Le cimetière d’East Lawn, dans la municipalité d’Ithaca (Etats-Unis), abrite l’un des plus grands et plus vieux regroupements d’abeilles nichant au sol du monde. C’est par hasard que Rachel Fordyce, une technicienne dans un laboratoire d’entomologie à l’Université Cornell a repéré cet étonnant rassemblement d’environ 5,5 millions d’abeilles de l’espèce Andrena regularis.
Les cimetières, comme des paradis pour la biodiversité
« Je suis certain qu’il existe d’autres grandes colonies d’abeilles à travers le monde que nous n’avons pas encore identifiées, mais d’après les publications scientifiques, celle-ci est l’une des plus importantes », remarque dans un communiqué le chercheur Steven Hoge. L’ancienneté de la colonie est aussi étonnante. Des observations historiques révèlent que de telles abeilles ont été collectées au cimetière d’East Lawn dès 1935, peu de temps après sa construction sur le site d’une ancienne ferme, en 1878.
Cette découverte, documentée dans la revue Apidologie, appuie l’idée que les cimetières, lorsqu’ils ne sont pas entretenus avec des pesticides, peuvent devenir des paradis pour la biodiversité. Keven Morse, en charge de l’intendance du cimetière américain, a eu l’occasion d’y observer des cerfs, des renards, des coyotes ou encore des faucons.
Le cimetière d’East Lawn. Crédit : Steven Hoge and all/ Apidologie (Creative Commons Attribution 4.0 International License)
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Une hivernation à l’état adulte
Steven Hoge et ses collègues ont profité de cette découverte pour en apprendre plus sur Andrena regularis, une espèce qui a été très peu étudiée jusqu’à présent. Chez ces abeilles solitaires, la femelle creuse des nids souterrains (entre 10 cm et 20 cm de profondeur) et y dépose ses œufs dans quatre à cinq cellules d’incubation contenant du pollen et du nectar. Les œufs éclosent et les larves se développent en adultes sous terre.
« Cette espèce hiverne à l’état adulte, ce qui est relativement rare, et c’est en partie pour cela qu’elle sort de terre si tôt au printemps, au moment de la floraison des pommiers », commente Steven Hoge. Les mâles émergent quelques jours avant les femelles et les attendent ensuite pour la reproduction.
Ces insectes pollinisateurs sont particulièrement importants pour les cultures spécialisées, dont justement celle des pommiers. Un verger se situe à 600 mètres du cimetière et les Andrena regularis y abondent. Les scientifiques savent désormais pourquoi.
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Une méthode de comptage affinée
L’étude menée au cimetière d’East Lawn a été l’occasion pour les chercheurs d’affiner leur méthode de comptage. Ils ont alors utilisé des « pièges d’émergence », des sortes de tentes placées sur le sol et dont le sommet conduit à un bocal où se retrouvent piégées les abeilles.
En comptant le nombre d’Andrena regularis capturées dans les dix pièges placés, les scientifiques ont ensuite pu faire une estimation du nombre total d’abeilles présentes sur le site : un chiffre compris entre 3 millions et 8 millions, avec donc une moyenne à 5,5 millions. « En supposant qu’une colonie d’abeilles mellifères comprenne de 20.000 à 40.000 ouvrières, notre valeur moyenne serait équivalente de 140 à 270 ruches de ces abeilles placées sur une superficie inférieure à un hectare », illustrent les chercheurs dans leur étude.
Et ils comptent bien toutes les protéger. « Si nous ne préservons pas les sites de nidification et que quelqu’un les recouvre de béton, nous pourrions perdre instantanément 5,5 millions d’abeilles, qui sont d’importants pollinisateurs », prévient le professeur d’entomologie Bryan Danforth, qui co-signe cette nouvelle étude.
Source:
www.sciencesetavenir.fr

