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Les loups de Tchernobyl ont-ils muté pour survivre aux cancers?

Les humains ont déserté la région, mais pas les animaux. Des loups, des chiens, des grenouilles, des sangliers et des cerfs vivent aujourd’hui dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, loin des humains. Le périmètre de plus de 2.600 km2 autour du réacteur nucléaire, à cheval entre l’Ukraine et la Biélorussie, est peu à peu devenu un terrain de jeu privilégié pour les scientifiques s’intéressant aux effets à long terme des radiations ionisantes.

Le 26 avril 1986, au cours d’un test de sécurité, une série d’explosions détruit une partie de la centrale de Tchernobyl, expulse des radionucléides dans la nature et expose le cœur du réacteur à l’air libre. La catastrophe touche directement des centaines de milliers de personnes, poussées à l’évacuation. Elle laisse aussi derrière elle un environnement contaminé que les chercheurs du monde entier tentent toujours de comprendre 40 ans plus tard.

Parmi les champs de la recherche, la faune figure en bonne place. Comment peut-elle survivre à des niveaux de radioactivité si propices aux cancers? En 2014, une équipe de l’Université de Princeton (États-Unis) passe des colliers aux loups gris de Tchernobyl. Les dosimètres de rayonnement qui y sont attachés découvrent une exposition aux radiations six fois supérieure à la limite légale pour les êtres humains.

En mars 2026, une nouvelle équipe de Princeton, dirigée par la biologiste Cara Love, a publié une nouvelle étude dans la revue Molecular Ecology, dont Popular Mechanics se fait l’écho. Elle se concentre sur le stress induit par les radiations et la sélection potentielle vers l’immunité chez les loups de Tchernobyl.

Le papier confirme plusieurs spécificités de la zone d’exclusion: modification du système immunitaire, modulation génétique liée à la radioactivité, divergence accélérée sur les zones de l’ADN qui gèrent l’immunité et la protection contre le cancer. En d’autres termes, les loups de Tchernobyl portent des signaux immunitaires et génétiques adaptés à une vie sous l’effet d’un stress radioactif chronique. La publication ne prouve cependant pas que ces loups gris ont moins de cancers ou qu’ils n’en meurent plus du tout.

Les humains, pire fléau que les radiations

S’intéresser aux loups de la zone d’exclusion revêt un intérêt particulier car ils sont des superprédateurs et figurent tout en haut de la chaîne alimentaire. En temps normal, c’est la position rêvée, mais dans un écosystème dévasté par une catastrophe nucléaire, le superprédateur doit se nourrir de proies irradiées, ayant elles-mêmes mangé des plantes irradiées, qui ont poussé dans un sol irradié. Loin d’être idéal, donc.

Cara Love et ses collègues ont donc eu la surprise de voir que les loups n’étaient pas du tout au bord de l’extinction, malgré leurs repas irradiés. Mieux, leur population dans la zone d’exclusion s’avère sept fois plus dense que dans les zones de Biélorussie où ils sont une espèce protégée, juste à côté. Une toute nouvelle étude explique cette recrudescence des mammifères à Tchernobyl: il n’y a tout simplement pas d’humains.

Reste qu’abondance n’est pas adaptation. Il se peut que le nombre surprenant de loups dans la zone d’exclusion soit uniquement lié à l’espace qu’elle leur offre, aux proies qu’elle abrite et à l’absence de perturbations humaines. Cela ne signifie pas que les loups y sont en bonne santé. En revanche, on sait désormais que leurs gènes et leur système immunitaire semblent résilients à la radioactivité.

«Les loups gris nous permettent de mieux comprendre les conséquences d’une exposition chronique, à faible dose et sur plusieurs générations, aux rayonnements ionisants, s’enthousiasme la co-autrice de Princeton Shane Campbell-Stanton auprès de NPR. En tant que biologiste évolutionnaire, la première question que je me pose, c’est si ces radiations sont un facteur suffisant pour avoir un impact sur la sélection naturelle.»


Source:

www.slate.fr

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