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« Votre femme ne sentira rien » : l’économie souterraine des violeurs en ligne, de Telegram à Cocoland

Après le procès Pelicot, une enquête de CNN révèle que les réseaux de soumission chimique ont proliféré en ligne. Des groupes Telegram aux sites hébergeant des dizaines de milliers de vidéos d’agressions, en passant par la renaissance de Coco.gg sous un nouveau nom, les plateformes peinent à endiguer le phénomène.

[Mise à jour le 28 avril 2026 à 18h01 : Comme nous le rapportions dès le 20 avril, le retour du site Coco sous le nom Cocoland.cc n’est pas passé inaperçu. Le 28 avril 2026, le parquet de Paris a confirmé l’ouverture d’une enquête sur la réouverture de la plateforme, confiée à l’unité nationale cyber de la gendarmerie nationale. Cette annonce intervient après que la haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry avait publiquement alerté mi-avril sur le retour du site, et après le passage du sujet au 20 heures de France 2. une reconnaissance officielle qui valide ce que nous documentions ici : loin de disparaître, ces réseaux s’adaptent et renaissent de leurs cendres.]

Le 17 avril 2026, Ouest-France révélait que Coco.gg, le site de tchat fermé après le procès Pelicot et impliqué dans 23 051 procédures judiciaires, avait resurgi sous le nom Cocoland.cc avec la même interface et le même fonctionnement anonyme. Ce retour illustre une réalité documentée par une enquête approfondie de CNN : loin de disparaître, les réseaux en ligne organisés autour de la soumission chimique ont proliféré depuis 2024.

Des groupes Telegram aux sites de tchat

Sur Telegram, des groupes comme « Zzz » servaient de lieu d’échange entre membres : conseils sur les dosages de sédatifs, partage de vidéos, organisation d’agressions. Le groupe a depuis été retiré de la plateforme, mais d’autres persistent.

Ce n’est pas la première fois que de tels réseaux sont mis en lumière : en décembre 2024, des journalistes allemands du collectif STRG_F avaient déjà exposé un groupe Telegram de 70 000 membres s’échangeant des conseils de soumission chimique et des vidéos d’agressions.

Le phénomène touche aussi directement la France. En juin 2024, le site de tchat Coco.gg, utilisé par Dominique Pelicot pour recruter ses complices, avait été fermé sur décision du parquet de Paris. Son fondateur, Isaac Steidl, a été mis en examen en janvier 2025 pour proxénétisme aggravé, pédopornographie et corruption de mineurs. Mais le retour de Cocoland.cc a immédiatement provoqué la réaction de la haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry :

« Ce ne sont pas des lieux anodins. Ils cherchent des proies. Des procédures sont lancées, on les traquera. »

Un modèle économique autour de l’agression

Au-delà des frontières françaises, l’enquête de CNN documente une véritable économie souterraine à l’échelle mondiale. Selon ce média, le site Motherless.com, qui revendique environ 62 millions de visites en février 2026, héberge plus de 20 000 vidéos de contenu dit « sleep » : des femmes endormies ou sédatées, filmées à leur insu. Certains utilisateurs vendaient des livestreams d’agressions en direct pour 20 dollars par spectateur, payables en cryptomonnaie. D’autres commercialisaient des « liquides soporifiques » expédiés pour 150 € la bouteille, avec la promesse que « votre femme ne sentira rien et ne se souviendra de rien ».

L’affaire « Piotr », un homme en Pologne arrêté début avril 2026 pour viol aggravé après avoir échangé ouvertement dans ces groupes, illustre comment ces réseaux basculent dans le monde réel. Il risque jusqu’à 20 ans de prison s’il est reconnu coupable.

Des plateformes peu sanctionnées, une loi insuffisante

La députée française Sandrine Josso, droguée à son insu en novembre 2023 par l’ex-sénateur Joël Guerriau (condamné à quatre ans de prison dont dix-huit mois ferme en janvier 2026), a qualifié ces groupes d’« académies du viol en ligne, où toutes les matières nécessaires pour devenir un bon violeur sont enseignées ». C’est pourtant cette réalité que les plateformes peinent à reconnaître.

Telegram affirme retirer les contenus qui « encouragent la violence sexuelle » dès leur détection, grâce à des outils d’IA et à la modération humaine. Mais pour des millions de vues et des dizaines de milliers de vidéos, la réponse reste largement insuffisante selon les experts. Le régulateur britannique Ofcom a infligé une amende à la société mère de Motherless en février 2026, non pas pour les contenus hébergés, mais pour absence de contrôle de l’âge. Le site bénéficie en effet des protections légales américaines de type safe harbor, qui exemptent les plateformes de toute responsabilité directe pour les contenus uploadés par leurs utilisateurs. La résurgence de Cocoland.cc illustre le même problème structurel : fermer une plateforme ne fait que déplacer le problème.

Ce que dit la loi sur la soumission chimique

Droguer quelqu’un pour le violer ou l’agresser sexuellement est qualifié de soumission chimique. En France, ce crime est passible de 20 ans de réclusion criminelle, portés à 30 ans en cas de circonstances aggravantes. Les substances les plus souvent utilisées (GHB, Rohypnol, zolpidem) peuvent quitter l’organisme en quelques heures, rendant les poursuites judiciaires particulièrement difficiles à engager.

Si vous êtes victime de violences, le numéro national d’écoute est le 3919 (gratuit, 24h/24). En cas de danger immédiat, composez le 17.

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Source:

www.01net.com

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