« Nous devons rester en dehors de la politique. » Cette phrase embarrassée de Wim Wenders – prononcée le 17 février lors de la Berlinale dont il était président du jury – aura suffi à mettre le feu aux poudres de la manifestation. Elle répondait à une question de Tilo Jung, journaliste politique allemand qui mettait le festival sur la sellette pour son manque de solidarité avec la cause palestinienne. Prudente – comme le sont généralement les institutions allemandes s’agissant de ce qui touche à la pérennité du destin juif – la Berlinale n’est pas encline, de fait, à tolérer les appels à la destruction d’Israël qui s’immiscent régulièrement dans les manifestations légitimes de solidarité avec la cause et les souffrances du peuple palestinien. On notera toutefois que le festival fait montre, aujourd’hui comme hier, d’une parfaite équanimité sur le plan de sa programmation, qui fait droit aussi bien au cinéma palestinien qu’israélien.
L’une des questions qui sous-tend cette polémique berlinoise est, aussi bien, celle du boycott du cinéma israélien. L’affaire n’est pas nouvelle. Depuis 2005, le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions, lancé par des ONG palestiniennes, appelle à un boycott total d’Israël, dont le cinéaste anglais Ken Loach aura été l’une des figures culturelles de premier plan. La monstrueuse escalade du conflit depuis le massacre commis par le Hamas le 7 octobre 2023 et les bombardements massifs et indiscriminés sur Gaza qui s’en sont suivis ont toutefois conféré une autre dimension au mouvement et fait notablement bouger le monde du cinéma. Lancé le 8 septembre 2025 par l’association Film Workers for Palestine, l’appel au boycott du cinéma israélien a ainsi recueilli en deux semaines 5 000 signatures parmi la profession.
De sorte que ce dernier ne peut plus guère, aujourd’hui, prétendre aux coproductions internationales, et voit son accès tant aux festivals qu’aux salles réduit à peau de chagrin hors de chez lui. Deux attitudes y contribuent. Un engagement politique revendiqué et, de manière non moins décisive, une prudence qui ne dit pas volontiers son nom face à la violence des discours et des actions menées autour de cette question. Les esprits et les cœurs sont pour cette raison difficiles à sonder, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les relevés du Centre national du cinéma – qui dénombrait encore un pic de neuf films israéliens distribués durant l’année 2019 –, plus aucune production israélienne majoritaire n’est sortie dans une salle de cinéma française depuis juillet 2024.
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Source:
www.lemonde.fr


