C’était un matin comme un autre. A 7 h 30, ce 26 avril 1986, Halyna Kharchenko, 31 ans, embrasse ses deux enfants, quitte son appartement de Pripiat, dans la région de Kiev, et se rend à son travail à la centrale nucléaire de Tchernobyl, à 3 kilomètres de là. Sa rotation doit durer trois jours, comme d’habitude. Personne ne lui a dit de ne pas venir. Elle sait juste qu’il y a eu un accident sur le site pendant la nuit, sans plus de détail.
En arrivant sur place, la jeune Ukrainienne, spécialiste de laboratoire en analyse chimique, est saisie : des hélicoptères survolent le réacteur n° 4, éventré, d’où s’échappent d’immenses flammes ; des pompiers courent en tous sens ; des gens sont transportés sur des civières, puis évacués dans des ambulances, direction Kiev et Moscou. « C’était le chaos, raconte-t-elle. L’unité n° 4 ressemblait à un haut-fourneau, tout semblait craquer et fondre à l’intérieur. »
L’explosion du réacteur s’est produite quelques heures plus tôt, à 1 h 23, provoquant la pire catastrophe nucléaire de l’histoire. Le nuage radioactif, invisible, s’élève à 10 000 mètres d’altitude. Des bottes en caoutchouc sont distribuées à l’équipe d’analystes chimiques – en essayant d’éteindre l’incendie, l’eau, contaminée, se répand partout – ainsi que des dosimètres pour mesurer le taux de radiation. Sur le sien, Halyna voit le chiffre grimper à 182 rem, plus de vingt fois le seuil maximal autorisé. Elle s’installe à son poste sans sourciller.
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