Si le passage à niveau en question était « en fonctionnement normal » et que les barrières « ont parfaitement fonctionné », ces équipements sont encore à l’origine de nombreux accidents.
Un accident « gravissime ». Ce mardi matin, une collision entre un TGV et un poids lourd s’est produite sur un passage à niveau dans le Pas-de-Calais, tuant le conducteur du train et faisant 15 blessés. Il était 6h48 du matin lorsque le TGV, qui reliait Dunkerque à Paris avec à son bord 246 passagers, a percuté le poids lourd sur un passage à niveau dans la commune de Bully-les-Mines, entre Béthune et Lens, à une vitesse estimée de 160 km/h, selon le préfet.
Si le passage à niveau en question était « en fonctionnement normal » et que les barrières « ont parfaitement fonctionné » selon Jean Castex, le PDG de la SNCF, ces équipements sont encore à l’origine de nombreux accidents et ce, depuis des années.
Le réseau ferré national compte encore plus de 15.400 passages à niveau, un croisement entre la route et le fer. Ils sont absents des lignes à grande vitesse mais encore très nombreux sur les lignes conventionnelles, empruntées également par les TGV. On en trouve 0,4% sur des routes nationales, 31,4% sur des routes départementales et 68,2% sur des voies communales. Pas moins de 16 millions de véhicules par jour franchissent ces équipements.
Entre 2020 et 2024, on compte selon les chiffres de la SNCF, 505 accidents aux passages à niveau (122 rien qu’en 2023) qui ont provoqué la mort de 100 personnes dont 20 en 2024 et 30 en 2023. « 98% des accidents qui surviennent lors du franchissement d’un passage à niveau sont liés au non-respect du Code de la route, à une vitesse d’approche excessive ou à des comportements à risque, tels que le franchissement alors que le feu rouge clignote ou à des passages en chicane alors que les barrières sont déjà baissées. Sur les 2% restants, les accidents sont principalement des bris de barrières dus à des actes de malveillance ou des pannes de véhicules », souligne la compagnie.
Et de rappeler qu »un train roule vite, jusqu’à 160 km/h sur les voies avec des passages à niveau, même en ville. Le conducteur d’un train ne peut pas arrêter à temps son train lorsqu’il voit un obstacle. Un train est très lourd, 1.500 tonnes, voire plus. Ainsi, un train lancé à 100 km/h met environ 1 km pour s’arrêter, soit 10 fois plus qu’une voiture ».
505 accidents entre 2020 et 2024, 100 morts
Face à la hausse de ces accidents qui sont parfois meurtriers, l’Etat et la SNCF (à travers SNCF Réseau) prennent des mesures et investissent depuis des années. « SNCF Réseau fait de la sécurité aux passages à niveau l’une de ses priorités, et renforce chaque année sa politique de sécurisation et de prévention », souligne le gestionnaire. Un grand nombre de passages à niveau ont été supprimés, il y en avait 25.000 en 1980. Certains sont considérés comme étant prioritaires à sécuriser, et ont été inscrits au programme de sécurisation national (PSN), un programme défini par l’État et l’instance nationale des passages à niveau (INPN) en 1997.
Dans le même temps, l’accent est mis sur la maintenance des équipements avec une enveloppe de 120 millions d’euros débloquée en 2024. SNCF Réseau a également investi 40 millions d’euros « pour l’amélioration de la sécurité aux passages à niveau, les gestionnaires de voirie réalisant également des investissements de sécurisation ». Il s’agit par exemple d’installer des détecteurs d’obstacles, de généraliser les barrières cassables permettant aux automobilistes coincés entre les barrières de forcer la barrière afin de ne pas rester bloqués sur la voie, ou encore des outils de vidéoprotection.
Mais c’est bien le comportement des conducteurs qu’il faut faire évoluer. SNCF Réseau dit consacrer près d’un million d’euros par an à des actions de sensibilisation auprès du grand public. Le gestionnaire développe aussi des partenariats avec la Fédération Nationale des transports de Voyageurs, des Transports routiers et également avec des éditeurs graphiques de GPS comme Waze et Coyote, « ce qui permet notamment d’avoir des alertes qui s’affichent à proximité d’un passage à niveau sur la carte utilisée par les automobilistes sur tout le territoire national ». Car malgré tout, l’accidentologie aux passages à niveau ne faiblit pas.
Les 7 règles pour un automobiliste à l’approche d’un passage à niveau
1: je ralentis à l’approche des barrières.2: je ne traverse pas si la route en face est encombrée.3: je m’arrête au stop ou au feu rouge.4: j’attends l’arrêt du feu rouge clignotant.5: j’alerte en cas de problème (j’utilise le téléphone orange d’alerte et d’urgence situé à proximité).6: si je suis coincé sur la voie, je dégage mon véhicule en enfonçant les barrières cassables.7: si je n’arrive pas à redémarrer, j’évacue toutes les personnes du véhicule bloqué sur les voies. Et j’utilise le téléphone à proximité du passage à niveau ou compose le numéro inscrit sur la pancarte pour alerter directement l’agent de la gare la plus proche. L’impact peut être limité si l’alerte est lancée suffisamment vite.
Source:
www.bfmtv.com


