cours gratuit accessible pour tous en ligne sur l’intelligence artificielle, la justice et l’État de droit ».

« La souveraineté technologique est un élément clé »

Sous la pression américaine, la Commission Européenne a repoussé à juin l’annonce de son « paquet technologique » sur l’Intelligence Artificielle. Des textes qui encouragent le développement de solutions souveraines pour permettre aux Européens de reprendre le contrôle de leurs données, alors que les entreprises technologiques de la Silicon Valley entendent bien garder leur mainmise sur les infrastructures numériques européennes.

« Si la souveraineté est comprise comme la maîtrise des choix, oui, c’est un élément clé », indique l’ancienne Commissaire européenne à l’Economie et à la Société Numérique, qui rappelle que l’UNESCO a adopté en 2021 à l’unanimité le premier et seul cadre normatif sur l’éthique de l’IA. « Maintenant, il va falloir continuer la discussion parce que nous allons devoir parler des centres de données et de l’énergie qu’ils consomment (…) Nous devons parler aussi de la gouvernance des données (…) : on doit savoir quels sont les risques et comment protéger les données privées ». Pour elle, les compétences techniques ne suffisent plus, il faut « développer un esprit critique ».

« 9 enfants sur 10 utilisent l’IA pour avoir une conversation du quotidien »

Mariya Gabriel rappelle que « 9 enfants sur 10 utilisent l’intelligence artificielle pour avoir une conversation ‘de tous les jours’, et 1 enfant sur 2 donne des informations personnelles : si on ne veut pas reproduire l’erreur que nous avons fait avec les réseaux sociaux il y a 20 ans, nous devons tous nous unir pour que l’IA corresponde à des principes éthiques qui soient fondés sur les droits humains et qui soient durables ». Elle insiste sur la maitrise des données numériques, qui influencent le développement des algorithmes et doivent promouvoir des valeurs telles que « l’inclusivité, la non-discrimination, la responsabilité et la transparence ».

Notre reportage : la révolution technologique du siècle

L’intelligence artificielle (IA) est la révolution technologique la plus importante du siècle, elle risque d’impacter tous les aspects de la vie des Européens : des petites entreprises aux géants industriels, la course est lancée pour tirer parti de l’IA, tout en veillant à ce qu’elle ne nuise pas à nos sociétés.

Notre reporter s’est rendu dans une demi-douzaine de pays de l’UE pour découvrir les actions mises en place, depuis les initiatives d’éducation et de montée en compétences dans les zones rurales d’Irlande, jusqu’au secteur manufacturier, qui voit dans l’IA et les robots un moyen d’améliorer la productivité et de compenser la diminution de la main-d’œuvre.

Mais comment l’Europe compte-t-elle rattraper les leaders que sont les États-Unis et la Chine en matière d’infrastructure IA ? Nous visitons l’une des premières « Usines à IA » de l’UE au Luxembourg, ainsi que le supercalculateur Meluxina, qui fournit aux startups européennes la puissance de traitement nécessaire des données pour leurs modèles d’IA. En effet, la question de la souveraineté numérique européenne et de l’IA est devenue centrale, d’autant qu’une grande partie des infrastructures IA sont basées aux États-Unis. Cela pousse de nombreuses organisations européennes à repenser leur dépendance à l’égard de la Silicon Valley.

Le secteur de la création est aussi aux abois. Les artistes européens pèsent sur la scène internationale. Pour de nombreux musiciens, par exemple, l’IA peut être à la fois un outil au service de leur créativité et une menace, car elle permet à la musique générée par IA de capter des revenus sur les plateformes de streaming. Une vision partagée par le pionnier de la musique électronique Jean-Michel Jarre : « Ce qui différencie le chaos de la démocratie, c’est évidemment les règles. Nous les gens du monde de la création, on a droit à une part du gâteau, et donc il faut qu’on soit, considéré une fois pour toutes comme des vrais partenaires autour de la table des négociations. » 

Deux tiers des Européens estiment que l’IA peut améliorer la productivité au travail, mais 84 % pensent qu’elle nécessite une gestion rigoureuse. Trouver le juste équilibre entre innovation et régulation sera crucial pour l’UE.

 

Emission préparée par Georgina Robertson, Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Loïc Chalavon.


Source:

www.france24.com

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