Décidément, les archéologues maritimes du Musée danois des bateaux vikings de Roskilde enchaînent les découvertes dans les fonds marins du port de Copenhague. Après avoir annoncé il y a quelques mois la mise au jour de la plus grande cogue médiévale jamais identifiée – ce dont Sciences et Avenir s’était fait l’écho –, ils racontent à présent avoir également retrouvé l’épave d’un navire de guerre entré dans l’histoire du pays : le Dannebroge, qui avait coulé en 1801.

Maquette 3D préliminaire de l’épave du Dannebroge montrant les pierres de ballast à nu. Le tas de ballast mesure plus de 28 mètres de long, 12 mètres de large et plusieurs mètres de haut. On peut apercevoir la charpente du navire sous le ballast. La maquette 3D a été réalisée à partir d’environ 8.000 photographies. Crédits : Vikingeskibsmuseet
Les Britanniques décident de frapper Copenhague
Au tout début du 19e siècle, la Deuxième Coalition regroupée autour de la Grande-Bretagne avait pour objectif de s’opposer aux ambitions de Napoléon Bonaparte. Pour ce faire, elle recourut au blocus commercial, empêchant la France d’exporter des marchandises. Mais le Danemark-Norvège (les deux royaumes étant alors unis) ne l’entendit pas de cette oreille et décida, tout comme la Suède, la Prusse et la Russie, de rejoindre la coalition antibritannique. La Royal Navy répliqua en frappant immédiatement Copenhague afin de rompre cette nouvelle alliance : une flotte sous le commandement de l’amiral Hyde Parker (1739-1807) mit le cap sur la mer Baltique. Le 23 mars 1801, elle jeta l’ancre à l’entrée de l’Øresund, le détroit séparant Copenhague de Malmö.
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La bataille de Copenhague oppose les flottes britannique et danoise
Le 2 avril, une fois sa stratégie au point, une partie de la flotte britannique dirigée par le vice-amiral Lord Nelson prit position dans un bras de mer profond juste au sud de Copenhague, le chenal royal, où les grands navires pouvaient passer. En face, la flotte danoise, commandée par l’officier Johan Olfert Fischer (1747-1829), s’était organisée en une impressionnante ligne de défense composée de navires de barrage amarrés les uns aux autres. Il s’agissait d’anciens navires de guerre dépouillés de leur gréement (cordages et grands mâts), mais qui avaient été chargés de canons afin d’être transformés en forteresses flottantes. Entre les bâtiments, des barges et des radeaux de bois soutenaient d’autres canons.Au centre de cette ligne se trouvait le navire amiral, le Dannebroge. Cet ancien navire de ligne de 48 mètres de long, armé de 60 canons, avait été mis en service dans la marine danoise en 1774 et avait lui aussi été transformé en batterie flottante.

Boulets de canon retrouvés au fond du chenal royal. Crédits : Vikingeskibsmuseet
L’affrontement dura plus de six heures
Côté britannique, Nelson arrivait à la tête de 39 navires, dont douze navires de ligne qui « formaient un mur mobile d’artillerie navale », racontent les archéologues danois dans un communiqué. Ses 1.270 canons assuraient la supériorité de la Royal Navy, tandis que la défense danoise, en totalisant seulement 833, devait absolument tenir sa position car elle ne pouvait manœuvrer.Dès le début de l’affrontement qui dura un peu plus de six heures, le Dannebroge fut clairement visé par Nelson : « Les boulets balayent le pont supérieur, emportant canons et équipage. Les blessés et les morts sont nombreux. Le navire est également touché par des obus incendiaires, et des incendies se déclarent à bord. L’équipage doit désormais lutter à la fois contre les flammes et les tirs ennemis », rapporte le communiqué. Les autres grands navires subissent la même épreuve et commencent à dériver les uns après les autres. La bataille se conclut à 16 heures par la signature d’un cessez-le-feu, alors que les eaux du port sont emplies des débris des navires et de cadavres. Peu après, le Dannebroge explose et coule. Sur les 357 membres d’équipage, 48 sont blessés, 53 ont trouvé la mort et 19 sont portés disparus.

Ce canon du Dannebroge est à peine visible dans la vase épaisse du chenal royal. Crédits : Vikingeskibsmuseet
Les archéologues identifient le Dannebroge sans hésitation
Depuis 2020, en vue de la construction de la future île artificielle de Lynetteholm, dont le but sera de protéger Copenhague de l’élévation du niveau de la mer, les archéologues maritimes danois effectuent des fouilles complètes des fonds marins qu’ils documentent par des levés topographiques, des numérisations 3D et des orthophotographies (assemblage de milliers de photographies prises sous différents angles).Comme la vase épaisse rend la visibilité quasi nulle, ils avancent à tâtons pour identifier les éléments des navires. Ils n’ont cependant aucune hésitation concernant la dernière épave qu’ils viennent de retrouver : il s’agit du Dannebroge ! « Nous n’avons aucune difficulté à interpréter ces vestiges comme ceux d’un grand navire de guerre en bois. Les dimensions des membrures correspondent exactement aux dessins du navire qui ont été conservés, et la datation dendrochronologique concorde avec l’année de construction du navire, 1772 », déclare le responsable des fouilles, Otto Uldum. Par ailleurs, la zone est jonchée de boulets de canon et de projectiles. Les archéologues ont même retrouvé deux canons.

Insigne d’un marin du Dannebroge. Crédits : Vikingeskibsmuseet
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Les vestiges tangibles de la bataille racontent la vie des simples marins
Mais ce qui leur importe le plus, ajoute Otto Uldum, c’est de trouver des « vestiges tangibles de la bataille », qui représente un épisode phare de l’histoire danoise et norvégienne. Ce corpus archéologique constitue une source inédite pour reconstituer la bataille qui n’a d’ailleurs jamais été documentée du point de vue archéologique.Parmi ces vestiges se trouvent non seulement les bois du navire, mais aussi le ballast qui servait de lest, et surtout, les objets de la vie quotidienne sur un bateau de guerre de l’époque : des armes, des chaussures, des fragments de vêtements, des insignes d’uniformes, des pipes en terre cuite. Tous ces artefacts n’ont pas forcément de grande valeur monétaire, mais sont inestimables pour appréhender la société du début du 19e siècle et la vie des simples marins.

Cette chaussure repose depuis 225 ans dans le port de Copenhague. Crédits : Vikingeskibsmuseet
Les restes des marins portés disparus gisaient encore dans l’épave
Les archéologues ont également retrouvé quelques restes humains (une mâchoire inférieure et d’autres ossements), qui appartiennent sans doute à certains des 19 membres de l’équipage qui n’avaient pas été repêchés à l’époque et étaient toujours portés disparus. Les fouilles vont continuer dans la vase du port de Copenhague jusqu’à la fin du printemps et les archéologues « remonteront tout à la surface », assurent-ils avant de trier les vestiges, car l’occasion est trop belle de redonner vie à cet épisode tragique et de rendre hommage aux courageux défenseurs de Copenhague.
Source:
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