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L'aluminium, une matière première critique ?

Le risque de pénurie d’aluminium est bien réel et préoccupe les industriels européens. Déjà son prix a flambé de 25 % en 6 mois. Sur le marché londonien, son cours est passé de 2800 dollars la tonne en décembre 2025 à 3600 dollars ce mois de mai et la banque américaine J.P. Morgan estime que les prix pourraient encore monter jusqu’à 4000 dollars la tonne d’ici la fin de l’année en raison d’une chute de l’offre sur le marché.

Il faut dire que la production mondiale d’aluminium est fortement perturbée par la guerre au Moyen-Orient. Deux sites majeurs de production aux Émirats arabes unis et au Bahreïn ont été bombardés en mars dernier interrompant une partie de leurs activités qui représentent 9 % de la production mondiale. À ces destructions matérielles s’ajoutent des complications logistiques et énergétiques. Car le détroit d’Ormuz est un point de passage vital pour l’importation de l’alumine et la bauxite nécessaires aux fonderies du Golfe, qui ne disposent généralement que de trois à quatre semaines de stocks.

La Chine, qui représente 60% de la production mondiale, ne viendra pas compenser le déficit de production du Moyen-Orient car l’aluminium a besoin de beaucoup d’énergie pour être fondu et Pékin a instauré un plafond de capacité autour de 45 millions de tonnes.

Les États-Unis sont aussi producteurs, mais l’administration Trump, qui a porté les droits de douane à 50 %, sécurise son marché intérieur.

Quant à la Russie, l’UE a inclus l’aluminium primaire russe dans son 16ᵉ paquet de sanctions Reste alors pour notre approvisionnement le Canada, la Norvège et l’Islande, mais qui, à eux trois, ne remplaceront pas la production du Moyen-Orient.

Vulnérabilité de l’Europe

La France tient une place particulière, elle a gardé sur son territoire une capacité industrielle de fabrication d’aluminium primaire avec ses deux usines d’électrolyse et fonderies d’Aluminium Dunkerque et Trimet Saint-Jean-de-Maurienne, la première adossée à une centrale nucléaire, la seconde à un barrage hydroélectrique. La production nationale couvre seulement 50 % des besoins de notre industrie. Tout le reste est importé, comme c’est le cas pour les autres pays de l’UE dépendants à 80 % des importations.

Or l’aluminium est indispensable dans de nombreuses filières industrielles : l’aéronautique, l’automobile, l’électronique, l’emballage, la construction. Et toute la transition énergétique est assise sur l’aluminium : les panneaux solaires, les câbles longues distances, les bornes électriques, les voitures électriques, bref la demande va aller grandissante et les tensions sur le marché vont devenir structurelles. Les économistes alertent sur un possible basculement historique : l’aluminium ne serait plus perçu comme une ressource abondante mais devrait être traité dans une logique de rareté régionale comme l’explique Lionel Bousquet, directeur associé au cabinet Efeso Management Consultants : « L’aluminium était jusqu’à présent une matière première abondante et facilement disponible, c’est en train de devenir une matière stratégique, voire critique. »

Recycler ce métal prend alors tout son sens. Mais cette réponse reste contrainte à la disponibilité des déchets métalliques, or nous les exportons majoritairement vers la Chine ! Nos capacités de recyclage sont en retard et notre taux de collecte est très bas en France. Par exemple, seulement 1 canette de boisson sur 4 finit dans le bac jaune et repart dans la boucle selon l’Ademe. À en croire les économistes, l’aluminium est en passe de devenir un métal bien plus précieux qu’on ne le croit et les augmentations de prix se feront bientôt sentir sur les consommateurs.


Source:

www.radiofrance.fr

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