L’évolution des Européens aurait accéléré ces derniers millénaires
Les chercheurs ont analysé l’ADN de 15.000 individus ayant vécu en Europe durant les 18.000 dernières années, en plus de ceux de 6.000 Européens modernes. Ainsi, ils ont identifié des millions de mutations génétiques, dont près de 500 sembleraient avoir été favorisées durant cette période. Cette évolution aurait accéléré avec l’avènement de l’agriculture et des sociétés sédentaires, probablement à cause des changements majeurs que ces transitions ont causés dans le style de vie et l’environnement des populations de l’époque. “Ce travail nous permet d’assigner un endroit et un temps aux forces qui nous ont façonnés”, résume dans un communiqué le généticien David Reich, directeur de l’étude.
La majorité de ces variants génétiques qui auraient été sélectionnés (62%) sont associés à des phénotypes connus, ce qui a permis aux chercheurs d’émettre des hypothèses sur les avantages évolutifs octroyés par chacune de ces mutations. Voici quelques-unes de leurs conclusions :
Le groupe sanguin B a été sélectionné aux dépens du groupe A
Les différents groupes sanguins, A, B et O, diffèrent dans les sucres que les globules rouges portent à leur surface. Ces différences rendent ces cellules plus ou moins résistantes à certains agents pathogènes. Et il semblerait que la résistance due au groupe B a été bénéfique il y a quelques millénaires, puisque sa proportion dans les populations européennes a augmenté très rapidement : ce groupe, qui était presque absent en Europe, est passé à environ 10 % de la population en à peine 6.000 ans.
Cette augmentation est corrélée à une chute proportionnelle du groupe A, ce qui suggère que l’exposition à des pathogènes aurait changé à la faveur de la protection liée au groupe B (qui permet de mieux réagir contre le choléra, par exemple).
La susceptibilité à la tuberculose a varié avec le temps
Une mutation reconnue pour son rôle dans la tuberculose (les porteurs de deux copies de cette mutation ont une très haute probabilité d’avoir cette maladie infectieuse) a été défavorisée durant les trois derniers millénaires. Elle était présente chez 9 % des Européens il y a 3.000 ans, et désormais, c’est seulement le cas de 3 % des habitants du continent.
Mais cette sélection négative est récente, car la mutation a au contraire bénéficié d’une sélection positive avant cela, passant d’environ 0 % il y a 9.000 ans à 9 % il y a 3.000 ans. Il est probable que cette mutation aujourd’hui nuisible était auparavant protectrice contre un autre pathogène, davantage répandu durant la préhistoire.
Une plus grande protection contre le VIH… par ricochet
La délétion CCR5-Δ32, qui confère une résistance reconnue contre le virus responsable du Sida (le VIH), était présente chez 2 % des Européens il y a 6.000 ans. Quatre millénaires plus tard, cette proportion a été multipliée par quatre et est passée à 8 %. Cependant, cette maladie est devenue un problème majeur pour l’humanité seulement le siècle dernier. Cette sélection positive n’est donc pas due au VIH. Les auteurs avancent qu’elle aurait aussi été protectrice contre les bactéries du genre Yersinia (dont Yersinia pestis, qui cause la peste), devenues endémiques dans le continent il y a environ 5.000 ans.
Moins de calvitie chez les hommes
Une mutation associée à la calvitie a diminué fortement en Europe depuis 7.000 années : présente chez environ la moitié des hommes à l’époque, elle ne concerne que 20 % des Européens modernes. Mais il est difficile de conclure sur cet effet de sélection, car il est possible qu’en plus de la perte de cheveux, elle puisse être impliquée dans d’autres processus.
Le blanchissement de la peau aurait favorisé la synthèse de vitamine D
Plusieurs mutations associées à des peaux plus claires ont été sélectionnées positivement depuis l’avènement de l’agriculture et l’élevage de bétail. Il est possible que cela soit dû à une alimentation moins riche en vitamine D, par exemple à cause d’une moindre consommation de poisson au profit de la viande rouge. L’éclaircissement de la peau aurait ainsi pallié ce manque en optimisant la synthèse de cette vitamine grâce à l’exposition au soleil.
Source:
www.sciencesetavenir.fr


