Opposée à l’installation de cette enseigne de sa commune et l’accusant d’irrégularités, la municipalité a fait installer des blocs de béton devant l’établissement. La justice a ordonné leur retrait, mais la Ville n’a pas dit son dernier mot.
Publié le 24/04/2026 16:16
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Prise de bec à Saint-Ouen. La commune de Seine-Saint-Denis dirigée par le maire socialiste Karim Bouamrane, fraîchement réélu, a engagé une « bataille juridique » contre l’enseigne de restauration rapide Master Poulet, à la mi-avril, à la suite de l’ouverture d’un restaurant jugé indésirable à la sortie d’une station de métro de cette ville voisine de Paris. Après avoir condamné les accès à l’établissement, la municipalité a été contrainte par la justice de retirer les blocs de béton et les grilles qu’elle avait installés. L’entreprise et la Ville planchent toutes deux sur de nouvelles actions judiciaires. Franceinfo vous raconte ce bras de fer rocambolesque, qui fait le bonheur des réseaux sociaux.
1 La mairie bloque l’accès au Master Poulet avec du béton
Trois jours après avoir servi ses premiers poulets grillés, l’établissement de la rue Albert Dhalenne s’est vu contraint de fermer « en raison d’une ouverture réalisée sans autorisation préalable », a annoncé la mairie de Saint-Ouen, le 14 avril. La municipalité avait en outre « fermement refusé l’implantation » de « ce type d’activité », jugée contraire aux ambitions de « qualité de vie » portées par la Ville, selon elle.
« Il aurait été appréciable que les propriétaires de Master Poulet acceptent la rencontre avec la municipalité pour au moins exposer leur projet. »
Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouensur ses comptes Instagram et TikTok
Sans se contenter d’une simple fermeture, la mairie a aussitôt installé des blocs de béton et des grilles devant le restaurant, situé en plein centre-ville, à proximité immédiate de la station de métro Mairie de Saint-Ouen. « C’est quoi ces méthodes de cow-boy ? C’est de l’abus de pouvoir », s’est indigné le gérant de l’établissement, auprès du site Actu. « Ca fait deux ans qu’on est attendus », a-t-il défendu. Selon le gérant, le local était déjà destiné à la restauration et n’avait donc « pas besoin d’autorisation » supplémentaire. Seule une demande d’enseigne, nécessaire pour « mettre notre logo sur la devanture », a été déposée en mairie, le 24 mars, sans retour de la collectivité, selon lui.
2 Accusée de « corruption », la mairie porte plainte
Sitôt le commerce fermé, « des banderoles comportant des propos diffamatoires à l’encontre de la Ville ont été apposées sur la devanture du local », a dénoncé la municipalité. « En conséquence, une plainte a été déposée. » Des photos prises le jour même montrent des affiches accusatrices, non signées, accrochées au restaurant : « Comment les mairies attribuent-elles les locaux ? » et « #MasterPoulet contre la corruption. A suivre… » En parallèle, le restaurant poursuit ses ventes en utilisant une porte annexe, avant que l’ensemble de l’établissement soit finalement barricadé.
3 La justice ordonne la réouverture du restaurant
Le 18 avril, Master Poulet a annoncé avoir « obtenu gain de cause en urgence » devant le tribunal administratif de Montreuil, qui a jugé que « la décision d’emmurer le commerce est manifestement illégale ». « La mairie est condamnée à retirer sous 48 heures tous les blocs de béton qu’elle a illégalement installés », a écrit l’enseigne, dans un communiqué placardé à l’extérieur de l’enseigne. L’équipe du restaurant avait saisi la justice pour mise en danger d’autrui et séquestration, les dernières entrées du commerce ayant été obstruées alors que « trois employés se trouvaient à l’intérieur », selon elle.
4 Le maire retire les blocs de béton, mais promet un « prochain épisode »
Mercredi, l’avocat de Master Poulet, Sefen Guez Guez a publié sur X des images montrant des ouvriers procédant au retrait des grilles installées autour du restaurant.
A la mi-journée, la vente à emporter avait déjà repris, attirant certains clients s’amusant d' »une belle pub » pour l’enseigne, selon Le Parisien. « On a dû enlever les blocs de béton, mais eux renoncent à la terrasse aménagée sans autorisation », a positivé un proche du maire socialiste auprès du Parisien. « Nous allons utiliser tous les leviers pour obtenir la fermeture », a promis la municipalité, affirmant que « la malbouffe n’a pas sa place à Saint-Ouen » et que Master Poulet « va à l’encontre de [son] projet de commerces de qualité ».
Dans une vidéo publiée jeudi sur Instagram, Karim Bouamrane concède un « Bien joué » à Master Poulet, devant une nouvelle banderole déployée sur la façade du restaurant accompagnant sa réouverture d’un « N’en déplaise à Karim… ». Et le maire, qui a saisi la justice pour pouvoir infliger des astreintes jusqu’au démantèlement de la terrasse, de conclure : « Rendez-vous au prochain épisode. »
Vendredi, nouveau rebondissement : en lieu et place des blocs de béton, ce sont de gros pots de fleurs contenant des palmiers qui sont déposés devant le fast-food. Et qui dégageraient une odeur nauséabonde, décrite comme « fécaloïde » par un huissier, selon l’avocat de Master Poulet.
De son côté, l’entreprise réfléchit à des suites judiciaires pour compenser ce qu’elle décrit comme un « préjudice financier énorme et la perte d’au moins 25 000 euros de marchandise », selon Le Parisien.
Source:
www.franceinfo.fr


