Dans un texte d’intervention, deux éditeurs de Syllepse, Patrick Le Tréhondat et Patrick Silberstein, associés à Michel Lanson pour le Réseau Bastille – parmi d’autres –, proposent une lecture politique de la crise Grasset. Ils articulent soutien aux autrices et auteurs mobilisés et réflexion juridique, en avançant un projet de loi visant à soustraire la maison d’édition à une logique de concentration idéologique.
Une pluralité à préserver
Le « coup d’État » littéraire de Vincent Bolloré contre Olivier Nora, PDG des éditions Grasset, marque un nouvel élargissement de la zone de contrôle de l’extrême droite sur les moyens de communication et les lieux de production culturelle.
La révolte de 250 de ses auteur·trices qui ont décidé de quitter Grasset et qui refusent « d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias », doit être saluée et soutenue. Elle participe à la lutte anti-fasciste et est au centre d’une bataille démocratique.
De leur côté, pressentant de nouveaux vents mauvais à venir, 300 auteur-trices demandent la création d’une « clause de conscience » dans l’édition.« Le licenciement par Vincent Bolloré du PDG des éditions Grasset, Olivier Nora, est le révélateur d’une évolution à laquelle notre droit ne sait pas faire face. Le groupe dont relèvent Hachette et Grasset forme désormais un ensemble cohérent de médias, d’éditeurs et de plateformes dont l’orientation idéologique est identifiée dans le débat public.
Cette évolution assumée ne trouve aucune traduction dans le droit du travail ni dans celui des auteurs », expliquent-ils-elles. Ils et elles méritent également notre soutien. La gauche devrait immédiatement et haut et fort s’engager dans ce soutien. Et devrait également faire des propositions.
Dans l’immédiat, nous soumettons à la discussion un autre avenir possible pour les éditions Grasset afin qu’elles ne sombrent pas dans un marécage brun. Nous pensons aussi aux salarié·es, à leurs conditions de travail et leur sombre avenir sous la férule du milliardaire conservateur.
Projet de loi visant sa mise en coopérative afin de préserver le pluralisme démocratique de l’édition française
Exposé des motifs
La mainmise par le groupe Bolloré sur les éditions Grasset constituant une menace pour le pluralisme démocratique de la société, la diversité culturelle, sa réappropriation sociale est donc une mesure nécessaire, proportionnée et conforme au droit, au regard de l’intérêt général impératif lié à la démocratie.
Dispositions
Sont transférés la collectivité, à compter de la promulgation de la présente loi, les biens corporels et constituant les éléments d’actif des entreprises ci-après énumérées et les moyens de tous ordres ayant servi au fonctionnement de la société des éditions Grasset.
Est créée à compter de la promulgation de la présente loi une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) composée de représentants :
• des auteur(e)s
• des salarié(e)s
• des représentant(e)s de diverses institutions relevant de la culture et de la diffusion des idées.
Mardi 21 avril 2023
Le Réseau Bastille constitue un espace de réflexion et de publication engagé, structuré autour d’analyses politiques, sociales et culturelles critiques. Il fédère chercheurs, éditeurs et militants, et diffuse tribunes, essais et prises de position, notamment sur les questions démocratiques et les rapports entre culture et pouvoir.
Les Éditions Syllepse, fondées en 1988, s’inscrivent dans cette même tradition intellectuelle. Maison indépendante, elles publient des ouvrages en sciences humaines, en histoire sociale et politique, ainsi que des textes critiques portant sur les mouvements sociaux, les idéologies contemporaines et les transformations du monde éditorial. Leur catalogue revendique une ligne éditoriale engagée, attentive aux enjeux de pluralisme et de diffusion des idées.
Crédits photo : JillWellington CC 0
DOSSIER – Olivier Nora évincé : ce que cache vraiment son départ de Grasset
Par Auteur invitéContact : contact@actualitte.com
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