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"Ça n'a pas été un secteur primordial pour eux": pas de chance, les États-Unis ont mis 4 chasseurs de mines hors d’usage en mars et auront du mal à déminer seuls le détroit d'Ormuz (l’Europe et la France sont mieux équipées)

Les Gardiens de la Révolution ont évoqué la présence de mines dans le détroit d’Ormuz, où la circulation est encore largement perturbée. Mais les États-Unis pourraient bien avoir besoin de soutiens pour sécuriser la zone.

Est-ce le talon d’achille de l’armée américaine? La question d’un éventuel déminage du détroit d’Ormuz se pose, Téhéran ayant déjà fait mention de la pose de mines dans cette voie maritime au centre de toutes les attentions.

Mais Washington ne dispose pas de capacités particulièrement développées en la matière, particulièrement dans un environnement contesté comme pourrait l’être ce couloir maritime. « Ça n’a pas été un secteur primordial pour eux », observe Sylvain Domergue, géographe, enseignant à Sciences Po et auteur de Géopolitique des espaces maritimes (Armand Colin).

Un dispositif jamais testé en conditions réelles

Le symbole de cette limite américaine est l’arrivée aux États-Unis le 11 mars dernier de quatre chasseurs de mines pour être désarmés et mis hors d’usage. La décision avait été prise avant le début du conflit au Moyen-Orient. Stationnés de manière permanente à Bahreïn depuis plusieurs années, ces navires de classe Avenger sont munis d’un sonar de détection de mines et de drones sous-marins capables de traiter le danger d’une mine. Mais ces bateaux sont désormais vieillissants et bons pour la casse.

Les États-Unis ne disposent plus que de quatre navires de classe Avenger, capables de déminer, qui se trouvent au Japon. Leur déplacement vers le détroit d’Ormuz « prendrait du temps et ne se ferait pas en un claquement de doigt ».

Si une opération venait à être déclenchée dans le détroit d’Ormuz, Washington devra compter sur des frégates légères, issues du programme Littoral Combat Ship (LCS). « Les États-Unis ont fait un pari de mutation technologique avec des navires beaucoup plus polyvalents », explique à BFM Business Sylvain Domergue, invoquant des motifs budgétaires. « Le LCS est très polyvalent, il peut patrouiller, envoyer des hélicoptères, des drones, surveiller mais aussi faire de la lutte anti-mines s’il est équipé d’un MCM », c’est-à-dire un dispositif anti-mines comprenant notamment des sonars, des drones et des plongeurs.

Problème, « peu de LCS en sont munis et il n’a jamais été testé en conditions réelles. On ne sait pas trop ce qu’il vaut en termes de vitesse », prévient Sylvain Daumergue.

L’indispensable aide européenne?

L’armée américaine dispose aussi d’hélicoptères capables de mettre une mine hors d’état de nuire, à l’instar du MH-60S ou du MH-53E.

La Marine américaine s’appuie aussi de plus en plus sur des véhicules de surface sans pilote de lutte contre les mines. Washington en compte neuf dans ses stocks et 18 autres drones ont été commandés. Des chiffres sûrement insuffisants pour que les États-Unis soient en capacité de sécuriser seul le détroit d’Ormuz.

« L’US Navy s’appuiera probablement davantage sur ses alliés et partenaires qu’on ne le pense », prédit Alessio Patalano, professeur au King’s College de Londres, à CNN.

Même alerte pour James Stavridis, amiral de la marine américaine à la retraite, qui constate « une situation critique dans le Golfe exigeant des dragueurs supplémentaires, des aéronefs et des navires supplémentaires équipés pour le déminage ».

« Même dans les meilleures conditions, le déminage est une opération très lente. J’ai vu des navires américains, les plus performants du secteur, mettre des semaines à déminer un champ de mines d’exercice contenant quelques centaines de mines », souligne-t-il auprès de nos confrères de Bloomberg.

Le premier budget militaire du monde pourrait se retrouver menacé par de potentielles mines iraniennes bon marché, peu coûteuses et disponibles en grand nombre. Déjà en avril 1988, une frégate lance-missiles, l’USS Samuel B. Roberts, avait été gravement endommagée par une mine iranienne qui causa des incendies sur plusieurs points du navire.

Mais pas de quoi alarmer Donald Trump. « Nous avons donc des dragueurs de mines sur place. Nous disposons de dragueurs de mines sous-marins très sophistiqués, les plus récents et les plus performants. Mais nous déployons également des dragueurs de mines plus classiques », a listé le président américain dans une interview à Fox News le 12 avril dernier. Le locataire de la Maison Blanche a affirmé ce vendredi que l’Iran « a retiré, ou est en train de retirer toutes les mines » du détroit d’Ormuz « avec l’aide des États-Unis » sans apporter davantage de détails sur cette opération qui aurait permis cela.

En France, la question de déployer des moyens dans le détroit d’Ormuz n’est pas à l’ordre du jour pour l’heure. Mais « rien n’est à exclure » concernant une éventuelle participation française à un déminage de la zone, selon la ministre des Armées, Catherine Vautrin. En matière de déminage, l’Europe, qui possède plus de 150 navires capables de traiter la menace, dispose d’importants moyens. Les pays du Vieux-Continent « ont fait le choix de ne pas désarmer leurs chasseurs de mines », explique Sylvain Domergue. Un héritage des conséquences de la Seconde Guerre mondiale encore entretenue notamment par la France. L’an dernier, 853 engins explosifs ont été neutralisés par les plongeurs-démineurs, dont quelques dizaines de mines.


Source:

www.bfmtv.com

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