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Après la Fête, le quotidien des librairies reprend ses droits

À cette occasion, un ouvrage, tiré à plus de 27.000 exemplaires en partenariat avec Gallimard – Umberto Saba, poète et libraire à Trieste – sera offert aux clients par les librairies participantes. Le constat reste contrasté. Partout en France, les initiatives se multiplient pour attirer les lecteurs, mais les inquiétudes demeurent dans un contexte économique tendu et de fréquentation en baisse. 

« Les temps sont durs »

Dans les librairies, le principal levier reste le lien avec les lecteurs. À Aurillac, dans le Cantal, une libraire résume ainsi ce qui distingue ces commerces : « Notre différence et notre richesse, c’est l’humain, c’est nous. Il y a le conseil du libraire, l’échange avec les clients », explique Sandrine Lebreton. « Elles connaissent mes goûts. Je passe commande et je les reçois rapidement. On peut échanger dessus », témoigne de son côté un habitué.

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À Vif, en Isère, Marina Bonnet incarne cette approche personnalisée à la tête de la librairie L’Esprit Vif. Dans ses 40 m² et ses 7000 références, elle revendique une connaissance fine de sa clientèle, privilégiant la recommandation à la mise en avant des best-sellers.

Derrière cette vitalité, les équilibres restent précaires. « Les temps sont durs », alerte Marie-Rose Guarnieri, à l’origine de la Fête de la librairie indépendante. Elle évoque une fréquentation en baisse depuis le début de l’année et prévient : « Un certain nombre d’entre elles ne savent pas si elles vont passer l’année. »

Les libraires pointent une concurrence multiple : grandes surfaces culturelles, vente en ligne, mais aussi développement du marché de l’occasion. Dans ce contexte, maintenir une activité rentable devient un exercice délicat.

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Vigilance face aux évolutions du secteur

À ces difficultés économiques s’ajoutent des inquiétudes sur l’évolution du paysage éditorial. En Saône-et-Loire, l’éviction d’Olivier Nora chez Grasset a suscité des réactions. Évelyne Levallois, de la librairie La Promesse de l’Aube à Autun, estime ainsi : « Ce n’est pas une bonne nouvelle. On entre dans une ère du soupçon. »

« Si la ligne éditoriale change complètement, […] le catalogue Grasset, c’est quelque chose qu’on aura beaucoup moins en librairie », explique de son côté Nolwenn Gadon, cogérante de la Petite Librairie de la gare, à Nantes.

Pour autant, les professionnels insistent sur une approche au cas par cas : « Ce qu’on veut défendre, c’est l’auteur », souligne-t-elle, refusant d’écarter certains textes pour des raisons purement éditoriales. Même position chez Clara Da Silva, de la librairie Maison Marguerite : « On va être attentif […] et après bye bye », indique-t-elle, tout en revendiquant le droit de choisir ses ouvrages.

Les libraires revendiquent leur rôle de prescripteurs, souvent orienté vers des catalogues moins visibles : « On fonctionne au coup de cœur… On défend les auteurs avant tout », explique Benjamin Touillon, de la librairie De deux choses Lune à Montceau-les-Mines.

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Face à ces défis, les librairies multiplient les initiatives. La Fête des librairies indépendantes en est un exemple. Au quotidien, les actions se diversifient : rencontres d’auteurs, ateliers, événements locaux. Marina Bonnet organise une vingtaine de rencontres par an et multiplie les idées pour faire vivre son espace : « Il faut tout faire pour sortir le livre des lieux poussiéreux où il est souvent relégué », affirme-t-elle. « Il est vital de ne pas déserter ces librairies », insiste plus généralement Marie-Rose Guarnieri.

Certains parlent même d’un engagement plus large : « Venir dans une librairie indépendante est un acte politique », souligne Élise Guichoux, gérante de la librairie Le Phare de Terre, à Aurillac. Dans le sillage de la Fête des librairies indépendantes, l’actualité du secteur ne se limite pas aux inquiétudes : elle se traduit aussi par de nouvelles ouvertures. 

Des ouvertures qui redynamisent les centres-villes

À Carpentras, dans le Vaucluse, la librairie Le Maquis a ouvert mi-avril en centre-ville, au 2 rue Galonne. Son fondateur, Florian Collet, ancien agent territorial, y propose des livres et vinyles de seconde main à prix accessibles, de 1 à 15 euros. L’objectif est clairement affiché : permettre à tous, y compris les publics les plus précaires, d’accéder au livre. 

À Pau, un nouveau lieu également a ouvert rue Guichenné, prenant la place d’une ancienne pharmacie. Baptisée L’Oiseau rare, cette librairie-galerie mêle livres et exposition artistique. À Bernay, dans l’Eure, la librairie de l’Hôtel de ville, commerce historique fondé au XIXe siècle, s’est récemment dotée d’une nouvelle enseigne.

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Les gérants, Régis et Élisabeth Barillère, ont remplacé les anciennes lettres gothiques après un projet longtemps repoussé en raison de contraintes administratives. Située en zone protégée, la boutique a nécessité un dossier validé par l’Architecte des bâtiments de France. Réalisée par l’entreprise locale Urban Connect, la nouvelle enseigne s’inspire notamment de l’abbatiale voisine, avec des motifs de vitraux aux couleurs Arlequin.

D’un coût d’environ 3000 €, cet investissement semble porter ses fruits : les clients saluent le changement et la fréquentation est en légère hausse. Les gérants regrettent toutefois l’absence d’aides financières spécifiques pour ce type de projet.

Un maillage territorial en renouvellement continu

À Chalon-sur-Saône, la librairie d’occasion Calliope & Bergamote a ouvert récemment rue Pasteur, portée par Joëlle Canciani. Après une quinzaine d’années dans l’insertion, elle concrétise un projet de reconversion autour du livre.

Le lieu se veut à la fois librairie et espace de convivialité, proposant aussi thé, café et animations. L’offre se concentre sur des ouvrages récents, avec des prix à partir de 1 euro, incluant notamment grands caractères et littérature érotique. Le projet a bénéficié du soutien de la CCI, de l’APEC et du Studio Pénélope, ainsi que de l’accompagnement du libraire Christophe Reynaud. Ouverte du mercredi au samedi, la boutique entend devenir un lieu de vie culturel accessible à tous.

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Une nouvelle librairie s’est installée avenue Foch à Saint-Genest-Malifaux (Loire), portée par une professionnelle qui met en avant le conseil personnalisé et les services aux clients. Le projet repose sur une relation de proximité avec les lecteurs, avec une attention particulière portée à l’accompagnement dans le choix des ouvrages. La libraire entend proposer une offre adaptée aux attentes locales, en misant sur l’échange et la recommandation.

L’objectif est de redynamiser le quartier tout en répondant à une demande de conseils que ne proposent pas toujours les grandes enseignes. Ce type d’installation s’inscrit dans un contexte de renouvellement du tissu des librairies indépendantes.

Une offre large pour tous publics

À Carentan (Manche), Emmanuel Vial ouvrira au printemps 2026 une nouvelle librairie-papeterie baptisée Rayon, en lieu et place de l’ancienne Maison de la presse, place de la République. Associé à son épouse Anne-Laure, il poursuit ainsi son implantation dans le Cotentin après une première librairie à Beaumont-Hague. Le magasin, d’une surface de 130 m², proposera plus de 10.000 références, couvrant littérature, histoire, régionalisme, jeunesse ou encore sciences humaines. 

L’équipe, composée notamment de Véronique Boyer et Morgane Grégoire, entend accueillir tous les publics et offrir un service de commande pour les ouvrages non disponibles. Une partie du lieu sera dédiée à la papeterie et aux cartes postales. Les fondateurs souhaitent en faire un espace de vie, avec rencontres, ateliers et partenariats locaux. 

À Monistrol-sur-Loire, en Haute-Loire, Dorothée Souvignet a ouvert début avril le café-librairie K Fée Lecture, place de la Fontaine, derrière l’église. Après vingt ans dans l’industrie plastique, elle se reconvertit pour créer un lieu dédié à la lecture et à la convivialité. L’établissement propose des livres neufs, une offre de boissons (thé, café, sirops) et des animations régulières comme ateliers d’écriture, clubs de lecture ou rencontres d’auteurs.

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Des produits artisanaux fabriqués en France y sont également vendus. Les clients peuvent aussi commander des ouvrages. La boutique est ouverte du lundi au samedi, avec des horaires étendus en semaine.

Le danger Cultura

À Alès, dans le Gard, l’ouverture d’un magasin Cultura sur la rocade, le 24 avril, relance les inquiétudes pour les librairies du centre-ville. La librairie Sauramps, déjà fragilisée, voit son offre se réduire, avec des rayons partiellement vides. Si la direction ne souhaite pas commenter, certains acteurs locaux redoutent un impact économique.

Pour Sylvain Cérène (Alès BD), Cultura capte une clientèle de passage, différente mais concurrente sur certains achats. Les librairies indépendantes misent sur leur expertise, le conseil et leur ancrage local pour se différencier. Le maire, Christophe Rivenq, estime toutefois que les difficultés tiennent d’abord à la baisse globale de la lecture. Il défend un équilibre entre centre-ville et périphérie, tandis que Cultura met en avant une offre culturelle accessible. L’enseigne emploie une quinzaine de personnes.

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À Nolay, en Côte-d’Or, la librairie-papeterie Les petits bonheurs de Nataline s’apprête à fermer ses portes fin avril, après quatre années d’activité. Sa propriétaire, Bérangère Leverdez, évoque une décision difficile malgré un démarrage encourageant. Située rue de la République, la boutique proposait livres, papeterie, cadeaux et animations.

Un déstockage est en cours avant la fermeture, avec l’espoir de trouver un repreneur ou un nouveau locataire. Cette fermeture intervient après celle d’une autre librairie à Nuits-Saint-Georges quelques mois plus tôt. La gérante dit vouloir rebondir, malgré la fin de l’aventure.

Patti Smith enfin, auprès de Libération, explique qu’après la sortie de son album Horses, elle pensait simplement revenir à une vie plus discrète, centrée sur l’écriture et le travail en librairie. Elle rappelle qu’elle se voyait avant tout comme poète et autrice, le rock n’étant au départ qu’un prolongement de cette démarche. Le succès de l’album a finalement bouleversé ce projet, l’emmenant vers une carrière musicale qu’elle n’avait pas anticipée.

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Au fond, cette aspiration à la librairie, évoquée par Patti Smith, dit quelque chose de plus large sur le secteur. Les librairies continuent d’incarner un espace singulier dans le paysage culturel : un point d’ancrage, souvent discret, mais toujours essentiel.

Crédits photo : ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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