Il fut un temps où le paysage politique du racisme et de l’antisémitisme était relativement clair, et dès lors, tout autant, les perspectives des combats pour les affronter. Le mal était en effet tout entier ou presque du côté du Front national (FN), dont l’antisémitisme était congénital et dont l’essor, à partir de 1983 et de l’élection partielle de Dreux [le Parti socialiste perd la mairie de Dreux, en Eure-et-Loir, au profit d’une liste RPR-Front national], devait beaucoup au choix de l’immigration maghrébine comme cible de sa stratégie électorale.
La question du racisme anti-Noirs n’était guère encore à l’ordre du jour, elle n’a véritablement animé le débat public que dans le contexte des émeutes urbaines d’octobre-novembre 2005 et avec la création du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN). Rapprocher le racisme anti-Maghrébins visant les minorités et la haine des juifs n’était pas un problème.
Certes, on trouvait des manifestations préoccupantes de racisme en dehors du FN, jusqu’au sein du Parti communiste français. Ainsi, le 24 décembre 1980, le maire communiste de Vitry-sur-Seine [Val-de-Marne] avait coupé l’eau et l’électricité d’un foyer hébergeant 320 Maliens et un bulldozer en avait détruit le perron, une « affaire » qui fit beaucoup de bruit.
Débat politique polarisé
Par ailleurs, l’antisémitisme de gauche, le « socialisme des imbéciles », selon une formule attribuée au leader social-démocrate allemand August Bebel [1840-1913], n’avait pas disparu. Mais, dans l’ensemble, un front républicain cimentait un large spectre politique face au FN, dans le refus du racisme et de l’antisémitisme. On se souvient de la clarté avec laquelle il s’exprima lors de l’élection présidentielle de 2002, où Jacques Chirac obtint 82,21 % des suffrages exprimés.
Nous n’en sommes plus là.
Les partis classiques de droite, du centre, de gauche – ou ce qu’il en reste – clament certes leur refus des deux maux. Mais le débat politique, polarisé ailleurs, se joue aux extrêmes.
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