Le plus ancien poème anglais refait surface dans un manuscrit oublié

Le manuscrit, conservé sous le nom de « Vitt. Em. 1452 », contient une copie de l’Historia ecclesiastica gentis Anglorum de Bède, moine et historien anglo-saxon du VIIIe siècle. Le Caedmon’s Hymn y apparaît en vieil anglais dans le corps même du texte latin. Cette disposition le distingue des deux témoins plus anciens connus, où la version en vieil anglais figure en marge ou à la fin du manuscrit.

Le poème compte neuf vers consacrés à la création du monde. Bède l’attribue à Caedmon, un travailleur agricole lié à l’abbaye de Whitby, dans le Yorkshire du Nord. Le texte a été transmis dans certaines copies de l’histoire ecclésiastique de Bède, rédigée en latin au VIIIe siècle.

Selon l’étude de Early Medieval England and its Neighbours, la copie romaine est le plus ancien exemple connu d’une version en vieil anglais du poème intégrée directement dans le texte latin. Elle est aussi le plus ancien témoin conservé de la recension northumbrienne dite eordu. 

Une redécouverte rendue possible par la numérisation

Le manuscrit avait été considéré comme perdu ou mal localisé dans une partie de la bibliographie consacrée à Bède. Elisabetta Magnanti a repéré des références contradictoires à son sujet, avant que son existence soit confirmée par la bibliothèque romaine. Une fois le document numérisé, les chercheurs ont pu reconnaître la présence du Caedmon’s Hymn dans le manuscrit.

Le volume a connu une histoire complexe avant d’entrer dans les collections romaines. Produit à Nonantola, il est passé par Rome, puis par plusieurs collections privées, avant d’être acquis par l’État italien et conservé à la Bibliothèque nationale centrale. Cette trajectoire explique en partie les incertitudes qui ont entouré son identification.

Pour les chercheurs, l’intérêt du manuscrit tient moins à la découverte d’un texte inconnu qu’à sa place dans la transmission du poème. La copie romaine apporte un témoin ancien, précisément situé, d’un texte en vieil anglais inséré dans une œuvre latine. Elle complète donc, en tout cas pour le moment, le dossier des premiers témoins du Caedmon’s Hymn et de la circulation du vieil anglais au début du Moyen Âge. 

Crédits photo : Folio 129r, Oxford, Bodleian Library, MS Hatton 43 (Bede, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, avec l’Hymne de Cædmon en marge inférieure) — Bodleian Libraries, University of Oxford (CC BY-SA 4.0)

Par Ewen BertonContact : eb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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