Livre. Pour qui s’intéresse à la stratégie de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), devenue la première organisation syndicale en termes d’audience électorale, voilà un petit essai fort utile. D’une plume claire et avertie, Gaby Bonnand, secrétaire national de la CFDT de 2002 à 2010, négociateur des conventions d’assurance-chômage et ancien président de l’Unédic, retrace dans Le Choix du réformisme (Editions de l’Atelier, 160 pages, 20 euros) le cheminement de ce courant syndical qui, prévient-il, « n’est pas une doctrine dogmatique ». Ce Breton passionné, qui a débuté comme ajusteur dans la métallurgie, se méfie des utopies. La transformation sociale à laquelle il aspire ne préfigure pas une « société idéale ». Farouche défenseur de l’Etat-providence, il juge à juste titre que l’envolée continue de la pauvreté a laissé « beaucoup de trous dans la raquette ».
Se penchant sur l’historique débat entre réforme et révolution, les oppositions entre Karl Marx et Pierre-Joseph Proudhon, les joutes entre Jean Jaurès et Jules Guesde, Gaby Bonnand observe, dans un contexte politique qui en souligne encore l’actualité, que le réformisme en France a « une incarnation difficilement identifiable » et qu’il « a toujours eu une connotation négative et a souvent été associé à la mollesse, à la trahison ». Il plaide pour un « réformisme renouvelé », inscrivant dans son « Panthéon du réformisme » Jean Jaurès, Léon Blum, Pierre Mendès France, Michel Rocard et Jacques Delors, qui met en permanence en avant « l’ambition de justice, de liberté, de démocratie et l’action concrète des individus et des collectifs ».
Un goût d’inachevé
Gaby Bonnand n’hésite à dater la création de la CFDT en 1919 – année de naissance de l’organisation dont elle est issue, la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) –, comme pour démontrer que, dès l’origine, la centrale chrétienne possédait déjà les gènes de l’évolution qui a conduit, en 1964, à la vraie naissance de la confédération laïque et réformiste. L’ancien président de la Jeunesse ouvrière chrétienne montre la cohérence entre l’option socialiste autogestionnaire de 1968 et le « recentrage » de 1978. La première a contesté « à la fois l’hégémonie du communisme et la centralité de l’Etat ». Le second a laissé « une place au contrat en mettant la négociation, la recherche du compromis au centre du processus de transformation et de l’émancipation des individus ».
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Source:
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