Huit Français sur dix âgés de 6 ans et plus ont lu ou écouté au moins un livre en 2025, soit près de 47 millions de personnes. Le baromètre 2026 de la Sofia, du SNE et de la SGDL, réalisé par Médiamétrie, confirme un redressement de la pratique, avec 44,4 millions de lecteurs d’imprimé, 14,4 millions de lecteurs numériques et 10,1 millions d’auditeurs de livres audio numériques sur douze mois.
Le document invite toutefois à la prudence dans les comparaisons historiques, puisqu’il intègre pour la première fois les 6-14 ans.
Des lecteurs plus nombreux, mais moins intensifs
À périmètre constant chez les 15-80 ans, le taux de lecteurs progresse de 74 % à 79 %, avec une hausse de 70 % à 75 % pour l’imprimé, de 22 % à 24 % pour le numérique et surtout de 8 % à 16 % pour l’audio. Mais cette avancée repose d’abord sur l’essor des petits lecteurs : leur part monte de 31 % à 42 % en imprimé, de 36 % à 50 % en numérique et de 49 % à 59 % en audio, tandis que les grands lecteurs reculent partout.
Le portrait des publics précise ce déplacement. Le livre imprimé garde un lectorat plus féminin, d’un âge moyen de 41,5 ans, quand le numérique descend à 36 ans et l’audio à 31,4 ans, avec un profil légèrement plus masculin pour ce dernier. Le smartphone s’impose comme premier équipement de lecture numérique et d’écoute, utilisé par 48 % des lecteurs numériques et 58 % des auditeurs audio. Dans le même temps, 50 % des Français restent des lecteurs exclusifs de livres imprimés et 11 % cumulent les trois formats.
Les circuits d’accès demeurent très structurés. L’achat neuf reste le premier mode d’obtention de l’imprimé, cité par 54 % des lecteurs, devant l’occasion et la bibliothèque ; pour le numérique et l’audio, le paiement à l’acte devance encore l’abonnement. Les librairies généralistes arrivent en tête pour le livre imprimé neuf, à 31 %, devant les grandes surfaces spécialisées, à 30 %.
L’occasion et l’emprunt s’installent
L’un des signaux les plus nets concerne la seconde vie des ouvrages. Le communiqué souligne que 68 % des acheteurs de livres imprimés neufs achètent aussi d’occasion, et que 40 % d’entre eux acquièrent plus de cinq titres de ce type par an. Dans le détail, 69 % des répondants déclarent acheter des livres d’occasion, d’abord pour des raisons économiques. Surtout, l’occasion est le seul usage que davantage de répondants voient progresser dans les années à venir.
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Les bibliothèques ressortent, elles aussi, comme un point d’appui majeur. Une personne sur deux a fréquenté au moins une bibliothèque en 2025, soit 28,8 millions d’individus, et 44 % des Français y ont emprunté au moins un livre dans l’année. Chez les 6-14 ans, la fréquentation atteint 70 % et l’emprunt 68 %. Gratuité, facilité d’accès, choix et conseil forment le socle de cette présence.
Le piratage dans une phase judiciaire plus dure
Environ 3 millions de personnes disent avoir eu recours à une offre illégale de livres en 2025, soit 6 % de la population interrogée. La proportion monte à 17 % chez les lecteurs de livres numériques et à 13 % chez les auditeurs de livres audio numériques. La pratique reste souvent occasionnelle, mais la gratuité constitue le premier moteur, devant le prix de l’offre légale et l’absence de certains titres.
ENQUÊTE – 2 milliards de livres piratés en France en 2024
En France, cette progression s’inscrit dans un contentieux nourri. ActuaLitté, le tribunal judiciaire de Paris a ordonné en septembre 2024 le blocage de 98 nouveaux domaines liés à Z-Library, après une première vague de 209 domaines en 2022. Cette même juridiction a aussi ordonné en juillet 2025 le blocage de Japscan à la demande du SNE et de neuf maisons d’édition. Le baromètre mesure donc une pratique en hausse au moment même où la réponse judiciaire française se durcit.
À l’étranger, le dossier dépasse désormais le seul téléchargement illicite. Récemment, treize éditeurs ont assigné Anna’s Archive devant le tribunal fédéral du district sud de New York en mars 2026.
Dans le même mouvement, le SNE, la SGDL et le SNAC ont assigné Meta en mars 2025 pour contrefaçon et parasitisme économique. Le signal envoyé par le baromètre est clair : la circulation illicite du livre ne relève plus seulement des sites miroirs : elle alimente aussi les batailles sur l’entraînement des intelligences artificielles.
Les résultats de ce baromètre sont à consulter et/ou télécharger ci-dessous :
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
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