L’Europe est en train de vivre une hausse rapide et alarmante des impacts sanitaires du changement climatique. C’est le message principal du troisième rapport délivré le 22 avril 2026 sous l’égide de la revue médicale anglaise The Lancet par 65 auteurs scientifiques provenant de 46 institutions dont l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) pour la France. « Nous disposons désormais de 43 indicateurs sanitaires dont 7 sont nouveaux et des mises à jour méthodologiques et des séries chronologiques plus longues nous permettent d’affiner nos résultats et de mettre pour la première fois en évidence les inégalités en matière de risques sur la santé », précise Joacim Rocklöv, co-directeur Europe du « Lancet Countdown ».
Le rapport met principalement l’accent sur l’exposition des 750 millions d’Européens aux vagues de chaleur et canicules. L’ensemble du continent se réchauffe plus vite que le reste du monde et sort des limites du climat tempéré. Le nombre de jours de chaleur extrême a augmenté de 318% entre la décennie des années 1990 et celle qui court entre 2015 et 2024, soit en un peu plus de 20 ans. Conséquence : en 2024, 62 000 Européens sont morts des effets de températures trop élevées. Le nombre annuel moyen d’heures pendant lesquelles l’exposition à la chaleur rend dangereuse toute activité physique légère ou modérée a augmenté de 60%. Les impacts économiques sont désormais mesurables. En 2023, plus d’un million de personnes supplémentaires ont eu du mal à se nourrir par rapport aux vingt dernières années du siècle dernier du fait d’une exposition accrue aux sécheresses. Le rapport estime que l’augmentation de la température moyenne annuelle a raccourcit de 24 heures la durée annuelle de travail de chaque travailleur par rapport à la période 1965-1994.
La dengue arrive en Europe
A ces effets directs, s’ajoutent des impacts moins prévisibles. Ainsi, de plus en plus de régions du sud de l’Europe sont affectées par les maladies virales à vecteur comme la dengue ou le chikungunya. Les températures plus élevées favorisent en effet les conditions d’expansion des moustiques porteurs des virus comme Aedes albopictus, le moustique tigre. Inconnue en 2000 en France, la dengue fait désormais des victimes sur le pourtour méditerranéen à chaque été et les autorités sanitaires se préparent à une épidémie de grande ampleur. Selon le rapport, ce risque épidémique a presque quadruplé au cours de cette décennie par rapport à la fin du XXème siècle. Autre effet sanitaire : la période de production de pollens par les végétaux s’est allongée de deux semaines augmentant les risques d’allergies.
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« Et nous pouvons affirmer désormais que cette situation affecte plus durement les plus vulnérables, poursuit Joacim Rocklöv. Les enfants, les personnes âgées, les travailleurs en extérieur sont parmi ceux qui sont les plus affectés par les chaleurs extrêmes ». Le rapport estime également que les inégalités sont aggravées par le fait que les ménages à faibles revenus ont 10% de risques supplémentaires de subir l’insécurité alimentaire résultant des évènements extrêmes du fait de la baisse des rendements agricoles faisant augmenter les prix.
Face aux risques sanitaires, une réponse insuffisante des Etats
Le « Lancet Countdown » ne s’intéresse pas seulement aux impacts sanitaires. Les chercheurs ont également examiné la réponse des pouvoirs publics à ces risques croissants et notamment leurs efforts pour réduire les gaz à effet de serre responsables de cette hausse des températures. Le rapport reconnaît ainsi que l’ensemble des Etats ont développé des programmes de développement des énergies renouvelables, d’adaptation des territoires au changement climatique et de réduction des besoins énergétiques. La part des énergies renouvelables dans les mix énergétiques est passée de 8,4% en 2016 à 21,5% en 2023. Les investissements dans les énergies propres ont atteint 427 milliards d’euros en 2023 contre 229 milliards d’euros en 2015, soit une hausse de 86%. Dans le même temps, les investissements dans le pétrole, le gaz et le charbon ont baissé de 32%, passant de 112 milliards d’euros en 2015 à 76 milliards d’euros en 2024. Cependant, les politiques favorables aux énergies fossiles sont loin d’avoir disparues. Ainsi, les subventions versées aux consommateurs de pétrole et de gaz lors de la crise ukrainienne ont atteint 444 milliards d’euros en 2023.
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Parmi les sept nouveaux indicateurs figure la combustion de biomasse. Considérée comme énergie renouvelable (le bois ou les végétaux consommés relâchent du CO2 qui est en retour consommé par les plantes), l’énergie bois est aussi un des plus importants polluants atmosphériques. Les décès attribuables à la combustion de biomasse à usage domestique ont ainsi augmenté de 4% en 2022 par rapport à l’année 2000. Pour les auteurs, « il faudrait accorder la priorité à l’abandon du chauffage domestique à combustion au profit d’alternatives plus propres, telles les pompes à chaleur ». En France, 7,2 millions de ménages se chauffent au bois, ce qui représente 11% de la consommation finale de chaleur en France.
Cette nouvelle livraison du Lancet se termine par une note alarmante. Les auteurs se disent préoccupés par le recul de l’engagement des individus, des responsables politiques, des entreprises et des médias sur le sujet. Les impacts du changement climatique sur la santé paraissent au mieux ignorés, au pire discutés. « Tous les étés, l’Europe fait face à des températures toujours plus haute qui mettent en danger les existences, prévient Madeleine Thomson, chef de l’unité « changement climatique et adaptation » au fonds britannique Wellcome. L’Europe n’est tout simplement pas préparée à faire face aux défis de santé devant nous ».
Source:
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